Kœnigsegg à Charles VI, le 30 avril 17£6. W. S. A
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payer les subsides. Il avait pis encore à lui reprocher : Ripperda avait anéanti le parti autrichien, il avait rendu le nom de l'Empereur odieux en Espagne, où tout le monde était convaincu que l'Empereur seul imposait à la nation cet étranger qui l'opprimait, la haïssait et la méprisait. La situation de Kœnigsegg à Madrid s'en trouvait compromise. Il le constatait amèrement : « Votre Excelleace, écrivait-il à Sinzendorf, me demande... comment la nation est inclinée; je n'en puis rien dire de bien positif: car des petits il n'importe guère et les grands sont très réservés, et ceux même qui du temps passé étaient soupçonnés pour Autrichiens s'éloignent de moi encore plus que les autres. » 11 ne pouvait se méprendre sur la cause de son isolement : on le fuyait parce qu'on voyait en lui « le bon ami » de Ripperda; le comte de las Torrès le lui avoua un jour sans ambages*. N'est-ce pas là, au fond, le plus terrible grief que puisse avoir un ambassadeur contre un ministre?
Bien qu'il soutint Ripperda par ordre, Kœnigsegg désirait donc êlre débarrassé de lui. Les choses en étaient arrivées à un point où il suffisait d'une explication entre l'ambassadeur et les souverains pour que le ministre fût renversé. Cette explication ne pouvait se différer bien longtemps : elhî eut lieu dans les derniers jours d'avril.
1 . Kœnigsegg à Charles VI, — à Sinzendorf (en français), le 30 avril 1726. W. S. A.
A ce moment, Kœnigsegg reçut de sa cour l'ordre de presser le gouvernement espagnol pour les subsides : le Palatin et les électeurs de Trêves et de Mayence étaient prêts à conclure avec les alliés de Vienne, pourvu qu'on leur versât les sommes convenues; il fallait absolument que TEspagne fournit cet argent et qu'elle payât à Charles VI son fameux million d'écus. Kœnigsegg était aussi chargé d'une autre commission : les indiscrétions auxquelles Ripperda s'était laissé aller envers Stanhopeet Vandermeer, — à propos de l'alliance offensive des deux cours et de leurs engagements réciproques sur Gibraltar et Ostende, — étaient revenues à Vienne par l'ambassadeur anglais Saint-Saphorin, qui avait fait à ce sujet ses plaintes à Sinzendorf. La Conférence ordonna à Kœnigsegg d'averlir Uipperda doucement (glimpflich) de se comporter avec plus de circonspection à Favenir'. Ainsi l'ambassadeur im-
1. Kœnigsegg à Charles VI le 30 avril 1726; cf. la Conféreuce du 19 mars où l'on arrêta les ordres à envoyer à Kœnigsegg; la Cobférence s'exprime sur Ripperda sans aucune animosité; la résolution impériale, écrite eu marge du rapport, résume la conduite à tenir en ces termes: Kommthauptsâchlichan... Spauien wegen des Gelds, ohne welches zu subsidien kein Furst herbeizubringen, zu pressiren ; und erinnern dass manu in Reden cum exteris behutsamer gebe, und absonderlich in dem wass secret uichts offenbahre obne Vorwlssen. Cari. Référât de la Conférence Secrète du 19 mars 1726. W. S. A.
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périal avait à renouveler une réclamation souvent faite et à donner un avertissement amical, il n'avait pas mission de se plaindre du ministre aux souverains, et il ne le fit pas. C'est à Ripperda qu'il s'adressa. Celui-ci excusa ses bavardages en disant qu'il fallait parler haut aux Anglais pour leur faire peur ! 11 remit le paiement du million d'écus au mois de mai et les subsides pour les Allemands au moment où la guerre aurait éclaté. Kœnigsegg essaya alors de tirer l'argent directement de Philippe V.
11 demanda.uue audience. Le roi et la reine le reçurent sans témoins, suivant l'habitude.
Il insistait pour les subsides, sans incriminer qui que ce fût, lorsque le roi lui déclara brusquement que Uipperda avait bouleversé les finances et qu'il tirait si bien à lui toute chose, grande ou petite, que l'on ne pouvait terminer aucune affaire. Là-dessus la reine demanda « si l'intention de l'Empereur était que cet homme gouvernât seul et d'une façon absolue toutes les affaires du royaume » ?
