Saint-Simon, Mémoires^ t. 37, p
3. Saint-Simon, Mémoires, t. 37, p. 10; Instruction à Tessé, 15 janvier 1724. A. E. Espagne, Supp» 12.
Celte politique de femme valut ce que valait la femme. Elisabeth Farnèse était fort intelligente, mais elle ne put jamais s'élever jusqu'à une véritable conception politique. « Le roi (de France), dit l'instruction à Tessé, regarde la reine comme une personne qui a beaucoup plus d'esprit que de con. naissance des affaires*. » C'est le jugement de tous les contemporains. Elle n'avait reçu aucune éducation première. Sa mère l'avait élevée «fort durement, dans un grenier du palais de Parme», sans lui laisser voir personne'. Elle n'avait donc rien appris, sinon qu'il est Irisle de vivre dans la dépendance d'autrui, qu'il est juste de tout faire pour échapper à un sort pareil, et qu'à cette tâche la dissimulation est une nécessité et l'opiniâtreté une vertu. Son mariage en changeant sa situation aurait pu changer ses idées. Si elle continua à vivre comme une recluse, cette réclusion lui était maintenant profitable, puisqu'ainsi toutes les affaires passaient sous ses yeux et par ses mains. Mais une fatalité a pesé sur son existence. Reine toute-puissante d'Espagne, elle n'était pas la mère du fulur roi d'Espagne. Ce fut là son grand malheur, ce qui l'empêcha d'èire une reine, ce qui la condamna irrémédiablement aux calculs égoïstes et mesquins dont sa jeunesse lui avait donné le penchant. Philippe V, lorsqu'il lépousa, avait deux fils de son premier mariage avec Gabrielle de Savoie, don Louis et don Ferdinand. Seh)n toute probabilité les enfants d'Elisabeth ne régleraient jamais à Madrid. Que devien Jrait-elle alors si son
{.Instruction àTessé, ISjanv. 1721. A.E. Espagn'î, Supp* 12. 2. Saint-Simon, Mémoires, t. 37, p. 5.
mari mourait avant elle? 11 lui faudrait connaître les froideurs, les dédains, la honte de quémander et d'être refusée, les insultes des Espagnols qui la haïssaient et la saluaient dans les rues de cris outrageants. Ce serait pis que le grenier du palais de Parme. Et pour se figurer le sort qui Taltendait, Elisabeth n'avait même pas besoin de remonter au passé; elle n'avait qu'à regarder à côté d'elle: à Bayonne vivait une reine d'Espagne, oubliée, délaissée, sans cour, sans honneurs, sans argent, arrachant à grand'peine et de loin en loin au gouvernement de Madrid un quartier de la pension qui lui était due : c'était la veuve de Charies 11.
Son premier objet fut donc c de se mettre à couvert par tous les moyens possibles du dénùment et de la tristesse de vie d'une reine d'Espagne veuve » sous le règne d'un étranger*. Elle avait des droits à la succession des duchés de Parme et de Plaisance et du grand-duché de Toscane. Au lendemain de son mariage, elle fit réclamer par Philippe V la reconnaissance de ces droits pour elle et sa descendance 2. En 1716 elle eut un fils. Gela favorisait ses projets. Elle songea dès lors à faire de ce fils, don Carlos, «un souverain indépendant pendant la vie du roi, chez qui, après sa mort, elle put se retirer et commander». » C'est là l'appât que l'Europe offrit à la cour de Madrid pour lui faire accepter le démembrement de la monarchie espagnole accompli aux traités d'Utrecht. En adhérant en 1720 à la Quadruple