‹ Une cour et un aventurier au XVIIIe siécle [microform]. Le Baron de Ripperda, d'après des documents inédits des archives impériales de Vienne et des archives du Ministère des affaires étrangères de ParisChapitre 4 sur 130 · Saint-Simon, Mémoires, t. 37, p. 7 et · texte numérisé non relu

Saint-Simon, Mémoires, t. 37, p. 7 et

4. Saint-Simon, Mémoires, t. 35, p. 152 et 163. Saint-Simon, pendant son ambassade, demanda un jour une audience au roi, au lieu de la demander, suivant l'usage, à Leurs Majestés; il l'avait fait par inadvertance, mais on pouvait supposer qu'il désirait parler au roi seul. Grimaldo l'avertit à temps de sa bévue et il se promit de la réparer à l'audience même, où se passa une scène assez caractéristique : «Je vis, dès en approchant de Leurs Majestés Catholiques, l'importance du service

AU XVUl* SIECLE

lui avait appris à connaître le roi assez à fond pour le diriger à son gré. Philippe V était « très soupçonneux, très difficile à servir, voulant paraître n'être gouverné par personne..., avec cela une indécision naturelle et des scrupules sans fin et sans nombre*. » Mais elle le savait par cœur; t elle voyait les temps des insinuations préparatoires, leurs succès, les résistances lorsqu'il s'en trouvait, leurs causes et la façon de les exténuer, les moments de ployer pour revenir après, ceux de tenir ferme et d'emporter de force... Rien n'égalait la finesse, le tour qu'elle savait donner aux choses et les adresses avec lesquelles elle savait prendre le roi... Rarement allait-elle de front, mais par des préparations éloignées, des contours et retours qu'elle poussait et retenait à la boussole de l'air, des réponses, del'hu-

que m'avait rendu le marquis de Grimaldo ;... car la reine, dès avant que je fusse proche du roi et d'elle, s'avançii à moi et me dit d'un air fort libre : « Ho! çà, monsieur, point de façon; « vous avez envie de dire au roi quelque chose en particulier, je « m'en vais à la fenêtre et vous laisser faire. » Je lui répondis la môme chose que ce que j'avais mandé en réponse à Grimaldo, à quoi j'ajoutai qu'il était si vrai que je n'avais rien à dire au roi en particulier que, si j'avais eu le déplaisir de- ne pas la trouver auprès de lui, j'aurais été obligé de lui demander à elle une audience, pour lui faire les mêmes remerciements qu'au roi de tout ce qui s'était passé la veille. « Non, non, reprit-elle « avec vivacité, je vous laisse avec le roi, et je me rapprocherai « quand vous aurez fait. » Et, en disant cela, elle ga^na la fenêtre comme en deux sauts légers, car il y avait as8e2 loin par la grandeur de ce salon des miroirs où j'étais seul avec Leurs Majestés Catholiques, tellement que je me mis à la suivre, lui protestant que je n'ouvrirais pas la bouche devant le roi qu'elle ne fut retournée près de lui, qui pendant tout cela demeura immobile. Enûn la reine se laissa vaincre et revint près du roi où je la suivis. Elle aurait su également par le roi ce que je lui aurais dit sans elle et ne me l'aurait jamais pardonné » (p. 163).

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