Starhemberg à Charles VI, Hanovre, le 11 octobre 1723, W
AU XVIU* SIÈCLE
11 eût été inutile d'appeler les princes allemands à défendre soit l'iiégénionie franco-anglaise en Europe, soit le monopole commercial des puissances maritimes, lune et l'autre méchamment mis en péril par les alliés de Vienne*. Mais on les prendrait, presque à coup sur, comme on avait déjà pris le roi de Prusse, par la peur du mariage de Marie-Thérèse avec don Carlos. « Le prétexte que donnent les alliés pour justifier leur ligue et pour obtenir des accessions, écrivait Starhemberg à Charles VI le 13 septembre 1725, ce sont les prétendus mariages austro-espagnols. On parle maintenant du mariage de l'archiduchesse aînée avec don Carlos et de la seconde archiduchesse avec don Philippe... Ces assertions Irouventmalheureusement trop de crédit... Sien réalité S. M. I. n'a jamais songé aux mariages, il faut
s. A. — V. le traité de Heerrenhausen dans le Corps Diplomatique de Du Mont, t. VIII, Supplément, ou dans le fiecuei/ de Rousset, t. II, p. 189-198.
1. Starhemberg, dans ses dépêches, déclare que l'alliance de Hanovre a été conclue : t» pour rendre à la France et à l'Angleterre la haute main et l'arbitrage en Europe (Oberhand uod Arbitrage) et pour leur permettre d'y faire la même figure qu'auparavant (die vorige Figur.), Starhemberg à Charles VI, le 11 octobre 1725; 2<» pour annuler l'alliance économique entre l'Espagne et l'Autriche et pour venir à bout du commerce d*Ostende : « die ware Ursach (der AUianz) aber und ihre (der Englauder) grossie Jalousie ist der mit Spanien geschlossene Navigationstractat und die, ihrem Vorgeben nach, der ostendischen Compagnie stipulirten grossen Vortheile, welcher Schiffarth Aufnahm sie je langer je mehr apprehendiren, und klar sagen dass so -« ohl ihre als die hoUândischeostindianische Compagnie, in welchen doch der grôsste Theil ihrer beiderseitigen Consistenz bestehe, dabei zu Grund gehen mussen, derohalben der lord Townshend an einem vertrauten Orth sich vernehmen lasseu, dass sie ihnen diesen Dorn coûte qu'il coûte aus denen FQsscq ziehen wollen. » Starhemberg à Charles VI, Hanovre, le 20 septembre 1125, W. S. A.
dissiper en Europe ce soupçons! nuisible et qui peut entraîner tant de mal. On enlèvera ainsi à la France et à l'Angleterre le prétexte et le moyen (Mittel und Vorwand) dont elles se servent avec tant d'avantage pour gagner les autres cours » Et l'ambassadeur impérial ajoutait quelques jours après : « Ce sont ces bruits de mariages qui permettront aux cours de Londres et de Paris d'attirer à elles tous les princes de l'Empire, qui, el'esle savent bien, ne prendraient jamais d'engagements contre TEmp-^reur avec le seul objet de favoriser Its intérêts privés et le commerce de r An ii le terre'. »
i. starhemberg à Charles VI, Hanovre, le 13 septembre et le il octobre n2.ï. \V. S. A.
iiî
Le traité de lleerrenhausen, qui bouleversâtes politiques autrichiens, n'émut nullement Ripperda. [1 déclara simplement t qu'il apprendrait à ces canailleslà à faire des traités entre eux*. » Il était sûr maintenant d'en arriver à ses fins.
Il jouait à Vienne un important personnage. Sa querelle avec Richelieu continuait bruyamment. Adjuré par les ministres impériaux de s'abstenir de toute algarade, il avait d'abord promis de repartir pour l'Espagne avant l'entrée publique de l'ambassadeur français, ce qui coupait court à la dispute de préséance. Mais il ne voulait quitter Vienne qu'avec son trailé de mariage en poche. Au mépris de ses engagements et à la grande exaspération de Richelieu, qui ne comprenait rien à ses délais, il s'éternisait à Vienne, parlait d'y passer tout l'hiver, rééditait ses rodomontades et ses menaces d'esclandre*. Cette conduite était faite pour le rendre insupportable à la cour impériale; il ne s'en imposait pas moins lyranniquement à elle. Sous prétexte d'assurer le secret de la négociation, il demandait perpétuellement des audiences à Charles VI, et il avait avec lui de fréquents tète-à-tète. 11 flattait l'impératrice régnante,
