Tessé à Morville, le 15 novembre 1724. A. E. Espagne
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AU XVIIl* SIÈCLE
mille royale et à la cour. Ilavait alors onze ans. Deux ans auparavant, c'était, d'après Saint-Simon, un fort bel enfant. Maissa santé s'était gâtée : ilétait souffreteux, morose, mal doué du côté de l'intelligence; on ne croyait pas qu'il dût vivre et régner. Élisabelh, qui avait d'abord affecté beaucoup de sollicitude pour les fils de Gabrielle de Savoie, avait cessé de ménager le pauvre Ferdinand. Le roi lui-même semblait reporter de plus en plus son amour et ses calculs sur les infants du second lit. Don Carlos avait huit ans et don Philippe quatre ans. C'étaient deux enfants de belle santé, de figure agréable, Thumeurgaie et turbulente, l'esprit vif, prompt à la repartie. Le roi et la reine se plaisaient à les faire parader, tourner et danser devant les étrangers. Leur gentillesse, leurs qualités étaient un thème sur lequel i^n ne tarissait point à la cour *.
Ce sont eux que l'on projeta de marier à deux archiduchesses. Leur mère eut pu difficilement rêver pour eux de plus beaux partis. L'EinpereurCharles VI avait eu un fils en 1716, mais il l'avait perdu au bout de quelques mois, et, depuis, l'impératrice Élisabelh ne lui avait donné que des filles. Il en avait trois en 1724. L'ainée Marie-Thérèse était âgée de sept ans. Son père, par sa Pragmatique Sanction de 1713, lui avait assuré la totalité de son héritage au cas où il mourrait sans enfant mâle. La seconde s'appelait Marie-Anne. La troisième, encore au maillot, devait
mourir en bas âge. Elisabeth Farnèse résolut de demander Marie-Thérèse et Marie-Anne pour don Carlos et don Phifippe.
Elle profita de l'irritation du roi pour brusquer les choses et imposer son plan : renoncer à FalUance inutile de la France et de l'Angleterre et s'urir par un double lien, politique et dynastique, à la maison d'Autriche. S'il faut en croire Philippe V lui-tnéme, la reine et lui prirent cette résolution à eux deux, absolument seuls, et « dans pas plus de temps qu'il n'en faut pour aller en voiture de Madrid au Pardo *».
1. Paroles de Philippe V à l'ambassadeur impérial Kœiaigsegg. Kœnigsegg à Charles VI le 30 avril 1126, W. S. A.
1. Saint-Simon, Mémoires, t. 35, p. 105; Kœnigsegff à Rialp, le 21 janvier 1726, W. S. A.; Référât de la Conférence Secrète du U février iT2ô où sont rappelés les détails que Hipperda donna à Vienne sur les infants, W. S. A. — Les traits essentiels concordent dans ces différentes descriptions.
Celte évolution dans la politique espagnole n'allait elle pas entraîner un bouleversement dans le ministère? La chose était assez probable, la coutume voulant en Espagne qu'un changement de système entraînât un changement de personnes.
U est à remarquer que le parti italien, bien qu'il n'eût pas cessé d'être le véritable inutre, n'élait plus représenté dans le ministère depuis la chute d'Alberoni. Le chef de ce parti était l'envoyé du duc de Parme, le marquis Scotli. Mais ce grand et gros homme, d'aspect lourd et épais, n'avait pas l'étoffe d'un Alberoni*. Il n'était que le porte-parole de François Farnèse. Elisabeth, qui l'aimait et se moquait de lui, n'avait jamais songé à lui donner la succession du cardinal comme premier ministre d'Espagne. A part lui, elle n'avait à Madrid personne à qui elle pût se fier entièrement. Le ministère était composé d'Espagnols, prêts à faire toutes les concessions possibles à la politique de la reine, mais dont aucun n'avait son secret. Ils étaient, d'ailleurs, divisés ei factions qui se faisaient une guerre acharnée.
Le personnage le plus important dans l'entourage des souverains avait été jusqu'à ces derniers temps le marquis de Grimaldo. Ce vieux serviteur du roi