‹ Une cour et un aventurier au XVIIIe siécle [microform]. Le Baron de Ripperda, d'après des documents inédits des archives impériales de Vienne et des archives du Ministère des affaires étrangères de ParisChapitre 112 sur 130 · V. ce traité dans Rousaet, Recueil, t. V, p · texte numérisé non relu

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faire respecter par eux le droit à la vie des Belges et de ses autres sujets; écraser avec eux leurs associés les Hollandais et la France elle-même puisqu'elle se fait aveuglément et sottement leur complice : voilà, certes, une tâche grandiose, des revendications légitimes, une claire conscience des intérêts nationaux ; nous l'avons ici, en projet, cette croisade économique pour laquelle, pendant tout le xvni*' siècle, les peuples de l'Europe ne sauront, hélas! jamais s'unir!

Mais est-ce bien là l'objet de l'alliance de Vienne? Que l'Empereur ait eu des vues de ce genre, on ne saurait le nier absolument : c'est sa politique commerciale qui l'a brouillé avec les puissances maritimes et qui l'a jeté dans le système espagnol. Et pourtant... Que de ménagements il continue à avoir pour ces Anglais qui lui capturent ses vaisseaux et le menacent insolemment! Que de précautions pour ne se point compromettre dans un engagement positif au sujet de Gibraltar! Au début, il compte que l'alliance espagnole lui servira d'épouvantail, fera reculer ses ennemis, lui permettra de maintenir tous ses droits sans tirer un coup de canon. Une veutpas de la guerre avec l'Angleterre; il détourne anxieusement l'Espagne de l'entreprendre, et, quand elle éclate, il aime mieux manquer à sa parole et sacrifier ses droits que de s'y engager. Pour lui l'alliance n'a été qu'un expédient du moment avec l'espoir tenace de revenir plus tard à la politique traditionnelle.

Et l'Espagne? Certes le roi tient à recouvrer Gibraltar et c'est là pour la nation espagnole une sorte de question de Silésie ou d'Alsace. Mais ni le roi ni la nation ne gouvernent. Dans la négociation de Vienne, Ripperda n'a tenu compte des intérêts na-

tionaux qu'autant qu'il le fallait pour ne heurter trop violemment ni l'opinion publique ni les scrupules de Philippe V. La stipulation au sujet de Gibraltar s'est réduite à une clause vide. Il en a été de même pour la protection des Indes occidentales contre la contrebande étrangère. L'alliance commerciale enfin a été rédigée de telle façon qu'elle n'a fait d'avantages qu'à l'Autriche. C'est que l'objet de cette alliance commerciale n'est pas de favoriser le développement économique de l'Espagne, mais d'amorcer l'Empereur, de l'amener au mariage. Le mariage de don Carlos avec Marie-Thérèse, voilà le but dernier, le but unique de la reine qui est le seul auteur de l'alliance et doit seule y trouver son profit ; voilà la préoccupation qui a dominé toute la négociation, et non pas le souci des intérêts maritimes et commerciaux de l'Espagne. Plus tard, il est vrai, la guerre éclate à propos de Gibraltar et des Indes occidentales; mais, on ne saurait s'y tromper, ce sont là les prétextes, non les causes de la guerre. Elisabeth Farnèse ne cherche la guerre que parce qu'il la lui faut pour transformer en un engagement formel et public la clause vague, captieuse et secrète du traité du 5 novembre 1725. Cette arrière-pensée apparaît non moins clairement dans son attitude au Congrès : elle est prête à faire la paix sans rien obtenir pour l'Espagne, à condition que l'Empereur lui accorde le mariage. Et finalement, n'ayant pas réussi à troquer avec l'Empereur Gibraltar et les colonies contre le mariage, elle les troque avec l'Angleterre contre les duchés italiens.

Elle en vient là parce que l'Empereur ne veut à aucun prix du mariage. La répugnance de Charles

AU XVni« SIÈCLE

VI apparaît assez nettement dans la négociation de Vienne et dans les événements qui suivent. Ne parlons ni de son antipathie pour les Bourbons, ni du choix qu'il a fait pour sa fille aînée du prince de Lorraine. Des raisons pohtiques dominent chez lui tout mobile sentimental. La première, on pourrait dire l'unique préoccupation de tous les souverains autrichiens, a été le maintien ensemble^ la Zusammenhaltung des Étals si différents, si mal liés, si faciles à disloquer, qui constiluent leur monarchie. Ce souci est devenu une obsession aigûe chez Charles VI, qui n'a qu'une fille pour héritière. Évitera Marie- Thérèse, pour le jour où elle montera surletrône^ une guerre de succession qui tournerait fatalement à une guerre de démembrement, voilà le problème qui agite, tourmente, harcèle l'Empereur et ses conseillers. Dans ces conditions, le choix d'un mari pour l'archiduchesse aînée devient une question politique de première grandeur. En la mariant à don Carlos, héritier possiblede la monarchie espagnole, à toul le moins frère du roi d'Espagne et cousin du roi de France, on soulèvera tous les princes de l'Empire et toutes les puissances de l'Europe. Si la guerre générale qui s'ensuivra est heureuse, ce sera le triomphe de la maison de Bourbon et Charles VI ne s'en soucie pas. Si elle tourne mal, ce qui est plus probable^ ce sera le démembrement de la monarchie, l'Espagne ne songeant plus dès lors qu'à s'assurer en Italie sa part du butin.

C'est pourquoi la cour de Vienne a repoussé obstinément le mariage. Mais n'aurait-elîe pas pu conserver l'alliance espagnole en ramenant purement et simplement Elisabeth Farnèse à ses premiers projets et en la laissant s'emparer des duchés comme elle le

demandait?,La question, on le pense bien, fut discutée à Vienne. On jugea que deux cas pouvaient se produire : ou bien Elisabeth perdrait le pouvoir par la mort, l'abdication ou la déposition du Roi, et alors les concessions faites par rapport aux duchés seraient inutiles, la politique espagnole cessant d'être déterminée par les vues particulières de la reine; ou bien Elisabeth continuerait à gouverner, et alors elle se servirait des troupes espagnoles introduites en Italie pour peser avec plus de force sur l'Empereur, pour lui arracher son consentement au mariage; l'on ne pouvait donc pas plus céder sur les duchés que sur le mariage, car cela revenait au même.

Ainsi l'alliance de Vienne reposait sur une équivoque, Elisabeth Farnèse ne l'ayant voulue que pour avoir le mariage et l'Empereur étant détermine a ne pas accorder la main de Marie-Thérèse à don Carlos. Quand réquivoque fut dissipée, l'alliance fut détruite et la reine en revint à son plan primitif : obtenir les duchés de la France et de l'Angleterre.

C'est ainsi qu'en 1729 on retomba dans la politique normale sinon de l'Espagne, du moins de la reine. L'idée du mariage autrichien reparut pourtant, de loin en loin, à la cour de Madrid. Elisabeth y songea parfois aux heures d'impatience, lorsqu'elle s'mquieta des lenteurs de l'Angleterre et delà France a la soutenir en Italie et qu'elle crut que les duchés Im échappaient. En 1731 elle envoya le duc de Liria a Vienne demander pour don Carlos la main de Marie- Thérèse; elle se serait même contentée de la seconde archiduchesse*. Elle reprit un projet de ce genre en

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