Saint-Simon, Mémoires, t. 36, p
fidèle nourrice Laura : alors elle courait en robe de chambre dans la garde-robe de Laura et échangeait quelques mots avec la personne qu'elle avait fait appeler*. Elle ne risquait d'ailleurs ces passades que dans les cas graves. Elle en connaissait le péril, et les autres aussi. On ne cherchait pas en général à lui faire parvenir d'insinuations directes. Tessé, par exemple, avait été averti de s'en abstenir, « car cette sorte de conduite, lui disaient ses instructions, est extrêmement opposée à l'esprit du roi et de la reine*. » Cet esclavage avait ses avantages pour une reine ambitieuse et passionnée de domination, comme était Elisabeth Farnèse. Point d'affaire qui lui restât cachée ; le roi ne travaillait jamais qu'en sa présence avec ses ministres, et il n'y avait pas d'audience d'ambassadeur où elle n'assistât en tiers* ; celui qui aurait voulu parler au roi seul n'aurait pas obtenu ce qu'il venait demander et se serait rendu coupable d'une faute de tact propre à le disqualifier*. Ainsi rien ne lui échappait. — D'autre part, le tête-à-tète éternel
1. C'est ainsi, dans la garde-robe de Laura, que la reine s'entendit avec le nonce sur les moyens d'amener Philippe V à reprendre la couronne. Tessé à Morville, le 11 septembre 1724. Tessé fut averti de la même façon que Philippe V consentait à remonter sur le trône. Tessé à Morville, le 6 sept. 1724. A. E. Espagne, 336.
2. Instruclionà Tessé, 15 janv. 1724. A. E. Espagne, Supp» 12.