1. Richelieu à Morville, Vienne, le 17 octobre 1725. A. E. Vienne, 448.
2. Richelieu à Morville, Vienne, août-novembre 1725. A. E. Vienne, 148.
AU XVin* SIÈCLE
la voyant aussi en particulier, vantant en public son entente des affaires. 11 groupait autour de lui les Espagnols de Vienne et fréquentait avec assiduité chez Rialp, à la table duquel il laissait échapper ses plus étranges boutades*. Les ministres de la Conférence étaient également l'objet de ses attentions : t L'ambassadeur d'Espagne, écrivait Richelieu le 30 septembre, vient de faire présent à M. le prince Eugène de douze chevaux d'Espagne, qui sont très beaux et magnifiquement harnachés. Il a donné aussi à M. le comte de Sinzendorf un grand bassin, une aiguière, une paire de flambeaux, le tout d'or, valant 50 000 florins, et à M. de Starhemberg un service à thé d'or avec quelques autres bijoux, qui valent î>5 OOO florins' ».
Ces perpétuelles sollicitations, la lassitude, Fénervement et plus encore la nécessité de s'attacher solidement l'Espagne eurent raison des dernières résistances des hommes d'État viennois. Pendant quelque temps encore, ils ergotèrent sur les termes de la promesse de mariage, sur les mesures à prendre en vue d'une guerre avec l'Angleterre et la France, et enfin, le 5 novembre 1725, fut signé, par Hipperda, Eugène, Starhemberg et Sinzendorf, une « alliance très secrète, plus étroite et plus ample, embrassant aussi les mariages-^ ».
1. Richelieu à Morville, Vienne, le 13 septembre 1725. A. E. Vienne, 148.
2. Richelieu à Morville, Vienne, le 13 septembre 1725. A. E. Vienne, 148.
3. Slrictius et amplius fœdus secretissimum etiam coonubia complectens initum inter Imperatorem et Regem Hispaniœ Viennae, die quinta novembris anno 1725. Voir l'appendice. ^^
AU XVni* SIÈCLE
La question des mariages est réglée dans les articles 2 à 6. L'Empereur promet de donner deux de ses trois filles, quand elles seront nubiles, à don Carlos et à don Philippe. Charles VI et Philippe V s'engagent à confirmer cette promesse par leur testament et à prendre toutes les précautions nécessaires pour qu'elle soit exécutée après leur mort, au cas où elle ne Taurait pas été de leur vivant. En attendant, tous les traités conclus entre les deux princes et le présent traité lui-même seront religieusement exécutés dans toutes leurs clauses et articles (art. 2). Les deux archiduchesses promises aux deux infants ne sont pas nommées jusqu'ici : Marie-Thérèse, l'héritière de la monarchie autrichienne, reste hors de cause. Mais l'arlicle suivant la concerne : l'Empereur consent et s'engage à ce que sa fille ainée épouse don Carlos^ au cas où il viendrait, lui, à mourir avant qu'elle fût nubile (art. 3).
Charles VI se réserve donc le droit de disposer de Marie-Thérèse à son gré, tant qu'il vivra. D'ailleurs s'il a un fils, cet événement enlèvera toute signification politique au mariage de l'archiduchesse ainée. Cette éventualité est escomptée par les politiques autrichiens, car ils spécifient qu'en ce cas l'Empereur n'en bénéficiera pas moins de tous les avantages que lui accorde le traité (art. 4). Le môme article ménage à l'Autriche une porte de sortie : toute dérogation à un seul des articles du présent traité délivrera de tous leurs engagements les parties contractantes. C'est là évidemment une clause captieuse.
Pourtant, il faut tout prévoir : Charles VI peut n'avoir pas de fils, il peut mourir prématurément ; alors Marie-Thérèse sera son héritière et elle se trou-
vera formellement fiancée à don Carlos. Il importe de sauvegarder, en ce cas, l'existence propre et indépendante de la monarchie autrichienne Les États des Habsbourg ne doivent pas plus aller se fondre dans un autre État que se diviser. C'est là lo principe fondamental posé par la Conférence Secrète. Voilà pourquoi, dans les articles 5 et 6 du traité, toutes les précautions sont prises pour que les trois couronnes d'Espagne, d'Autriche et de France restent toujours séparées. Les anciennes renonciations de Philippe V et du duc d'Orléans, les actes divers où elles ont été inscrites sont confirmés; Philipp^i V et Charles VI promettent de ne jamais accordtr la main d'une infante ni d'une archiduchesse à un roi de France, nia aucunprince du sangde France; ils feront transformer cette disposition en loi foidamenlale de l'État par les Cortès en Espagne, par les différentes diètes delà monarchie en Autriche; on peut compter ainsi que les couronnes d'Espagne et d'Autriche resteront respectivement séparées de la couronne de France. De même, elles devront rester séparées l'une de l'autre : la conséquence qui n'est pas exprimée, mais qui se déduit forcément, c'est que don Carlos, s'il épouse Marie-Thérèse et s'il devient Empereur, sera obligé de renoncer à ses droits au trùne d'Espagne. Tout cela permet de donner pour base au traité la Quadruple Alliance de 1718 (art. l"';.
