‹ Une cour et un aventurier au XVIIIe siécle [microform]. Le Baron de Ripperda, d'après des documents inédits des archives impériales de Vienne et des archives du Ministère des affaires étrangères de ParisChapitre 45 sur 130 · Référât du... juillet 1725. W. S. A · texte numérisé non relu

Référât du... juillet 1725. W. S. A

cisait et en étendait la portée : dès maintenant, TEmpereur promettrait à don Carlos la main de Marie-Thérèse, au cas où il mourrait avant qu'elle fût nubile. Cette prétention parut exorbiltante à la Conférence Secrète, qui l'eexamina le 10 juillet, et à l'Empereur lui-même. Sinzendorf^ dans un entretien qu'il eut le 11 avec l'ambassadeur espagnol, essaya de le faire revenir sur sa demande. Il épuisa en vain son éloquence. « 11 faut, lui répondit Ripperda, que l'archiduchesse aînée soit promise à don Carlos, au moins au cas où l'Empereur mourraitavant qu'elle fût nubile. Cela est nécessaire à la dignité et à l'honneur du roi d'Es:pagne : Philippe V ne doit pas être exposé à un refus et à un affront, quand il présentera plus tard sa demande. D'ailleurs l'Empereur ne conserve-t-il pas de son vivant la liberté de marier sa fille à son gré? Qu'il la donne à un autre prince, et l'Espagne aura sacrifié pour cet heureux rival ses trésors et ses soldats, sans avoir le droit do se plaindre. Le roi et la reine veulent bien courir ce risque. Ils ont confiance en l'avenir ; ils sauront se comporter de telle façon que l'Empereur leur accordera avec empressement plus tard ce qu'il fait difficulté de leur promettre aujourd'hui. Et même, si l'impératrice donne à l'Autriche un archiduc, ils s'en réjouiront sincèrement, et ils ne s'en considéreront pas moins comme liés par les engagements pris. » Et en post-scriplum à toutes ces protestations de désintéressement et d'amitié, Ripperda ajouta : « Si vous repoussez ma proposition, nous ne pourrons p.is conclure le nouveau traité d'alliance, et les conséquences de votre refus seront, je ne dis pai5 mauvaises, mais en tout cas peu avantageuses. » C'était la

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menace de défection succédant brusquement aux flatteries et aux caresses.

L'Empereur, instruit par son chancelier, renvoya l'affaire à la Conférence Secrète. Celle-ci en délibéra d^ns sa séance du 20 juillet. Là furent exposées les deux opinions entre lesquelles se partageaient les hommes d'États viennois. L'une fut défendue par Sinzendorf et l'autre par Starhemberg.

Sinzendorf fut d'avis que l'on pouvait, à la dernière extrémité, prendre l'engagenaent qu'exigeait Uipperda, en y ajoutant encore une restriction; on promettrait Marie-Thérèse à don Carlos, au cas où l'Empereur mourrait avant que sa fille aînée fût nubile et oii elle serait encore libre à ce moment. — Celte dernière condition réduisait la promesse à rien. Ripperda ne Tacceplerait sûrement pas; il était inutile et même dangereux de lui en p;îrler: elle ne ferait qu'exciter la méliance et le mécontentement de la cour de Madrid. C'est ce que fit remarquer Slarhemberg, et Sinzendorf n'en disconvint pas. En somme il proposait purement et simplement de céder.

Ce n'est pas qu'il approuvât le mariage. 11 en voyait la folie et les dangers. Mais il voyait aussi la nécessité de conserver l'alliance espagnole : « Nous n'avons, disait-il, que deux partis à prendre : ou nous assurer entièrement de l'Espagne, — et pour cela il faut promettre à don Carlos la mun de l'archiduchesse ainée, — ou nous réconcilier avec l'Angleterre; or, la conduite des Anglais, leurs liaisons et leurs intrigues avec d'autres puissances, ne permettent pas de compter pour le moment sur un accord avec eux; on doit se contenter de laisser pour plus tard une voie ouverte à la réconciliation. Accordons

