‹ Une cour et un aventurier au XVIIIe siécle [microform]. Le Baron de Ripperda, d'après des documents inédits des archives impériales de Vienne et des archives du Ministère des affaires étrangères de ParisChapitre 34 sur 130 · Référai du li février 1725, W. S. A · texte numérisé non relu

Référai du li février 1725, W. S. A

.ir.

traité de paix et de traité d'alliance, et la négociation en forme commença.

Elle eut lieu entre Ripperda et Sinzendorf, très secrètement. Les deux ministres se voyaient dans le plus grand mystère, d'abord chez le chancelier, ensuite pour plus de sûreté chez le secrétaire Buol, tantôt dans sa maison de Vienne, tantôt dans sa villa de Hernals, le plus souvent de nuit. Sinzendorf communiquait le résultat de ces pourparlers à la Conférence, et celle-ci décidait, sous la réserve de l'approbation impériale, des concessions à faire ou à exiger.

Les conférences entre Ripperda et Sinzendorf commencèrent le 24 février. Le chancelier soumit le double projet autrichien à l'envoyé espagnol. Ce dernier présenta le 27 un double contre-projet.

Pour le traité de paix, il n'y eut aucune contestation sur l'essentiel. Le corps du traité était constitué par la confirmation pure et simple de la Quadruple Alliance : la renonciation de Philippe V au trône de France et aux anciennes provinces espagnoles possédées par Charles VI, la renonciation de Charles VI à l'Espagne et aux Indes, l'expectative de la Toscane et des duchés de Parme et de Plaisance donnée à don Carlos, — tout cela était renouvelé.

Les instructions de Ripperda et même le plan plus modeste qu'il avait proposé à Vienne supposaient bien, pour l'avenir, une distribution nouvelle des couronnes ou tout au moins le transfert des duchés à don Philippe. Mais ces combinaisons étaient subordonnées aux mariages : elles devaient donc être écartées pour le moment, et il n'y avait qu'à s'en tenir aux arrangements de 1720. On ne pouvait d'ailleurs faire autrement dans une paix destinée, comme

le stipulait le préambule, à être signée à Cambrai sous la médiation de la France et de l'Angleterre. Si Ton avait voulu déroger à la Quadruple Alliance, il eût fallu le faire secrètement, dans des articles séparés- La seule disposition de ce genre se trouve dans le projet autrichien de traité d'alliance : Sinzendorf, relevant la proposition de RipperJa, prévoit là, dans un article spécial, que les duchés promis à don Carlos pourront être échangés plus tard contre un équivalent qu'il ne détermine pas*. Mais cet article disparaît des projets suivants, et il n'en est parlé nulle part dans les comptes rendus de la négociation. Sinzendorf a dû l'abandonner immédiatement, ne l'a peut-être même pas soumis à Ripperda.

La Quadruple Alliance fut donc confirmée sans discussion. Ripperda consentit également à garantir l'ordre de succession établi par Charles VI dans ses Étals, contre une garantie semblable de la succession espagnole par l'Empereur. On sY^ntendit enfin pour garantir au duc de Parme ses possessions et droits sur le mêm'^ pied qu'en 1718, et pour remettre à des arbitres le différend sur les limites de l'État de Parme et du Milanais.

Toutes les questions importantes furent ainsi réglées sans mot dire, et il n'y eut de difficultés que sur les points secondaires, sur les clauses de vanité : les titres, la grande maîtrise de la Toison, l'amnistie réciproque pour les partisans des deux princes dans la dernière guerre.

On convint que Philippe V et Charles VI garde-

1. Projet autrichien de traité de paix du 24 février 1725, dans un fascicule intitulé : Projekle, Entwur/fe, Conceple zu den mit Spanien abzuscliliessenden Vertragen, 1725. W. S. A.

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raient leur vie durant les titres qu'ils s'attribuaient et que leurs successeurs s'en tiendraient aux titres des États réellement possédés par eux. Sur les deux autres points il fut impossible d'arriver à un accord. Les Autrichiens ne voulaient reconnaître à Philippe V le droit de conférer la Toison qu'à titre viager ; après la mort du roi d'Espagne, l'Empereur serait resté seul grand-mailre de l'ordre ; Uipperda proposait de dédoubler pour toujours la grande-maitrise, avec l'assentiment du pape, et il tint ferme là-dessus. On résolut de laisser l'affaire en dehors du traité, jusqu'à ce que Ton connût la décision dernière du roi Philippe. Pour l'amnistie, une grosse question d'amour-propre était en jeu : Charles VI, par point d'honneur, exigeait absolument que Philippe V restituât leurs privilèges aux Catalans el aux Aragonais ; Hipperda, connaissant la susceptibilité de son maître à ce sujet, se refusait avec non moins d'énergie à faire dans le traité aucune mention des sujets rebelles. Tout ce que l'on put obtenir de lui fut qu'il écrirait a u roi en faveur des Catalans el des Aragonais, et, en attendant la réponse définitive de Philippe V, on réserva la question, comme pour la Toison d'Or. Quant au tr.iilé d'alliance, il était, tel que l'avait rédigé Sinzendorf, purement défensif et des plus simples. U consistait en une concession réciproque. L'Empereur s'engageait à ne pas s'opposer à la rétrocession de Gibraltar et de Port-Mahon à l'Espagne, pourvu qu'elle se fit à l'amiable et bien qu'elle fût contraire à la Quadruple Alliance ; en revanche le roi d'Espagne accordait aux sujets de l'Empereur dans ses États du continent le traitement de la nation la plus favorisée — sur celte base devait élre

