Morville à Tessé, le 27 novembre 1724. A. E. Espagne
3. Morville à Tessé, Fontainebleau, le 13 novembre 1724. A. E. Espagne, 336.
■ II
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accès de fureur qui Tarrachaient si violemment à son apathie habituelle. C'est encore Tessé qui essuya Torage. Le roi affecta de rejeter sur la France réchec de ses plans : « L'Angleterre m'offre une flotte et des troupes, dit-il à notre ambassadeur; la Hollande fait de même; le tsir et la Prusse ne demandent pas mieux que d'entrer en Allemagne. Je vous le dis encore, je ne veux pas la guerre; mais il vaudrait mieux, toute l'Europe liguée contre l'Empereur, la commencer, que de faire une paix honteuse et plâtrée ». Peu à peu, son irritation s'exaspérant par ses propres paroles, il s'emporta jusqu'aux plus cuisants outrages : « Je pourrais reprocher à la France que cette noblesse et milice française qui, du temps du roi mon grand-père, faisait la guerre à l'Europe, paraît, depuis sa mort, être soumise aux demoiselles de l'Opéra, à la vie molle de la musique et delà bonne chère, et que l'on préfère en France cette vie molle à Thonneur et à la dignité des armes et du royaume* I»
^^ Les étranges paroles du roi n'étaient que l'écho de l'irritation de la reine. La déception qu'apporta à Elisabeth la dernière dépèche de Monteleone dut être terrible. Pendant quatre ans elle s'était soumise en frémissant aux prudents conseils de l'Angleterre et delà France: ne lui avait-on pas promis de tout arranger à sa satisfaction au Congrès de Cambrai, pourvu qu'elle fût sage et patiente? Ce Congrès toujours différé s'était enfin ouvert, et il n'avait donné aucun résultat. Elle avait alors mis ses alliés au pied du mur; elle leur avait démontré la nécessité d'une
i Tessé à Morville, le 20 aovembre 1724. A. E. Espagne,
guerre pour assurer les duchés à don Carlos, et elle les avait sommés de l'aider à faire cette guerre! Et voilà que ces alliés sans courage se dérobaient encore une fois avec des paroles mielleuses^ avec leurs éternelles exhortations à la modération , à la prudence, à la patience! Assister en rongeant son frein aux intrigues de l'Autriche en Italie; passer son temps à se demander si le prince Antoine de Parme n'allait pas se marier, si le grand-duc de Toscane n'allait pas trouver un moyen de frustrer don Carlos de sa succession; se laisser leurrer avec des parchemins sans valeur; se sentir menacée à chaque instant de voir s'écrouler le rêve de toute une vie, opiniàlrémeiit et rageusement poursuivi : voilà l'existence d'incerti ude et d'anxiété qu'Elisabeth avait menée j)endant de trop longues années et à laquelle on la priait placidement de continuer à se résigner 1 Cette fois l'ironie était trop amère pour être tranquillement supportée par une âme ardente et hautaine, peu habituée à se maîtriser, encline aux violentes colères et aux décisions brusques. Sans une hésitatiori, Elisabeth rompit avec la politique de l'alliance anglaise et française qu'elle suivait depuis quatre ans, et elle chercha un autre moyen d'assurer l'avenir de ses enfants elle sien.
AU X Ville SIÈCLE
Elle ne chercha pas longtemps. Du moment où elle renonçait à s'entendre avec la France et l'Angleterre, une seule politique était possible : la réconciliation et Tentente directe avec l'Empereur. C'étaient les deux pôles entre lesquels avaient toujours oscillé ses plans. Or, dans Tesprit de la reine, une alliance politique devait ètregarantie et affermie par une alliance de famille. Lorsquel'Espagne s'éaitunie à la France en \lii, l'infante Marie-Anne-Victoire avait été fiancée à Louis XV, don Louis, alors prmce des Asturies, avait épousé Mlle de Montpensier, fille du Régent, et peu après on avait déclaré les fiançailles d'une aulre princesse d'Orléans, Mlle de Beaujolais, avec don Carlos. De même, toutes les fois qu'on avait voulu s'orienter du côté de Vienne, on avait parlé de marier des infants avec des archiduchesses.
