‹ Une cour et un aventurier au XVIIIe siécle [microform]. Le Baron de Ripperda, d'après des documents inédits des archives impériales de Vienne et des archives du Ministère des affaires étrangères de ParisChapitre 53 sur 130 · Ibidem · texte numérisé non relu

Ibidem

3. Adoncourt à Morville, le 26 janvier 1726, A. E. Espagne 344.

•il

des subalternes, de rejoindre leur corps dans le courant de mars et de compléter leurs effectifs. Il voulait épurer l'armée de tons les éléments français, et il demanda à TEmpereur la permission de lever la garde wallonne dans les Pays-Bas autrichiens. Il fit travailler aux places de la frontière, à Pampelune, à Fonlarabie, à Saint-Sébastien. En Catalogne et en Navarre, on massait des troupes, on rassemblait des canons, des munitions et des vivres, on réparait les routes, on s'oci^upait d'assurer les transports. En même temps ordre était expédié à Cadix d'armer huit ou dix vaisseaux et de les tenir prêts pour la

fin de février*.

Tout cela, sauf les quelques mesures prises à la frontière française, se réduisait à des projets qu'on n'avait pas les moyens d'exécuter. Mais Ripperda était l'homme de toutes les illusions. Sa signature au bas d'un décret,une simple intention vaguement formulée dans la conversation équivalaient pour lui à une réforme faite. Après avoir donné un ordre à un commis ou avoir expliqué pendant une heure ses plans au malheureux Kœnigsegg, il restait convaincu que TEspagne était régénérée et qu'il avait mis son maître en état d'assister, comme il disait, l' Empereur contre toute TEurope.

L'alliance de Vienne, d'ailleurs, n'allait-elle pas devenir encore plus formidable? Elle devait agir sur les États comme l'aimant sur le fer. Ripperda comptait sur l'accession des princes allemands et des puissances du nord, Russie, Suède, Pologne. Un

1 Montgon à iMorville, le 6 janvier 1726; Adoncourt à Morville,!e 12 et le 15 janvier 1126, A. E. Espagne 344; Kœnigsegg à Charles VI, le 21 janvier et le 14 mars 1726, W. S. A.

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de ses propos favoris était de menacer la France « d'une inondation d'Allemands, de Moscovites et de Polonais, pour le moins aussi terrible que l'étaient autrefois celles des Vandales et des Huns ^ ». II se reposa, il est vrai, sur l'Empereur, du soin d'obtenir ces adhésions. Il ne se décida qu'à la veille de sa chute à envoyer un ministre en Russie, et il refusa • obstinément à la cour de Vienne l'argent qu'elle lui demandait pour acheter la Suède et les princes de l'Empire. Il ne (it rien non plus, malgré les sollicitations de Kœnigsegg, pour gagner le Portugal et la Sardaigne. Il semblait croire que toutes ces alliances viendraient d'elles-mêmes, qu'on les aurait quand on voudrait. Toute son activité diplomatique fut consacrée non à acquérir des alliés, mais à diviser ses adversaires.

Il a essayé son machiavélisme sur trois puissances : la France, l'Angleterre et la Hollande. Il s'est appliqué à séparer lune de l'autre les deux premières et à tenir écarlée d'elles la troisième, vivement sollicitée alors d'adhérer à la ligue de Hanovre. Il a négocié pour cela avec les gouvernements. H s'est efforcé aussi de mettre à profit, dans chaque nation, les divisions intestines et les querelles de parlis.

Ses relations avec le cabinet de Paris ont été peu smvies et fort secrètes. Il les a dissimulées soigneusement à Philippe V et à Elisabeth Farnèse, qui ne voulaient, sous aucun prétexte, entendre parler de la France. Il s'est aussi caché de l'ambassadeur impérial, non que la cour de Vienne fût hostile à la récon-

r^!;io^'J''*f.^° à Morville, le 6 janvier 1726; Stanhope à Newcastle, le 11 avril 1726, A. E. Espagne, 344.

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ciliation de la France el de TEspagne, mais de peur que Kœnigsegg ne commît quelque indiscrétion. Pour faire parvenir ses propositions à Paris, il choisit, parmi les nombreux agents secrets ou correspondants bénévoles que le gouvernement français avait à Madrid, le comte de Marcillac : c'était de tous le plus intriguant et par suite le mieux fait pour le comprendre. Encore prit-il ses précautions avec lui. Il rendit d'abord contre lui un décret d'expulsio:* ; avant son départ il le fit venir deux fois et le chargea pour le duc de Bourbon, d'une commission mystérieuse qu'il ne devait faire que de vive voix à Paris *. Elle consistait en ceci : Ripperda se faisait fort d'amener Philippe V à la réconciliation, si Louis XV commençait par rompre l'alliance du Hanovre et par accéder au traité de Vienne*.

Il essayait aussi, et au même moment, de tenter l'Angleterre. Dans le premier entretien qu'il eut avec Stanhope, le 24 décembre, il se répandit en protestations d'amitié pour lui et pour sa nation : <t Je veux vous avouer, lui dit-il, ce que je suis résolu de cacher à tout le monde, même à mon confesseur. Toute ma politique est dirigée contre la France et contre la France seule. Je suis fermement décidé, — d'accord en cela avec la cour impériale, — à rester en bons termes avec l'Angleterre et la Hollande. Les deux puissances maritimes n'ont point à s'occuper

1. Marcillac à Morville, Madrid, le 24 décembre 1725, Madrid, le 7 janvier 1726 et Vittoria le 16 janvier 1726. A. E. Espagne, 342 et 344.