donc à Elisabeth Farnèse ce qu'elle exige. Nous nous atlacherons [ainsi l'hlspagne; nous la séparerons de l'Angleterre et de la France; nous garderons le bénéfice des avantages commerciaux et politiques qu'elle nous fait. Et que donnons-nous? Une promesse condiliannelle qui ne se réalisera jamais. Nous saurons bien ré iigerle nouveau traité d'alliance de façon à ménager à l'Empereur une porte de sortie : on inscrira, par exemple, dans un arlicle, que tous les engagements pris le sont solidairement et que si un seul d'entre eux n'est pas exéculé tout le traité sera caduc. Puis, quand Marie-Thérèse sera nubile, il y aura beau temps que l'alliance espagnole aura vécu. Si, au contraire, nous sommes pris de court, si la condition sous laquelle est faite la promesse de mariage se réalise, — l'Empereur mourant avant la nubilité de Marie-Thérèse, — alors nous nous trouverons dans un tel embarras que le mariage avec don Carlos et l'union avec l'Espagne nous seront dt s plus avantageux : il faut seulement prendre toutes les précautions pour qu'en ce cas les couronnes de France, d'Espagne et d'Autriche restent éternellement séparées. »

En somme le chancelier conseillait de prometlre avec l'intention de ne tenir que si l'on y avait intérêt. C'est ce que releva sévèrement le vieux Starhemberg. 11 recommanda d*agir lianchement, sans équivoques, sans aucune de ces finasseries qui ne pouvaient qu'irriter et mettre en défiance la cour de Madrid. On n'avait déjà que trop promis à Hipperda. On s'était laissé entraîner par lui de concession en concession, si bien qu'il en venait maintenant à des exigences presque indécentes. Il était grand temps

de s'arfêler. Il fallait laisser le roi et la reine d'Espagne en espoir, sans s'engager positivement vis-àvis d'eux: cela suffirait sans doute pour les maintenir du côté de l'Empereur ^

Ainsi fut exprimée dans la Conférence St^crète l'opinion des deux partis qui divisaient la cour impériale. Sinzendorf avait derrière lui tous les ennemis de l'Angleterre, les protecteurs du commerce d'Ostende, les collaborateurs de Charles VI dans sa nouvelle politique commerciale, politique dont l'alliance espagnole pouvait seule empêcher la ruine. A leur tête était l'Espagnol Perlas, marquis deRialp. llialp avait la confiance et Taffection de l'Empereur; son intluence à la cour et dans les affaires était prépondérante; elle s'appuyait sur les visées économiques du maitre, sur son désir de tenir la parole donnée à ses sujets belges, sur le sentiment d'uonneur qui l'empêchait de céder aux insolentes injonctions de TAngloterre. — Quant à Starhemberg, il avait parlé au nom du parti allemand, de ceux qui accusaient Rialp de vouloir faire de l'Autriche une province espagnole, des défenseurs obstinés de « l'alliance éternelle » avec les puissances maritimes. Ceuxlà reconnaissaient pour chef le prince Eugène. Ils exploitaient contre le projet de mariage la vieille aversion de l'Empereur pour les Bourbons. Mais ils n'osaient pas dire tout haut ce qu'ils pensaient tout bas. Ils n'osaient pas conseiller à l'Empereur de s'arranger coûte que coûte avec l'Angleterre, en lui sacrifiant la prospérité de ses États et son honneur de souverain. Eugène et Starhemberg le pouvaient

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d'autant moins que trois moisauparavanlils avaient eux-mêmes recommandé d'accepter l'alliance espagnole et qu'ils avaient mis leur signature au bas des traités du 30 avril . Dès ce moment ils s^étaient rendu compte que le roi et la reine d'Espagne n'avaient en vue que le mariage; ils avaient pourtant passé outre, parce que le péril anglais les épouvantait. Maintenant il leur était impossible de se déj iiger. Ils étaient condamnés aux regrels, aux doléances, aux demi-mesures tardives et inelficaces

Hialp et Sinzendorf avaient donc barre sur Eugène et Slarhemberg, et leur avis devaitTemporter. Cependant, pour eux-mêmes, le mariage n'étaitqu'une nécessité désagréable et ils ne voulaient céder qu'au dernier moment. On opposa à Ripperda tous les délais, tous les faux-fuyants, toute la force* d'inertie au service des diplomates. Le 3 septembre, la Conférence arrêtait encore un projet de mémoire à remettre à l'ambassadeur espagnol, où étaient accumulées toutes les bonnes raisons qu'on avait de différer le double mariage et de ne rien stipuler au sujet de Marie-Thérèse*.

i. Protocole de fa Conférence secrète du 3 septembre 1725. W. S. A.

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