‹ Une cour et un aventurier au XVIIIe siécle [microform]. Le Baron de Ripperda, d'après des documents inédits des archives impériales de Vienne et des archives du Ministère des affaires étrangères de ParisChapitre 67 sur 130 · Kœnigsegg à Cbarles VI, le 6 juia 1726, W. S. A · texte numérisé non relu

Kœnigsegg à Cbarles VI, le 6 juia 1726, W. S. A

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et raffermissant TÉglise et la religion par Tunion et la grande puissance de ces trois princes catholiques ». II déclara, en conclusion, que Philippe V ne voulait pas la guerre, mais qu'il se défendrait si on l'atlaquait, « quoique l'Espagne ne fut pas en fort bon état, mais on savait bien que la France n'élait pas mieux qu'elle ». II chargea Stalpart de communiquer ces propositions à Morville, en Tavertissant qu'il les désavouerait si elles étaient rendues publiques*. De pareilles avances et faites ainsi avaient vraiment peu de chances d'être accueillies à Paris : le mutisme qu'on avait opposé trois mois auparavant à Marcillac aurait dû édifier Ripperda sur le sort qui les attendait. II avait plus beau jeu avec les jacobites, habitués aux intrigues étranges, toujours en quête d'un protecteur et prompts à Tespoir. Il y avait à Madrid un groupe jacobite assez nombreux et très remuant. Ses deux chefs étaient le duc d'Ormond elle duc de Liria, le premier établi depuis plusieurs années en Espagne, menant grand train, bien vu à la cour, très considéré de tous ; le second, fils de ce Berwick qui avait tant contribué à mettre Philippe V sur le trône, devenu grand d'Espagne et vrai Espagnol, sans renier sa parenté ni ses attaches avec les Stuarts. Au-dessous d'eux s'agitaient les subalternes, le chevalier Burke, le médecin Ilygghens et bien d'autres. il est hors de doute que Ripperda ait eu avec eux des relations et leur ait fait des promesses, dès le début de son ministère. Mais il ne paraît avoir entamé de négociation formelle avec le Prétendant qu'au commencement d'avril.

1. Stalpart à Morville, Madrid, le 6 avril 1726. A. E. Espagne, Suppt 13.

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A ce moment arriva à Madrid lord Wharton qui s'était rencontré, l'année précédente, avec lui à Vienne. Les deux hommes s'étaient liés d'amitié. Wharton était, avec beaucoup d'esprit, aussi chimérique, vantard et indiscret, que Ripperda lui-même. II était allé solliciter à Vienne, pour son maître, la permission de s'établir quelque part dans les possessions autrichiennes, en Italie ou aux Pays-Bas, sous prétexte que le chevalier de Saint-George ne pouvait plus vivre à Rome entre sa femme et le pape. Il s'était rendu insupportable par ses bavardages, et la cour impériale, qui n'avait aucune envie de se compromettre avec le Prétendant, avait décliné sa requête et l'avait invité à quitter Vienne'. Il revint à Rome, y conféra avec son mailre et l'ambassadeur d'Espagne, puis il partit pour Madrid». Ripperda, qui l'attendait sans doute, l'accueillit chaleureusement. Leurs relations furent bientôt ébruitées. Stanhope les ayant vivement reprochées à Ripperda, Celui-ci prélendit que Wharton était simplement venu demander pour son maître la permission de s'établir en Espagne : il l'avait prié de lui procurer une audience du roi et de la reine, mais Leurs Majestés avaient refusé de recevoir aucun agent ni aucune proposition du Prétendant'. La vérité est que Ripperda cachait même à ses souverains les projets qu'il concertait avec Wharton. Sentant la cour de Vienne très froide sur l'article du jacobisrae, ilcon-

1. Protocole de la Conférence Secrète du H janvier 1726. W. S. A.

2. Newcastle au comte de Broglie, le 26 avril et le 7 mai 1726. A. E. Angleterre, 355.

3. Stanhope à Newcastle, le 11 avril 1726. A. E. Espagne, 344.

seillait à Wharton la marche suivante : le chevalier de Saint-George se rendrait immédialement à Vienne, sans avertir l'Empereur; car, si Charles VI était prévenu, il refuserait de le recevoir dans ses Élats, mais une fois qu'il l'aurait sur les bras, il ne pourrait le renvoyer sans lui accorder quelques avantages et en particulier la permission de séjourner aux Pays-Bas. Les chefs jacobites iraient le retrouver à Bruxelles, et d'Ostende on ferait facilement une tentative en Angleterre*.

Naturellement, il dissimulait ce beau projet à Kœnigsegg. 11 avait encore plus intérêt à tromper Stanhope. Pour mieux lui donner le change, il recommença ses radotages sur Ostende. Le moment n'était pas bien choisi. Ses malheureuses révélations du 24 février sur l'alliance offensive de Philippe V et de Charles VI avaient produit leur effet à Londres, et le contre-coup en revenait maintenant à Madrid. Le 7 avril, Stanhope transmit au roi les plaintes de son gouvernement à ce sujet. Philippe V répondit par de vagues protestations d'amitié pour George I*", sans rien nier. Après l'audience royale, Stanhope et Vandermeer prirent directement Ripperda à partie. Ils le trouvèrent très confus et très sot : il paraissait « se repentir de tout son cœur de ses bravades inconsidérées », « devenu aussi méprisablement timide qu'il était ci-devant hautain et arrogant. -» N'osant nier ses propos, il s'embrouilla dans les plus bizarres explications, déclara que, < bien que cette alliance portât le nom d'offensive, elle était cepen-

4. Kœnigsegg à Charles VI, le 6 juiu 1726. W. S. A. Kœnigsegg découvrit et manda à sa cour cette intrigue après la chute de Ripperda.

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dant de nature principalement défensive » l II entreprit de démontrer que les deux affaires d'Ostende et de Gibraltar s'arrangeraient parfaitement, si l'on voulait seulement entrer en négociation. Il prétendit même que Philippe V lui avait ordonné de proposer un congrès général. Stanhope et Vandermeer lui répondirent que ce congrès ne saurait mettre en question ni la possession de Gibraltar, ni l'illégitimité de la Compagnie d'Ostende. 11 fit alors entendre qu'on pourrait y prendre de nouvelles mesures pour assurer la séparation éternelle des couronnes de France et d'Espagne et dss couronnes d'Espagne et d'Autriche. Il avait déjà fait une insinuation de ce genre à Stalpart. Ou cela ne voulait rien dire, ou c'était une offre de négocier sur le mariage de don Carlos avec Marie-Thérèse. Songeaitil donc maintenant à obtenir le mariage sans guerre, par voie diplomatique? Revenant à l'affaire d'Ostende, il proposa de transférer la Compagnie à Trieste; il se faisait fort d'amener l'Empereur à y consentir. En réalité, cet expédient était inacceptable pour Charles VI (il équivalait à l'abolition pure et simple de l'octroi), — et, en effet, Kœnigsegg le rejeta sans vouloir même le discuter.

Ripperda ne fit que convaincre les ambassadeurs des puissances maritimes de son inquiétude et de sa fausseté. Il est fort embarrassé, écrivait Stanhope en mandant le tout à sa cour : il sent que la guerre éclatant maintenant serait désastreuse pour l'Espagne; il cherche à l'éviter; mais il n'ose faire pour la paix les démarches nécessaires, de peur do perdre la faveur de la reine ; il garde ses projets dangereux et « on doit attendre de lui toute espèce de super-

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