C'était là la question délicate. Kœnigsegg y répondit avec beaucoup de prudence et de bon sens : « Ripperda, dit-il, ayant eu le bonheur d'être l'instrument de la paix et de l'alliance, il ne peut qu'être agréable à Sa Majesté Impériale que le roi se serve de lui dans les négociations à venir entni les deux cours ; car on ne saurait douter de ses bonnes intentions, de sa fidélité et de son zèle. Cependant, je dois avouer moi-même qu'il s'est chargé de beaucoup trop de choses à la fois ; je lui ai insinué souvent de prendre quelqu'un pour l'aider ; il est impossible qu'un homme fasse tout à lui seul. »
Le roi et la reine se décidèrent alors aux confi-
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dences ; ils avaient si grand'foi, dirent-ils, en l'honneur et en la discrétion du ministre de TEmpereur, qu'ils n'hésilaient plus à lui découvrir ce qu'ils dissimulaient à tout le monde. Et, pendantune heure, ils se soulagèrent à énumérer tous les motifs de mécontentement et d'inquiétude que leur donnait Ripperda : son inconstance, ses brusques variations, ses intempérances de langage, ses dangereuses indiscrétions, l'habitude qu'il prenait de traiter les affaires les plus importantes par-dessus la tète du roi. Us prièrent enfin l'ambassadeur de transmettre en secret leur réflexions à l'Empereur et de lui demander son avis, ajoutant que, si Sa Majesté Impériale l'exigeait, ils supporteraient encore longtemps le personnage.
La convers"ation reprit ensuite sur une question du roi : Kœnigsegg avait-il vraiment ordre de son maître de demander que le marquis de Grimaldo fût mis ea prison? Ripperda l'affirmait, prétendant qu'il avait seul jusqu'ici empêché que cette étrange requête fût présentée à Leurs Majestés. — Kœnigsegg, naturellement, nia le fait. — La reine se tourna alors vers le roi et lui dit : < Du moment que cet homme nous a menti en ce point, il est fort possible que certaines choses, dont je me suis toujours méfiée, soient aussi de ses mensonges, et il faut nous confier à M. l'ambassadeur. »
Et les interrogations se pressèrent : Est-il vrai que l'Empereur ait souhaité, et même exigé, que Ripperda soit fait d'abord ambassadeur et grand d'Espagne, ensuite premier ministre et ministre universel ? Est-ce lui qui a demandé la nomination du jeune Ripperda à l'ambassade de Vienne? Tient-il réellement à créer Ripperda prince de l'Empire, ou n'en
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a-t-il énoncé l'intention que parce que Ripperda lui a faussement fait accroire qu'il irait ainsi au devant des désirs du roi ? Ripperda a mis toutes ses exigences sur le compte de la cour de Vienne; en toulcequ'ils ont fait pour lui, le roi et la reine ont cru condescendre aux désirs de leur allié ; n'ont-ils pas été trompés?
Très troublé par ces questions, Kœnigseg'g répondit « qu'il savait bien que Sa Majesté Impériale avait accordé à Ripperda beaucoup de considération pour son zèle et son bon vouloir, mais qu'EUe ne lui avait jamais confié, à lui, Kœnigsegg, aucune des particularités dont lui parlait la reine ».
Leurs Majestés le prièrent encore de demander tout cela à son maître pour qu'il les éclairât : elles laisseraient les choses dans le statu quo et ne congédieraient pas leur ministre avant d'avoir reçu la réponse de la cour de Vienne; mais le roi serait tout particulièrement peiné que l'Empereur crût que la présence de Ripperda aux affaires était un gage nécessaire de sa loyale amitié ; cet homme n'avait été que l'instrument de sa volonté et d'une résolution à laquelle il n'avait eu dans l'origine aucune part; « il en devait laisser l'honneur à la reine » *, qui la première avait eu l'idée de l'entente entre les deux cours ; on ne l'avait choisi comme agent du rapprochement que parce que la mission était délicate, qu'il fallait pouvoir cacher la négociation et au besoin désavouer le négociateur, deux choses qu'aurait permises le peu d'importance du personnage; son départ ne changerait rien à une alliance dont il n'était nullement l'auteur.
1 • Ed français dans la dépêche de Kœnigsegg.
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Enfin les souverains congédièrent F ambassadeur, avec mille protestations d'amitié, et en lui disant de venir les trouver « sans façon » toutes les fois qu'il aurait à leur parler.
Kœnigsegg s'empressa de mander le tout à sa cour, en faisant ressortir la nécessité de se débarrasser de Ripperda pour le bien de l'Espagne, qu'il menait à sa perte, dans l'intérêt même de l'Empereur, qui n'avait tiré de lui jusqu'ici que des promesses et de bonnes paroles et dont il ruinait la popularité et l'influence à Madrid *.
Les choses en restèrent là pendant une semaine. Kœnigsegg avait de fréquentes conférences avec le roi et la reine. Us s'y découvraient mutuellement les innombrables tromperies de Ripperda. Celui-ci, qui ne soupçonnait rien, eut la maladresse de se compromettre encore davantage sur la question des subsides : il prétendit réduire les sommes que l'Empereur avait promises au Palatin et aux électeurs de Trêves et de Mayence; après s'être engagé à payer à Charles Vi au mois de mai son million d'écus, il revint sur sa parole, ne voulut plus verser en mai que 100 000 écus, se réservant de solder ainsi, mois par mois, la somme entière. A la vérité il n'avait plus un sou en caisse. A l'intérieur, la suspension de tous les paiements faisait craindre une sédition générale. La crise financière précipita sa chute. Il fut décidé qu'on lui laisserait ses autres emplois, jusqu'à ce qu'on eût reçu la réponse de Vienne, mais qu'on lui enlèverait immédiatement les finances : car, là, il y avait péril en la demeure.