Celte politique d'alliance et de mariage avec la maison d'Autriche était celle du parti vieux espagnol, foncièrement hostile aux Français et resté dans le secret de son cœur dévoué aux Habsbourg. Elle était aussi, à certains moments, celle du parti italien, entendez du parti Farnèse. Le duc de Parme avait deux recettes pour assurer sa tranquillité et amener l'apothéose finale de don Carlos. Suivant les circonstances, il les préconisait tour à tour à Madrid. L'une consistait à expulser l'Empereur de la péninsule et
à faire une Italie espagnole et Farnèse. C'était là ce qu'il avait conseillé en 1720». C'était là aussi le but dernier de la mission de Monteleone. Mais si ce plan échouait et si François Farnèse perdait l'espoir de ruiner la puissance de l'Emp reur en Italie, alors il ne songeait plus qu'à s'unir aussi intimement que possible avec un voisin assez fort pour l'aniéanlirà son gré, — et il prêchait à la cour de Philippe V la politique autrichienne : c'était sa seconde recette.
Le parti vieuxespai^nol étant sans influence, c'était surtout par le p;irti italien que . idée de l'aliimce autrichienne réapparaissait périodiquement à Madrid. Quelques mois avant sa chute, Alberoni se voyant aux abois avait pensé à l'entente et aux mariages avec la maison d'Autriche». En 17M, quand ils n'avaient pasencore traité avec la France elTAnglelerre, Philippe V et Elisabeth étaient revenus à celte idée : ils firent sonder la cour de Vienne sur un double ou triple mariage entre les infants et les archiduchesses^ Ils étaient poussés cette foisparle duc de Parme.
1. V. le projet de traité entre la France et l'Espaf^me formé par le duc de Parme et présenté au cardinal Dubois parle comte de Sau-Severiuo en novembre 1720. Baudrillait, op. cil,
2 Dubois à l'abbé de Mornay, 20, 27 août et 20 noven.bre 1720; la proposition aurait été laite, au dire de Dubois, en juin 1719; l'Empereur l'aurait repoussée sous prétexte que ses filles étaient trop jeunes; cité par Baudrillart, op. cil. t. 11. p. 413-414
et 436-438. .„ ..^. .,.
3. C'est ce qu'écrit Dubois à iMaulévrier le 9 juillet 1-21, cité par Bau^lrillart, op. cit., U, p. 469; je trouve ces soupçons de Dubois conBrDiés par Ripperdà qui, dans une conférence avec Siuzeudorf eu 1725, déclare que le duc d'Orléans n'avait conclu les mariages franco-espagnols que pour empêcher les mariages austro-espagnols que lui, Ripperdà avait alors pro!>08és : der duc d'Orléans dieselbe Heirrathen (die spanuisch-frauzosischen) uur gethan habc um dièse ôsterreicliische Ileirrathen, welctie
Saint-Simon affirme, avec de bonnes raisons, que François Farnèse était c le promoteur et le principal instrument des mariages des infants d'Espagne avec les archiduchesses, dont il avait fait toute la négociation ., et il ajoute que les mariages français « tombèrent sur sa tète comme une bombe' ».
Les mariages français et l'alliance avec Louis XV et George i" tinrent pendant trois ans ces projets assoupis. Ils se réveillèrent en 1724 et cette foischez le parti espagnol, devenu plus audacieux et plus influent pendant le règne de don Louis. Dès le mois de juin, l'idée d'une entente directe entre les cours de Vienne et de Madrid fut de nouveau formulée : le ministre Orendayn Tavoua au maréchal de Tessé, en prétendant que les avances avaient été faites par l'Empereur*.
La reine et les Italiens qui comptaient encore sur le succès de la mission de Monteleone n^étaient pas mêlés à rintrigue. C'étaient les seigneurs espagnols qui la menaient. Ils la continuèrent après la mort de don Louis. Us se groupèrent alors autour du dernier
er Ripperda schon damahlen vorgeschiagen, zu unterbrecheii »• il rappelle môme à Sinzeudorf qu'il lui a écrit il y a environ trois ans (uugefahr vor drei Jahren) à ce sujet; et Sinzeudorf
f^L^^A, ^^^' ^'-'f^''^^ ^^ '« Conférence Secrète du 11 février
17^5. W. S. A. Il a donc évidemment été question en HM de mariages austro-espagnols. Eutre quels infants et quelles archiduchesses devaient-ils être conclus? Dubois donne des noms, mais ses renseignements sont probablement erronés Tout a dû se borner à de vagues ouvertures, à une velléité Eu tout cas, je n'ai trouvé aux archives de Vienne aucun rensei'^nement direct sur une pareille négociation. °