L'alliance de famille ainsi réglée, le traité stipule ensuite l'alliance politique plus étroite qui en découle. Charles VI et Philippe V promettent de se soutenir mutuellement dans toutes les occasions, négociations et affaires publiquesqui surviendront, qu'elles concernent la religion ou quoi que ce soit. Chacun
des deux embrassera la cause et le parti de l'autre comme sa propre cause et son propre parti, emploiera ses conseils, ses ressources et ses forces, sur terre et sur mer, selon les intentions de son allié, toutes les fois qu'il en sera requis (art. 7). C'est l'alliance la plus complète qui se puisse imaginer et se soit jamais conclue. Par FarlicleS, l'application de ce principe général, est faite, en faveur de l'Empereur, à un certain nombre de cas éventuels : élection d'un roi des Romains; élection d'un roi de Pologne ; ouverture de la succession de Berg et Juliers ; cas où la possession de Mantoue serait disputée à l'Autriche *.
Mais ce qu'il faut prévoir avant tout, c'est la guerre avec les alliés de Hanovre. On y arrive avec l'article 9, bien que ralliance de Hanovre ne soit mentionnée ni là ni ailleurs.
Le traité s'occupe d'abord de la guerre conlinen-
1. 10 Élection d'un roi des Romains : suivant la tradition des rois d'Espagne ses prédécesseurs, Philippe V emploiera tout, conseils, ressources et forces pour maintenir la couronne impériale dans la maison d'Autriche ; 2» élection d'un roi de Pologne : Philippe V appuiera le candidat agréable à l'Empereur et contribuera personnellement aux frais de l'élection pour cinq cent mille florins, et davantage, s'il est nécessaire; 3° il aidera la maison d'Autriche à se maintenir en possession du duché de Mantoue; 4o Berg et Juliers. Cette question était la suivante : les duchés de Berg et Juliers appartenaient à l'électeur palatin qui avait pour successeurs éventuels ses deux frères, sans enfants, et sa fille mariée au comte palatin de Sultzbach; le roi de Prusse prétendait hériter des duchés, après l'extinction de la ligne électorale, de préférence au comte palatin de Sultzbach; l'Empereur, toujours soucieux d'empêcher un nouvel accroissement de la Prusse, soutenait les droits des Sultzbach et prétendait lui-même certains droits. Philippe V promet de défendre les droits des Sultzbach et de l'Autriche, et de protéger contre toute attaque, à ce propos, l'électeuractuel, ses deux frères et le comte de Sultzbach; au cas où cette attaque aurait lieu, l'Empereur pourrait invoquer le casus fœderis.
