Héférat du 11 février 1725, W. S. A
Il- ?•,
îl
UNE COUR Et UN AVEr^TURlEK
et bon Espagnol, pour qu'on l'en crût sur parole. Je penserais plutôt qu'il a été séduit par l'audace et les plans d*Alberoni, qu'il a été, aussi, frappé de la facilité qu'un habile homme trouverait à faire fortune dans une cour remplie de projets et d'intrigues. Le désir de travailler à de grandes choses et l'espoir d'en tirer un profit personnel le poussèrent sans doute à se faire le serviteur du roi Philippe.
Toujours est-il que Ripperda fil à Madrid le plus singulier ambassadeur du monde : tout feu et tout flammes pour les intérêts de la puissance auprès de laquelle il était accrédité^ il leur subordonna systématiquement ceux de son propre gouvernement.
Il vivait dans la plus étroite intimité avec Alberoni qui l'avait complètement enjôlé. Le cardinal rêvait de lancer contre TEmpereur la Hollande aux Pays- Bas et le roi de Sicile dans le Milanais. Ripperda travailla avec une ardeur extraordinaire à Texéculion de ce plan. Dans ses rapports aux États-Généraux, il démontrait, sans se lasser, combien il était important pour le commerce hollandais de conserver l'alliance de l'Espagne. En cela il restait dans son rôle. Mais il alla jusqu'à la trahison en se servant faussement du nom des États-Généraux pour entraîner le roi de Sicile dans l'entreprise. Il fit tout auprès du ministre sicilien, del Maro, pour lui persuader que l'avantage de Victor-Amédée était de s'unir à l'Espagne contre l'Autriche, cela en se prétendant autorisé par ses chefs à cette négociation, tandis qu'en réalité les Hollandais étaient très éloignés de toute idée semblable*.
1. V. SaiQt-Simon, Mémoires, t. 28, p. 69, 170-171, t. 29, p. 48, 138-139 et 175; ces détails sont donnés par Saint-SimoD
AU XVnr SIÈCLE
Il finit par n'être plus que Témissaire secret d'Alberoni auprès des ministres étrangers à Madrid ^ LorsdeTexpédition de Sardaigne, il compromit gravement la Hollande, en illuminant sa maison en l'honneur de la prise de Gagliari par les Espagnols, ce que ne fit aucun autre ambassadeur'. En même temps il se faisait accuser d'indélicatesse : Bubb, le résident anglais, se servit de lui pour faire passer une certaine somme à Alberoni ; le cardinal ne parla jamais de cet argent à Bubb, si bien que Bubb soupçonna Ripperda de se l'être appropriée De toutes façons les choses étaient allées trop loin. Les États- Généraux rappelèrent ce bizarre ambassadeur quelque temps avant la chute d'AU)eroni*.
Ripperda était déjà déterminé à se fixtren Espagne. 11 y avait acheté la maison de ramiraiile de Castille à Madrid et des terres. Il se hâta d'aller rendre compte de son ambassade à La Haye, revint à Madrid, se convertit publiquement au catholicisme et offrit ses services à Philippe V, en déclarant qu'il attendait depuis longtemps le bonheur de pouvoir être ouverlement bon catholique et bon Espagnol*.
Albjroni, qui rêvait de rendre à l'Espajçne son ancieime prospérité, songea sans doute à utiliser les connaissances de Ripperda en matière de commerce
d'après les mémoires de Torcy qui, eu sa qualité de surintendant des postes, était fort bien renseigné par son cabinet noir. « Ripperda dont il a été tant parlé d'après Torcy », dit Saint- Simon, t. 36, p. 246.