‹ Une cour et un aventurier au XVIIIe siécle [microform]. Le Baron de Ripperda, d'après des documents inédits des archives impériales de Vienne et des archives du Ministère des affaires étrangères de ParisChapitre 63 sur 130 · Kœnigsegg à Charles VI, le 19 mars 1726. W. S. A · texte numérisé non relu

Kœnigsegg à Charles VI, le 19 mars 1726. W. S. A

Louis XV : il avait écrit au duc de Parme pour le prier de convertir la reine à un rapprochement. — Ripperda n'était pas opposé à la réconciliation : il la croyait possible, la jugeait nécessaire, en menaçait fréquemment Stanhope et Vandermeer, et l'on* se souvient des propositions dont il avait, à Tinsu de tous, chargé Marcillac Mais il savait la reine et le roi furieux contre la France, et il craignait d'encourir leur colère en se montrant moins susceptible qu'eux sur le renvoi de l'infante. Il répondit à Kœnigsegg que Saint-Philippe était un c... et qu'il lui laverait la tête, pour lui apprendre à se mêler de ce qui ne le regardait pas ; il était inutile de songer à la réconciliation ; la reine avait encore dit l'autre jour qu'elle aimerait mieux être condamnée au pain et à Peau que de consentir à deux choses : à cj que le roi descendit encore une fois du trône et à ce qu'il se raccommodât avec la France. — Et pour nuire à Saint-Philippe, pour montrer son zèle anti-français, il alla tout raconter aux souverains.

Mais l'affaire eut un résultat auquel, sans doute, il ne s'attendait pas. Philippe V et Elisabeth, exaspérés, résolurent de brusquer les choses : ils ordonnèrent à leur ministre d'aller trouver Kœnigsegg et de lui faire, en leur nom, la déclaration suivante, pour qu'elle fût transmise à Charles VI :

Ils ne songent nullement à renouer avec la France, dont l'amitié leur a toujours été plus nuisible qu'utile ; ils n'hésiteront pas à lui déclarer la guerre pour l'amour de PEmpereur, au service duquel ils mettent toutes leurs forces. En conséquence, ils demandent à Sa Majesté Impériale : si Elle est, comme eux, décidée à déclarer sur-le-champ la guerre à celui ou

AU XVm'^ SIÈCLE

à ceux qui les insulteront de quelque façon que ce soit; où et comment Elle compte, en ce cas, faire la guerre; si Elle veut leur envoyer le feld-maréchal comte Guido de Slarhemberg, pour prendre le commandement en chef de leurs armées '?

Ripperda voyait avec terreur lever prématurément la moisson des haines qu'il avait semées. Partout maintenant il trouvait plus belliqueux que lui. Une guerre avec l'Angleterre et la France devenait inévitable, quand il était encore hors d'élat de la soutenir. On avait suspendu à Cadix, faute d'argent, l'équipement des vaisseaux. 11 n'en allait pas mieux des fortifications entreprises à la frontière française : au bout de quinze jours, on avait cessé les travaux à Pampelune, à Saint-Sébastien et à Fontarabie, et l'on ne les reprit, plus lard, que dans celte dernière place. L'augmentation des troupes demeurait à l'élat de projet. L'armée espagnole restait réduite à 70 000 hommes : encore ce chiffre, porté sur les états des bureaux de la guerre, n'étail-il pas réel; seuls les régiments étrangers étaient au complet; les troupes nationales étaient loin d'atteindre leur effectif nominal. L'on n'avait ni magasins, ni armes, ni tentes, ni rien de ce qu'il fallait pour camper. Il était dû trois mois de prêt aux soldats, huit ou neuf mois de paye aux officiers. Et avec ces troupes incomplètes, dépourvues de tout et mécontentes, il fallait garnir les places d'Afrique, Cadix, les côtes d'Andalousie et de Galice, masquer Gibraltar, contenir l'Aragon et la Catalogne, qui ne cherchaient qu'une occasion de se révolter pour recouvrer leurs

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