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taie. Dans cette guerre, c'est l'Empereur qui jjera certainementle premier menacé : car l'Espagne, alliée de l'Empereur, ne peut avoir sur le continent de guerre qu'avec la France, et il est peu probable que la France attaque Philippe V; Charles au contraire peut être assailli dans ses États par la France, par le Turc, ou par telle autre puissance, hors de l'Empire ou dans l'Empire. Il peut l'être en haine du présent traité ou pour toute autre cause politique ou religieuse. Si une guerre éclate ainsi, le roi d'Espagne prêtera à l'Empereur les.secours convenus dans le traité d'alliance défensive du 30 avril, et il le soutiendra jusqu'à la paix, qu'il ne fera point sans lui. L^Empereur
prend le même engagement vis-à-vis de l'Espagne (arit ujt
Danscelte guerre continentale, le principal ennemi sera la France. Si on la vainc, on la démembrera. C'est ce que règle l'article 10. La Belgique clans son entier, avec les provinces qui en ont dépendu et qui sont possédées actuellement par le roi de France sera restituée à la maison d'Autriche. La Franche- Comte sera donnée soit à don Philippe, s'il n'est pas pourvu ailleurs, soit, s'il l'est, à l'Empereur et à sa maison. L'Alsace et les Trois-Évéchés seront rendus a 1 Autriche. Le duc de Lorraine recouvrera ses possessions dans l'état de l'année 1633. Le Roussillon la Cerdagne et la Navarre feront retour à la couronné d Espagne. On ne posera pas les armes tant que ces pays n auront pas été recouvrées (art. 10)
/o';^'^'lt«? "'^"^ ^"'""® * '« ««erre maritime (an. 11 et 12). L'Empereur et le roi d'Espagne peuvent entrer en guerre avec l'Angleterre pour les causas qu'a signalées déjà l'alliance du .30 avril
AU XVllIe SIÈCLE
c'est-à-dire sur la question de Gibraltar et sur celle du commerce d'Ostende. En ce cas, l'Empereur s'engage à aider le roi d'Espagne à conquérir sur le Anglais Gibraltar et Port-Mahon;— en attendant il poursuivra ses bons offices auprès du roi George, pour en obtenir la restitution à l'amiable. D'autre part, il protégera le commerce espagnol dans les Indes orientales (question de la contrebande anglaise). De son côté, Philippe V assurera contre toute violence et vexation le commerce et la navigation des sujets impériaux et notamment de la Compagnie d'Ostende. Cela de telle façon que, si un navire ostendais est attaqué, pris, arrêté ou détruit par qui que ce soit, Tune et l'autre des parties contractantes seront tenues de faire réparer le dommage et de venger l'insulte soufferte.
On voit que dans cette seconde partie le traité ne garde plus aucun ménagement. C'est qu'il a été conclu dans l'attente d'une guerre immédiate contre l'Angleterre et la France*.
Pour la soutenir, il n'est stipulé aucun secours nouveau en hommes, vaisseaux ou argent. On s'en lient à ce qui a été réglé par le traité d'alliance défensive du 30 avril. On ajoute cependant que les secours devront être fournis non seulement en cas de guerre, mais encore en cas de menace de guerre. Cette clause permettra à l'Empereur de faire rendre tout son profit à l'article 5 de l'alliance défensive et de tirer de l'argent du roi d'Espagne en invoquant le casus fœderis (art. 9) .
Enfin les deux souverains s'engagent à maintenir par la force le présent traité contre quiconque, et en même temps, pour ne provoquer personne, h le tenir rigoureusement secret (art. 13 et 14).
1. On remarquera seulement qu'il ne contient aucune clause relative au Prétendant.
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AU XVIIIe SIÈCLE
Ainsi le grand projet d'Elisabeth Farnèse a abouti. RipperJa, au bout de dix mois de négociations, a enlevé un traité de mariage. Que vaut au juste ce
traité ?
D'abord, Charles VI, dont la dernière fille est âgée de deux ans, peut avoir un fils, ce qui annulera le principal avantage que l'on attend pour don Carlos de son union avec Marie-Thérèse. Elisabeth a dû prévoir ce cas avant même de faire ses propositions. Elles les a faites cependant. Elle compte sans doute sur la Providence pour la préserver de cet accident. S'il se produit, elle en sera quitte pour se contenter des duchés italiens, où régneront don Carlos et Marie- Thérèse. De quelque façon que soit conçu le traité, il ne peut rien là contre.
Mais, par ce traité, l'Empereur garde le droit de marier Marie-Thérèse à son gré, s'il vit assez vieux pour la voir nubile. Or il est encore jeune et de forte santé. Très probablement il pourra unir sa fille, suivant ses inlentions, au prince de Lorraine, et les souverains espagnols n'auront rien à lui reprocher. Ils ne s'en brouilleront pas moins avec lui en pareil cas : cela est certain. Mais nous connaissons là-dessus l'opinion de Sinzendorf : quand Marie-Thérèse sera en âge de se marier, il y aura beau temps que l'alliance espagnole aura vécu. Ainsi la véritable inten-
tion de Charles VI n'est pas de donner son héritière à don Carlos et de faire passer sur la tète d'un Bourbon les États des Habsbourg. Celte alliance, que la cour de Madrid considère comme un «olennel et éternel pacte de famille, n'est pour lui qu'un expédient du moment, un moyen de sortir des difficultés présentes. La situation dénouée, il verra à se débarrasser d'engagements pris à contre-cœur : il ' pourra recourir pour cela à la clause captieuse qui déclare tout le traité caduc si un seul de ses articles n'est pas observé. Mais il n'en aura même pas besoin. Car il n'est engagé, chose assez bizarre, que pour après sa mort, à supposer qu'il meurt inopinément. Dans ce cas, ses ministres tiendront peut-être la promesse faite: ils auront alors avantage à se montrer honnêtes; l'Autriche se trouvera lancée dans une guerre de succession, et un prince disposant des forces de l'Espagne sera plus capable qu'aucun autre de maintenir l'intégrité de la monarchie, —c'est encore Sinzendorf qui nous l'a dit.
