Stauhopeà Towushend, le 27 décembre 1725. A. E. Espa-^ne
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AU XVIIl* SIÈCLE
Inquiétude et malaise, voilà l'impression qu'on éprouve quand on étudie le court minislère de llipperda. 11 n'est pas aisé de se reconnailre au milieu de ses mensonges, de ses hâbleries, des perpétuels sursauts de son espritmobile. Ceux mêmes quile voyaient agir désespéraient de le comprendre. Ni l'ambassadeur anglais, Slanhope, malgré safroide clairvoyance,
sa longue pratique des hommes, sa connaissance particulière du caractère de Ilipperda, avec lequel il était lié depuis huit ans, - ni le ministre de l'Empereur, le comte de Kœnigsegg, quoiqu'il représentât à Madrid la puissance amie et qu'il fût personnellement bien vu des souverains et en bons termes avec le ministre, ne pouvaient se rendre un compte exact de ses intentions. * Si vous ne connaissiez parfaitement rhumeur et le caractère de cette espèce de sauvage écrivait Stanhope à Townshend, vous ne pourriez croire ce que j'ai à vous mander de sa conduite aussi bien que de ses discours extravagants et contradictoires;... encore moins peut-on tirer une idée nette de sa conduite ; bien que j'ai eu avec lui ces deux derniers jours plusieurs conférences de plusieurs heures, je ne puis dire s'il sera avantageux ou non pour les intérêts de Sa Majesté et pour le repos de l'Europe qu'il ait été mis en place* ,. - c Je
1. stanhope à Towusheud, Madrid, le 27 décembre 1725. A. E. Espagne 342.
n'ai pu voir qu'une fois M. le duc de Ilipperda , écrivait de son côté Kœnigsegg à Sinzendorf, et quoique nous ayons eu ensemble une conversation de plus d'une heure, lète-à-tête, je n'en suis cependant pas sorti fort savant, car ce nouveau ministre est trop rempli de lui-même, et n'a fait que battre la campagne, comme on dit, enm'étalant tous les grands projets et idées qu'il a*. »
Cependant, si confus et variable qu'il fût, Ripperda avait au moins un principe auquel il tenait ferme : se maintenir au pouvoir en conservant la faveur de la reine. Or il faut nous rappeler ceci : il n'avait de crédit que parce que la reine comptait sur lui pour assurer le mariage de don Carlos avec Marie-'Ihérèse; et la cour d'Espagne avait besoin de la guerre pour imposer ce mariage à l'Empereur. De là, chez Elisabeth, cette rage belliqueuse que tous les agents étrangers à Madrid signalaient, sans en bien saisir le motif. Elle voulait la guerre, elle l'appelait avec tant de passion tyrannique, que bien que tout le monde la réprouvât autour d'elle, personne n'osait élever la voix pour la contredire ou la dissuader*. Ripperda* était ainsi acculé à la guerre; la guerre devenait, en dernière analyse, sa seule raison d'être, et sa politique devait être agressive par nécessité.
D'ailleurs, il ne redoutait nullement, dans les commencements du moins, une guerre avec la liigue de Hanovre. Ses rodomontades de Barcelone, re.stèrent, quand il fut au pouvoir, son thème favori : rien
1. Kœnigsegg à Sinzendorf, le 21 janvier 1726, en français. W. S. A.
2. Montgon à Morville, le 6 janvier et le 14 mars 172G; Stanhope à Newcastle, le 10 avril 1726. A. E. Espagne, 344.
n'était plus facile que c de porter promptement les étendards espagnols dans Paris », < de conduire à Londres M. le chevalier de Saint-Georges », de chasser de leurs États allemands « en une seule campagne » le roi d'Angleterre et le roi de Prusse, t C'étaient là ses discours ordinaires », écrivait plus tard Stanhope en se reportaal au début de son* ministère, et il ajoutait : « et je crois ses idées réelles* ».
Je crois, comme Stanhope, à la sincérité de ces explosions présomptueuses. Ripperda s'imaginait avoir créé par l'alliance de Vienne une force irrésissistible; il s'exagérait égilement la puissance militaire de l'Empereur et la richesse de l'Espagne; il était persuade que Philippe V et Charles VI, < bien unis ensemble, étaient non seulement capables de contrebalancer toutes les autres puissances de l'Europe, mais encore de châtier ceux qui auraient la hardiesse de balancer à recevoir la loi de ces deux princes* ».
Le triste état où il trouvait l'Espagne aurait dû cependant le faire réfléchir. Nul royaume n'était moins préparé à entreprendre une guerre. L'armée était en désarroi : les régiments incomplets, pas d'arsenaux ni de magasins, des forteresses en ruines. Il eût fallu de grosses sommes pour remédier à ce désordre, et le trésor royal était vide. Ripperda luimême clamait « que c'était lui arracher le cœur que de lui demander de l'argent », et il se plaignait — se figurant sans doute qu'il avait toujours été premier ministre — qu'on eût « dissipé les finances en
1. stanhope à Newcastlî, Madrid, le H avril 1726. A. E. Espagne 344.