2. Stalpart à Morville, Madrid, le 6 avril, et Morville à Stalpart, Versailles, le 21 mai 1726; les propositions faites par Marcillac sont rappelées dans ces deux lettres. A. E. Espagne, Suppl». 13.

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des clauses secrètes des traités de Vienne, ni des ma-

riages dont on parle : rien de tout cela a'existe- et

quant à nos différents sur Gibraltar et le commerce

d'Ostende, nous arriverons à les régler paciflauemenl'. » =■ r i

On le vit, en effet, faire des efforts persistants pour entraîner la Hollande et l'Angleterre dans, une nouvelle négociation sur Ostende. Un accord à ce sujet se traitait, vainement d'ailleurs, à la Haye, entre

I Empereur et les Etats Généraux. Ripperda proposa de transférer la négociation à Madrid el d'y comprendre l'Angleterre. Tout se serait réglé; sous sa médiation à lui, entre les ambassadeurs dé l'Empereur et des puissances maritime., K(5nigsegg. Vandermeer et Stanhope. -Il pria les trois ministrfs de demander à leur cour des instructions et des pleins pouvoirs. Il indiquait d'avance la base de l'entente : limitation du commerce de la Compagnie.

II offrait même d'étendre aux Anglais et aux Hollandais les privilèges commerciaux concédés dans la monarchie espagnole aux sujets de l'Empereur, stanhope et Vandermeer consentirent, sur ses instances a en écrire à leurs maîtres (fin janvier). Tout ce qu II désirait, au fond, c'était de gagner du temps de compromettre l'Angleterre vis-à-vis de la France et d empêcher la Hollande de se joindre aux alliés de Hanovre*.

Pour retenir les Hollandais, il s'y prenait un peu

pagne,'342.'''" ^ ^ownshend, le 27 décembre 1725. A. E. E8-

342" ^'^'lî'^P^ ^ Townshend, le 27 décembre 1725. A. Il Espagne cH ''«'">?5««?!'' Charles VI, le 21 janvier i-.m w S f' - Stalpart à Morville, le 14 mar's rj. i E. Espa^ie Stl. *'

lard. Les États provinciaux, saisis de la question par les États-Généraux, se montraient favorables à la ligue de Hinovre : la province de Hollande, qui entraînait souvent les autres, s'était prononcée pour l'accession. On l'apprit à Madrid. Kœnigsego; pressa la cour d'Espagne de déclarera la liaye qu'elle ferait cause commune avec Charles VI pour défendre le commerce d'Ostende : il fallait ïnre reculer les Hollandais. Ripperda acquiesça, promit d'écrire € de la bonne encre », jura que, si hs Hollandais avaient l'audace d'attaquer la Compagnie d'Ostende, un seul vaisseau belge serait payé par dix des leurs. Dès le lendemain, le 23 janvier, il écrivit aux États-Généraux une lettre des plus violentes : après avoir proposé de nouveau sa médiation, Philippe V avertissait Leurs Hautes Puissances t que l'accession au traité de Hanovre pourrait un jour altérer la bonne correspondance et rétroite amitié » qui régnaient entre eux et lui. c Je suis obligé, ajoutait-il, d'assister l'Empereur en cas de guerre ou insulte et de repousser les torts que Sa Majesté Impériale recevra de la part de ses ennemis, ce que j'exécuterai exactement et fidèlement, en quelque cas que ce soit, faisant en tout et partout cause commune avec Sa Majesté Impériale, déclarant la guerre à ceux qui la lui déclareraient, tenant pour ennemis ceux qui sont les siens*. »

H faut avouer que de pareilles menaces accompagnaient singulièrement une offre de médiation. Ripperda pensait qu'elles provoqueraient en Hollande un courant d'opinion, mettraient aux champs

1. Kœnigsegg à Charle3 VI, le 21 et le 23 janvier 1726, W. S. A. — Philippe V aux États-Généraux, le Pardo, le 23 janvier 1726, A. E. Espagne, 344.

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le parti de la paix, serviraient d'argument à ce parti pour empêcher l'accession. Il se proposait de faire répandre dans toute la Hollande des copies de sa lettre « pour que le public et les négociants sussent à quoi s'en tenir*. » Nous touchons ici à son second calcul : réduire, chez ses adversaires, le gouvernement à rimpuissance en excitant l'opposition contre lui. H Ta dénoncé nettement lui-même, dans une autre circonstance. Stanhope, par ordre de sa cour, lui avait représenté que son attitude inspirait des craintes aux Anglais pour la sûreté deleur commerce dans les possessions espagnoles, et il lui avait demandé là-dessus une déclaration positive. Ripperda, dans sa réponse, protesta, en termes chaleureux, qu'ilobserverait religieusement les traités et que la nation anglaise pouvait continuer son trafic en toute sécurité. Et il expliqua ses motifs à Kœnigsegi,^ de la façon suivante : « Si j'avais répondu défavorablement à Stanhope, j'aurais fait le jeu du gouvernement anglais : on se serait servi de mes paroles pour exciter, dans le prochain parlement, la méfiance et le mauvais vouloir de la nation anglaise contre l'Espagne, et pour gagner ainsi plus facilement les esprits à l'alliance de Hanovre. Au contraire, en agissant comme j'ai agi, j'inspirerai à la nation et au parlement de tout autres principes que ceux que le ministère veut lui inspirer. Remarquez que j'ai passé sous silence le roi et son ministère, ne parlant que de la nation anglaise. » Et il prit ses mesures pour que sa déclaration fut communiquée aux chefs de l'opposi^ tionet aux zélés nationaux», t H était persuadé que,

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