Toutes les espérances de la reine reposaient donc sur celte hypothèse : la mort brusque d'un homme jeune et bien portant. Comme on ne peut pourtant pas prêter à Elisabeth Farnèse l'inlenlion d'empoisonner Charles VI S il faut bien se demander quel calcul elle faisait.
KM A^.^^ ^u"î*^ ^® ^^ ^®"^® ^^' pourtant circulé à Vienue. M. dArnelh les rapporte dans son Histoire du prince Eugène, 111, p.182: «Sic (dieKônigin von Spanien) rechnete mitSichertieit darauf, fiir ihren Sohn don Carlos die Hand derjenieen Princessin zu erlangeu welcher Karls ausgedehnter Lânderbesitz zufalien wUrde. Und es gab sogar Stimmen zu Wien die mit Hinweisung aufdenbekannten Character der Kônigin esandeuteten dass um diesen Pianzu erreichen, sieselbst voreinem Veibrechen
Comptait-elle, comme le déclarait Ripperdt, se montrer si loyale et si généreuse alliée que l'Empereur lui ace »rderait de lui-même le mariage rêvé? Voilà qui élaii bien chanceux et peu conforme au caractère de la reine d'Kspagne. La vérité est qu'Elisabeth et Ripperda attendaient tout de la guerre : la guerre engagée, ils sommeraient Charles VI de déclarer publiquement les fiançailles de Tinfant et de l'archiduchesse ainée; ils le menaceraient d'une défection et d'une réconciliation de TEspagne avec la France et l'Angleterre, chose toujours si facilj; et Charles Vi céderait, et le même chantage qui lui avait déjà extorqué un traité de mariage servirait à transformer ce traité insuffisant en des fiançailles formelles el publiques !
Acheter le mariage par la guerre, voilà où aboutissait le système de la reine. Mais, dira-t-on, les intérêts nationaux de lEspagne trouvaient leur compte, aussi bien que les vuls privées d^Élisabelh, à cette double guerre, maritime et continentale, que prévoit dans sa seconde partie le traité du 5 novembre. Dans la guerre maritime d'abord, si l'Empereur a à défendre sa Compagnie d'Oslende et le commerce de ses sujets, l'Espagne se propose de reconquérir Gibraltar et Minorque, de mettre fin à la contrebande ruineuse que les Anglais et même les Hollandais et les Français pratiquent dans ses colonies d'Amérique. — Oui, sans doute, il y avait communaulé d'in-
nichtzuruclischreckeii Nverde. Es sei eben nichts uDdenkbares, dea Tod eiaer Person herbeizufQhren, welche ehrgeizigen Planen im Wege stehe, und weim man schon so weit nictit gehea ^olle, erscheine es noch leichter, ihr etwas beizubriugen wodurch sie ausser Stand gesetzt werde, Naclikommenschaft zu crhalten. »>
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AU XVni« SIÈCLE
térêts, à ce point de vue, entre les deux alliés. Mais il n'y avai-l pas réciprocité dans le secours prêté. L'Espagne avait une marine et l'Empereur ne comptait pas deux vaisseaux de guerre dans tous ses ports. Philippe V ne gagnait absolument rien à lier sa cause à celle de Charles VI : il combattrait seul pour deux, il disperserait ses efforts et se découvrirait pour couvrir son allié.
. L'Empereur, il est vrai, pouvait agir par terre contre la Hollande et les Étals allemands de George 1". Mais alors on retombe dans la guerre continentale. Là on aura affaire à tous les ennemis de l'Empereur : la France el la Prusse, adversaires déclarées, la Turquie qui aspire à reprendre ce qu'elle a perdu en Hongrie, la Saxe et la Bavière qui convoitent une partie de la monarchie autrichienne. Contre toutes ces puissances, FEspagne n'a aucune cause sérieuse dJjostilité, pas même contre la France, dont la sépare une simple blessure d'orgueil. Pourtant elle fait siens ces adversaires d.^ l'Empereur, siennes ces mille querelles où il est empêtré. Il est vrai qu'elle espère tirer un profit de la guerre continentale. Un démembrement de la France est combiné dans le traité. Mais, oulre qu'il attribue de beaucoup la plus grosse part à l'Autriche, le plan est chimérique et l'avantage est aléatoire. Il faut autre chose qu'un parchemin paraphé de quatre ministres pour arracher sept ou huit provinces à la France.