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conclu un traité de commerce — et il promettait de s'unir à Charles VI pour tirer vengeance et satisfaction de toute insulte faite aux vaisseaux impériaux en deçà ou au delà de la ligne : - c'était la garantie de la navigation ostendaise contre toute agression Finalement étaient stipulés les subsides en hommes et en vaisseaux, ou argent, que les deux alliés auraient a se fournir s'ils étaient attaqués dans leurs Étals Ripperda fit réduire un peu les subsides exigés de son maître. 11 accorda ce qu'on lui demandait pour le commerce et la Compagnie d'Ostei.de se contentant de stipuler pour les vaisseaux espagnols une garantie semblable à la garantie donnée" aux vaisseaux impériaux. Mais il jeta les hauts cris sur l'article relatif à Gibraltar et à Port-Mahon. II savait que c'était là l'intérêt national le plus important à sauvegarder, celui qu'on ne pouvait sacrifier sans irriter violemment le roi et les Espagnols. Il demanda que l'Empereur promît de s'employer nar sej ministres à Cambrai et à Londres, pour pro;urer la rétrocession a l'amiable, et qu'il s'engageâl même d une façon générale à ce que la restitution fût effecluee (praestiturum [imperatorem] ut dicla reslitutio effectum sortiatur). Sinzen lorf regimba. La Conférence déclara la clause impossible: elle équivalait à nne déclaration de guerre à l'Angleterre. On offrit à Ripperda les bons offices et il finit par s'en contenter. On ne dressa pas de projet de traité de commerce. Pour le moment on considéra comme suffisantes les

îl ?'? '^^ ""'''^ '^'^'"«"<=« "-«'«"ves au commerce et a la protection des vaisseaux'.

»• Héféral de la Conférence Secrète du n mars 1725. - Pro-

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Somme loule, Ripperda s'élailmontré 1res coulant. Il n'avait guère fait de résistance que sur les questions où étaient plus particulièrement intéressés la vanité et les scrupules de Philippe V.

Le 1«^ mars au soir, on tomba d'accord sur les deux projets de traité. Ils furent mis au net pour être envoyés à Madrid.

Cependant les ministres étrangers commençaient à soupçonner quelque intrigue. Pour dépister leurs espions, il fut entendu que Ripperda irait attendre la réponse et les instructions de sa cour à Prague; dans une ville aussi grande et aussi populeuse, il pourrait facilement se cacher sous un faux nom.

Le 7 au soir les dftux actes furent remis au secrétaire et confident de Ripperda, Henri Wiespien, avec ordre de les porter à Madrid par la voie de Gênes. H partit le soir du 9. Dans la même nuit, Ripperda, muni d'un passeport au nom de M. de Mûnsterfeld, sortit à pied de Vienne par la porte des Écossais. Il trouva, hors delà ville, une voiture qui le conduisit jusqu'à une station où il prit la poste pour Prague.

L'on n'avait plus qu'à attendre la réponse de la cour de Madrid.

jets de trailé dressés par Sinzeudorf et Ripperda, dans les Projekte, Entwur/fe, etc. — W. S. A.

Cependant il se passait à Paris des événements qui devaient singulièrement influer sur la décision du roi et de la reine d'Espagne.

Pour él igner les soupçons et pour ménager, en cis d'échec à Vienne, une autre voie à la politique espagnole, Philippe V et Elisabeth Farnèse avaient laisse Monteleone continuer sa négociation à Paris '. Dans les premiers jours de décembre, le marquis remit au comte de MorviUe un nouveau projet de traité entre Philippe V, Louis XV et George r^. il s'y conformait en partie aux avis du cabinet français : son projet était une garanlie de la Quadruplé Alliance, particulièrement en ce qui touchait don Carlos. Il ajoutait que, si, dans les trois mois après la signature du traité, l'Empereur ne s'était pas décide à exécuter ses engagements, la France, I Espagne et la Grande-Bretagne déclareraient la gi^srre à l'Autriche (art. 4). Deux articles séparés concernaient la négociation qui devait suivre à Florence et à Parme : les ministres français et anglais en Toscane

1. Quant au Congrès de Cambrai, il est complètement arrêté cuILa!^. plénipotentiaires impériaux d'admettre la dis- IP? r!i 4- ^' '""i^'^*' ^" '^"^ ^^ ^^^°»«- A partir d'octobr. 1724, aucun intHt ^^°*^"'*'^*^^ ^* Windischgrœtz n'oifreut plus

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