‹ Une cour et un aventurier au XVIIIe siécle [microform]. Le Baron de Ripperda, d'après des documents inédits des archives impériales de Vienne et des archives du Ministère des affaires étrangères de ParisChapitre 12 sur 130 · UNE COUR ET UN AVENTIIRÏER · texte numérisé non relu

UNE COUR ET UN AVENTIIRÏER

à la cour de Versailles un projet de traité où tout était prévu et réglé en vue de cette guerre. Il énonçait les mesures à prendre pour lever six mille Suisses dans les cantons. Il énumérait les avantages que Ton offrirait au grand-duc et à la Palatine pour les gagner et pour amener Jean-Gaston à recevoir les garnisons à Livourne et à Porto-Ferraio. 11 stipulait que, la convention une fois signée entre l'Espagne, la France et la Grande-Bretagne, on donnerait au grand-duc quinze jours pour se soumettre; ce délai passé, on procéderait contre lui parla force. Cliacua des États contractants fournirait mille hommes et mille chevaux pour former un corps expéditionnaire qui débarquerait en Toscane et établirait les garnisons suisses dans les places désignées. Monteleone indiquait la même marche à suivre vis-à-vis du duc de Parme; mais il est clair que c'était uniquement pour la forme, car on était sur à Madrid de François Farnèse. Si Texpédition de Toscane entraînait une agression, les contractants fourniraient de nouvelles troupes pour faire la guerre à l'agresseur, c'est-à-dire à l'Empereur: les contingents en hommes et en vaisseaux, qui seraient nécessaires dans ce cas, étaient encore réglés. Une fois les garnisons suisses installées, don Carlos passerait en Italie sur une escadre anglaise renforcée de six galères espagnoles et de six galères françaises. Si l'infant était attaqué, les contractants viendraient à son secours*.

Six jours après avoir lu ce projet de traité, Mor-

1. Projet de traité entre la France, VEspagne, et la Grande- Bretagne, pour rexécution de la Quadruple Alliance relativement à l'infant Don Carlos^ remis par M. le marquis de Monteleone, à Pans, le 24 octobre 1724. A. E. Espagne, 336.

ville le jugeait en ces termes : « Il ne s'agit pas de moins que de renouveler incessamment la guerre », appréciation qu'il répétait au bout de quelques jours : « C'est dans six mois la guerre en Italie » K Les demandes de Monteleone produisirent lu même impression à Londres quand ellesy furent connues. L'un des secrétaires d'État anglais écrivit < en propres termes » à Morville « que, si M. de Monteleone était venu à Londres avant que de venir à Paris, on lui aurait déclaré que son projet est impraticable en général, et chacun de ses articles en particulier*, »

Morville et le duc de Bourbon s'efforcèrent donc de faire entendre raison à l'envoyé d'Elisabeth. Ils lui offrirent de faire simplement un traité portant garantie générale de la Quadruple Alliaiice, quel que pût être le résultat du Congres de Cambrai; Monteleone irait ensuite négociera Florence une entente avec le grand-duc de Toscane; on attendrait l'issue de cette négociation et des conférences de Cambrai; on verrait alors ce qu'il y aurait à faire, et, s'il était nécessaire de recourir à li force pour assurer les duchés à don Carlos, on y recourrait.

Le but de ces propositions dilatoires était de sauver la paix: c'était là le premier .principe du gouvernement français; Morville l'écrivait clairement à Tessé en lui mandant l'affaire'.

Monteleone envoya ces nouvelles à sa cour le 13 novembre. Elles jetèrent Philippe V dans un de ces

\. Morville à Tessé, le 30 octobre et le C novembre 1124. A E. Espagne, 336.

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