En conclusion, c'est donc uniquement pour le mariage que l'Espagne fera la guerre. Eh bien ! cette guerre si follement souhaitée et pour une si misérable cause, Elisabeth Farnèse ne l'aura même pas. Les politiques autrichiens ne la veulent pas. Ce qu'ils
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AU XVIIl*' SIÈCLE
veulent, c'est l'alliance espagnole et Tangent espagnol pour paraître plus redoutables et tenir plus facilement en respect leurs adversaires ' . Leur conduite Ta déjà montré, elle le montrera plus clairement encore dans la suite. Même sur la question qui parait tenir le plus à cœur à Charles VI et qui serait le plus capable de le pDUSser à la guerre, sur celle du commerce d'Ostende, il cédera plutôt que d'aller jusqu'à la guerre : et dès maintenant on peut prévoir qu'il reculera, car sa politique commerciale n'est pas traditionnelle dans ses États, n'y a pas de racines, n'est qu'une velléité, née du hasard qui a mis la Belgique sous sa domination.
Ainsi, en dernière analyse, non seulement le traité n'élait pas sincère, n'assurait pas le mariage de don Carlos et de Marie-Thérèse — ( l cela sautait aux yeux — mais encore le calcul de Kipperda et d'Elisabeth Farnèse, qui consistait à forcer la main à l'Empereur en l'entraînant dans une guerre, était faux. Ripperda, en sacrifiant les intérêts de l'Espagne à ceux de la reine, n'avait pas même servi ces derniers.
En réalité, il n'avait songé qu'à se servir lui-même. Il y avait réussi. Il était devenu de besogneux presque riche; de baron, duc et grand d'Espagne; d*a-
1. Le propos suivant, tenu par Sinzendorf au ministre de SarJaigne, après la conclusion des traités du 30 avril, montre clairement comment lacour de Vienne entendait se servir de l'alliance espagnole : « Le comte de Sinzendorf a dit fort naturellement au marquis de Brielle que, vu l'utilité dont le commerce d'Espagne était à l'Angleterre, l'Empereur s'assurait que dès que le roi d'Angleterre verrait son ascendant en Espagne il s'attacherait à lui, afin qu'il lui facilitât la continuation d'une bonne intelligence avec celte couronne. » Saint-Saphorin à Townshend, Vienne, le !«' mai 1725. A. E. Vienne, 147.
gent secret, ambassadeur. Le traité que sa ténacité avaitarraché à la cour de Vienne était sans portée réelle mais pouvait faire illusion à ses souverains : et cela lui sutfisait. Son apparent triomphe lui permettait de se poser à Madrid en négociateur habile, en homme d'État et en minisire nécessaire.
A. Vienne on l'avait vu agir de trop près pour prendre» touteai ses prétentions au sérieux. Comme on l'avait acheté, on le savait vénal et peu sûr, — et l'on ne devait pas faire grand cas de ses talents diplomatiques, puisque, finalement, on l'avait leurré. Ses indiscrétions et ses incartades de langage avaient extrêmement déplu à la cour impériale ; elles avaient choqué et excédé toutes ces politiques de bonne tenue eld'esprit classique, souvent même elles avaientgêné. Par certains côtés, pourtant, il avait fait une impression favorable. C'est d'abord par son côté hollandais, par son expérience en matière de commerce, de marine et de finances. L'Autriche était alors en pleine fièvre économique; courtisans et ministres^ ise réglant sur l'Empereur, se passionnaient pour tout ce qui touchait à la richesse publique et aux moyens de la développer; on aimait à causer des choses commerciales, on cherchait à s'en instruire avec.toute l'ardeur des débutants. Kipperda, dont la science n'aurait pjut-ètre étonné personne à Amsterdam ou à Londres, eut à Vienne l'autorité d'un oracle. On l'écouta avec déférence, soit qu'il donnât des conseils, soit qu'il exposât, avec sa fougue habituelle, ses propres plans. On crut qu'il allait régénérer l'Espagne, y détruire les abus, ressusciter le commerce et l'industrie, enrichir la nation, emplir le trésor, relever la flotte, mettre Philippe V en état de tenir, et largement, ses en-
-ti 1
gagemerils envers PEmpereur. En un mot, on compta sur lui pour donner toute sa valeur à l'alliance espagnole *.
