Tessé à Morville, le 4 décembre 1724. A. E. Espagne
2. Tessé à Morville, le 13 novembre 1724. A. E. Espagne, 336.
3. Tessé à Morville, le 20 novembre 1724. A. E. Espagne, 336,
appliquer sa nouvelle politique autrichienne? Orendayn lui-même se prêterait-il à une pareille volteface? En réalité tout s'arrangea. Orendayn sentit changer le vent ; il se dit qu'il avait passé à Madrid bien d'autres ambassadeurs que le maréchal de Tessé qui passerait comme tous les autres; que la reine était la seule force avec laquelle on eût à compter; qu'il lui devait ce qu'il avait et qu'il ne pouvait espérer qu'en elle pour avoir davantage. Il sut sans doute faire discrètement entendre qu'il était tout dévoué, que ses sentiments français dépendaient des égards que la France montrait à la reine, qu'on pouvait se fier à lui et disposer de lui. Elisabeth Farnèse, à laquelle il plaisait et qui n'avait personne pour le remplacer, l'en crut, et se détermina à lui confier le secret. C'est ainsi qu'Orendayn, quelques jours après avoir reçu de Tessé les félicitations du duc de Bourbon et de M. de Morville sur sa nouvelle élévation, rédigea, en grand mystère, avec le roi et la reine les instructions de l'envoyé secret qui devait aller à Vienne proposer la paix, l'alliance politique et les
mariages.
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Lesinsiruclions sont datées du 22 novembre 1724, et l'envoyé s'appelait le baroa de Ripperda.
Les instructions commençaienlparénumérer toutes les précautions dont devait être environnée une mission aussi délicate. En hasardant de pareilles propositions à Vienne, le gouvernement espagnol risqu ut un pas assez dangereux. Il ignorait absolument comment ses ouvertures seraient reçues. On pouvait lui infliger l'affront d'un refus brutal, ou ne feindre de récouter que pour exploiter ses offres contre lui à Paris et à Londres. Aussi les instructions recommandaient-elles au baron de Ripperda de garder le plus profond secret sur sa mission, tant pendant i=on voyage qu'à Vienne. Rne devait se confier qu'à l'Empereur et aux ministres que celui-ci désignerait p>ur traiter avec lui. Il ne parlerait d'abord que du désir de Philippe V de conclure rapidement et directement la paix avec l'Autriche. S'il s'apercevait que ses avances ne fussent pas sincèrement accueillies, il aurait soin de ne rien laisser soupçonner du véritable objet de son voyage; il brûlerait même ses instructions et le plein pouvoir dont on le munissait. Dans le cas contraire, il ferait les propositions suivantes :
Don Carlos épousera Marie-Thérèse, qui recevra en dot, pour en jouir après la mort de son père, tous
AU XVin« SIÈCLE
les pays héréditaires d'Allemagne, ~ et il sera élu roi des Romains. Philippe V consent à ce qu'il soit envoyé immédiatement à Vienne, pour y être élevé sous les yeux de Charles VI. Comme il est fiancé pour le moment à Mlle de Beaujolais, on s'arrangera en donnant celle-ci à don Ferdinand.
Don Philippe épousera Marie-Anne et héritera après la mort de Charles VI de tous les pays que possèdent actuellement les Habsbourg en Italie, c'està-dire du Milanais et des Deux-Siciles. Il aura de plus la Toscane et les duchés de Parme et de Plaisance, auxquels don Carlos renoncera en sa faveur.
Ainsi le plan d'Elisabeth Farnèse s'agrandit démesurément. Il ne s'agit plus de constituer à don Carlos un petit État italien. Elle rêve maintenant pour l'un de ses fils l'Empire et pour l'autre presque toute ritalie. Se flattant que Charles VI n'aura pas d'héritier, elle partage les États autrichiens entre don Carlos et don Philippe.
En dehors des parts indiquées, il reste encore les Pays-Bas. Ripperda a ordre d'en réclamer la rétrocession à la couronne d'Espagne. S'il ne peut l'obtenir, il demandera que les Pays-Bas soient donnés à don Philippe et à Marie-Anne. Encore devra- t-il stipuler qu'ils reviendront à la couronne d'Espagne, en cas que don Philippe et sa femme meurent sans enfants ou que leur lignée s'éteigne. De même et dans le même cas, le Milanais, Naples et la Sicile passeront à l'Espagne, tandis que la Toscane avec Parme et Plaisance feront retour à don Carlos. Philippe V veut encore que FEmpereur achète au duc de Savoie, au prix d'un morceau du Milanais, la Sardaigne, et la lui offrç. Et ce n'est même pas tout, car Char?