On était persuadé aussi que lui seul pouvait assurer le maintien de cette alliance, si mal accueillie et si attaquée en Espagne. N'en était-il pas (si du moins on l'en croyait) le promoteur? N'élait-elle pas son œuvre? N'y avait-il pas lié sa fortune? On avait tout fait pour rattacher aussi étroilement que possible à la niaison d'Autriche, et il ne tarissait pas enproteslations de dévouement. Ministre de Philippe V, il ne serait qiio le fondé de pouvoir de Charles VI. Pour toutes ces raisons, il s'était créé en sa faveur un préjugé, qui faisaitoublier tout ce que le personnage avait d'excentrique et d'inquiétant.
Même ceux qui n'avaient pas les mêmes motifs pour le ménager ne le jugeaient point aussi défavorable-
1. C'était là le pentimeut du prince Eugène et de l'Empereur lui-môme. Il apparaît dans les regrets qu'ils ont donnés un peu plus tard à sa chute. A ce moment Eugène, dans une lettre à l'ambassadeur impérial à Madrid, le comte de Kœnigsegg, déplorait la légèreté de Ripperda, sa brusquerie, l'incohérence de ses idées, et constatait combien peu on pouvait faire fond sur lui, mais il ajoutait : « Cependant il faut avouer que Ripperda possédait aussi de très bonnes qualités, grâce auxquelles il eût pu dans une certaine situation acquérir gloire et honneur. Je crois même que, vif et audacieux comme il l'était, il eût pu rendre au roi des services que l'on ne saurait attendre d'un autre. Eu particulier aucun Espagnol de naissance n'en fera autant, car un Espagnol n'osera jamais porter la main sur certains abus... qui sont extrêmement nuisibles aux intérêts du roi. Tout au moins, il m'a communiqué ici certaines idées qui, mises à exécution, u'auraient pu être que de la plus grande utilité aux finances du roi et à la renaissance du commerce en Espagne. » Eugène à Kœnigsegg, Vienne, le 3 juillet I72tl, cité en allemand par Arueth, Prinz Eugen, 111, p. 190. — Même note dans un rescrit de l'Empereur à Kœnigsegg, Laxenburg, le 8 juin 1726. W. S. A,
ment qu'on pourrait le penser. Richelieu, qui rapporte avec indignation ses extravagances, ne veut pas croire que sous « cet extérieur évaporé » il n'y ait pas « un homme au fait des affaires et qui peut avoir de l'habileté »*. C'est à cette appréciation qu'il finit par s'arrêter. « Ce ministre, —écrit-il, en annonçant son départ, — sous les apparences d'une grande sincérité cache la fausseté la plus noire. 11 est avantageux, malin, pétulant, très inconsidéré dans ses discours et dans Textérieur de sa conduite, mais réfléchi pour le fond des affaires et qui, si je ne me trompe, entend fort bien tout ce qu'il fait »'. Jugement d'autant plus curieux à retenir que Richelieu, peu observateur de sa nature, a dû répéter là une opinion courante dans les cercles viennois.
Ainsi, malgré tout, Ripperda sortait de sa mission devienne avec les apparences et l'avenir d'un homme d'État. Il lui tardait d'aller jouer ce rôle à Madrid. Rien ne le retenait plus maintenant en Autriche. 11 lui était même impossible de prolonger davantage son séjour. Il avait promis de partir avant l'entrée publique de Richelieu, et cette entrée étaii. fixée au 7 novembre. On ne s'expliquait pas ses délais. Personne ne soupçonna la négociation qu'il poursuivait avec les ministres de Charles VI : on était persuadé que le mariage de Marie-Thérèse avec don Carlos était chose arrêtée depuis longtemps, et l'on n'imaginaitpasquelesalliés de Vienne eussent de nouveaux engagements à prendre. Richelieu, privé des lumiè-
1. Richelieu à Morville, Vienne, le 17 octobre 1725. A. E. Vienne, 148.
2. Richelieu à Morville, Vienne, le 10 novembre 1725. A. E. Vienne, 148.
res de Saint-Saphorin, qui était absent depuis plusieurs mois, et des conseils de noire résident Dubourg, pour le moment fort malade, ne devina rien. Il était plus occupé de jeu, de galanterie et de magie noire que des intérêts de sa cour; le diable qu'il invoquait dans les salons viennois ne lui révélait point parait-il, les secrets d'État et il était resté fort neuf en diplomatie. D'ailleurs on eut soin au dernier moment d'entamer avec lui une négociation cnptieuse, destinée à détourner son attention et à motiver d'une façon plausible la présence de Ripperda à Vienne. Vers le milieu d'octobre Eugène, directement, et Ripperda;, par l'intermédiaire d'un homme à tout faire, Petlekum, lui firent des ouvertures amicales : Ripperda, promettait de bâcler « en trois heures » la réconciliation entre Philippe V et Louis XV, si Richelieu élait seulement autorisé à traiter l'affaire avec lui. Richelieu consentit à mander ces propositions à sa cour. Au bout d'une quinzaine, Pettekum vint s'informer s'il n'avait pas la réponse de Paris : Ripperda, quanta lui, « avait reçu toutes ses instructions et... voyait une grande apparence de succès dans cette négociation ». On ne voyait plus que Pettekurn à l'ambassade française. Ripperda paraissait « fort chaud » sur larlicleet, quand il partit brusquement, sans se donner la peine de prendre congé de notre ambassadeur, celui-ci s'imagina, non sans quelque naïveté, qu'd allait négocier la réconciliation directement à Paris*.
En effet, le 7 novembre, pendant que Richelieu
AU XVni« SIÈCLE
faisait son entrée publique, Ripperda prit en secret congé de TEmpereur et de l'Impératrice; et, le 8, il partit laissant l'ambassade à son fils. 11 n'allait pas à Paris, il allait à Madrid porter à Elisabeth Farnèse son traité de mariage et lui demander sa recompense, c'est-à-dire 1^ pouvoir.
1. Richelieu à Morville, Vienne le 17 octobre et le 10 novembre 1725. A. E. Vienne 148.
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GflAPITKE III
LE MINISTERE ET LA CHDTE DE RlPPERDA.
(décembre 17-25. — MAI 1726.)
Kipperda était pressé dn jouir de son triomphe à Madrid. Malgré son âge, sa goutte, l'hiver et les mauvais chemins des Alpes, il fit le voyage avec une rapidité inaccoutumée. Parti de Vienne le 8 novembre, il tut le 24 à Gènes. Quinze jours après il toucha à Barcelone. Il prit juste le temps d'y débiter quelques hâbleries aux officiers de la garnison, qui vinrent le saluer à son débarquement. Il leur fit, à s.i manière, un récit de ses négociations; il ajouta que l'Empereur avait sur pieds cent cinquante mille hommes « prêts à marcher à une heure d'avis », que le prince Eugène en mettrait trois cent mille au service du roi d'Espagne en cjs de guerre, que l'on pouvait maintenant se moquer de la France et de ses alliés, « que si la ligue de Hanovre osait s'opposer aux desseins de l'Empereur et de l'Espagne, la France serait pillée et ravagée de tous côtés, que le roi de Prusse serait chassé de ses États en une seule campagne par l'Empereur, qu'en aussi peu de temps on enlèverait au roi Georges tout ce qu'il possédait en
Allemagne el qu'ensuite le Prétendant le chasserait de son royaume d'Angleterre» ». Après ce beau discours, il prit la poste à cheval, comme un simple courrier, et, brûlant les étapes, il arriva le 11 décembre à Madrid. Il mit pied à terre chez lui, salua sa femme, et, sans quitter son costume de voyage, il courut au palais.
Celait le soir. L'antichambre royale était presque vide. Le marquis de La Roche, premier valet de chambre, avertit Ripperda que le roi travaillait avec Grimaldo. Ripperda se montra mécontent d'être obligé d'attendre ; il rejeta avec hauteur la proposition que lui fit La Roche de parler d'abord à Grimaldo, et, pour passer le temps, il réédita aux quatre ou cinq courtisans qui se trouvaient là ses fanfaronnades de Barcelone. Enfin Grimaldo sortit du cabinet du roi. Le vieux ministre el le nouveau prétendant se croisèrent sans se saluer. Grimaldo fort troublé à la vue de l'autre et feignant de ne pas l'apercevoir, Ripperda très arrogant et se posant du premier coup en personnage qui ne cède le pas k personne. La Roche l'annonça et il entra 2.
Philippe V et Elisabeth savaient déjà à quoi s'en tenir sur le traité qu'il leur apportait : ils s'en contentaient, puisqu'ils l'avaient autorisé à le signer. Ils étaient donc disposés à le bien accueillir. Mais ils croyaient l'avoir assez récompensé par les faveurs qu'ils lui avaientaccordéesà Vienne, et ils comptaient être quittes avec lui en remplaçant l'ambassade qu'il avait abandonnée par un poste équivalent en Espa-
1. Stanhope à Towashend, Madrid, le 27 décembre 1725. A. E. Espngne, 342.