‹ Une cour et un aventurier au XVIIIe siécle [microform]. Le Baron de Ripperda, d'après des documents inédits des archives impériales de Vienne et des archives du Ministère des affaires étrangères de ParisChapitre 90 sur 130 · Ibidem · texte numérisé non relu

Ibidem

2. Rousset, Recueil, IIl, p. 326-334. ^ i.Réféi^at de la Conférence Secrète du {& février 1727. W. b.A.

titudes^ la surface des choses. Celui qui aurait sondé les cœurs n'aurait trouvé d'ardeur belliqueuse qui chez Philippe V, buLe au point d'honneur, chez Elisabeth Farnese, entêtée d'une guerre qui devait assurer, croyait-elle, le mariage de don Carlos avec Marie-Thérèse, chez les politiques de Saint- James, décidés à profiter de l'occasion pour anéantir la Compagnie d'Ostende, rompre l'entente économique de l'Espagne et de l'Autriche et rétablir, avec tous ses abus, le commerce anglais aux Indes occidentales ; — en un mot, chez les belligérants, maisnuilemeiit chez les amis des belligérants. L'Enapereur s'était flatté que l'alliance espagnole l'aiderait à maintenir la paix, en imposant le respect à ses adversaires, —et elle l'acculait à la guerre. 11 n'eût fait la guerre que pour défendre sa Compagnie d'Ostende, — et le premier résultat de la guerre eût été de ruiner cette Compjgnie, étant donné l'immense supériorité des flottes anglaise, hollandaise et française réunies. Le système de l'alliance espagnole aboutissait ainsi à une pure impossibilité. Aussi, vit-on ceux qui l'avaien t prôné perdre peu à peu leur crédit auprès de l'Empereur. Rialp ne fut plus consulté. Sinzendorf fut mis à l'écart de certaines négociations : le prince Eugène entretint une correspondance particulière avec Kœnigsegg à son insu, et on lui enleva entièrement la correspondance de Berlin qui fut réservée à Eugène et à Starhemberg. Ces deux derniers reprirent la haute main. Leur politique consistait à se rapprocher des puissances maritimes et à éviter la guerre, à condition qu'on le pût sans sacrifier Thonneur impérial. Sauver l'honneur, à cela se réduisaient leurs prétentions. Encore fallait- il que leurs

tendances pacifiques trotiva«sent de l'écho cbezles alliésde Hanovre :cefut la Francequi leur tenditla main.

Fleury était pacifique par tempérament; il n'aurait pas fait de gaieté de cœur la guerre au petit-fils de Louis XIV; il voyait clairement enfin que, si la France se battait, elle se battrait au seul profit de l'Angleterre et de la Hollande. Les protestations qu'il avait fait entendre, dès son avènement, à-Madrid et à Vienne* étaient sincères. 11 avait été obligé, par des traités « dont l'encre était encore toute fraîche», de prendre parti dans le conflit, mais il n'y était entré qu'avec l'intention de l'apaiser. Il comprit tout de suite qu'il fallait frapper à Vienne pour être entendu : on amènerait l'Empereur à sacrifier la Compagnie d'Ostende, on isolerait l'Espagne, et l'Espagne, isolée, capitulerait.

C'est ainsi que, au moment même où se produisait le choc enlre l'Angleterre et FEspagne, une négociation de paix se nouait entre la France et l'Autriche. Dès le 9 décembre 17:26, Fleury fit au nonce du pape à Pciris des ouvertures qui furent mandées le même jour à Vienne, par le nonce à son collègue et par le résident impérial à Sinzendorf. Du premier coup, le cardinal trouva l'expédient propre à satisfaire à la fois les puissances maritimes et l'Empereur. On signerait de simples préliminaires de paix; ces préliminaires suspendraient la Compagnie d'Ostende pour un temps déterminé; durant ce délai, un congrès examinerait la légitimité de la Compagnie et

1. A Vienne, par Richelieu, Référai du 2i jiin 1726, — et par le résident in>périal à Paris, Fonseca, Fonsecji à Sinzendorf, le 10 juillet 1726. W. S. A.

ii !

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li'

Vm COUR ET UN AVENTURIER

prononcerait sur son existence *. Les intérêts commerciaux des Anglais et des Hollandais seraient sauvegardés, car la suspension serait assez longue pour ruiner le commerce oslendais, équivaudrait à rabolilion pure et simple de l'octroi; d'autre part, le décorum impérial n'aurait pas à souffrir, puisqu'on évitait à Charles VI Tennui de révoquer son octroi sous une menace de guerre, et que, dans le congrès ftitur, il paraîtrait céder par esprit de conciliation. L'Empereur accepta la négociations et le gouvernement britannique s'y prêta aussi.

Elle s'engagea simultanément à Vienne entre les ministres autrichiens et Richelieu et à Paris entre lo cardinal et Fonseca. Anglais et Hollandais restèrent dans la coulisse; Fleury parla en leur nom et dirigea tout. 11 eut fort à faire pour contenter tout le monde. La durée de la suspension, la date de la réunion du congrès que les alliés de Hanovre ne voulaient pas fixer, certaines réserves que prétendait faire l'Empereur soulevèrent des difficultés. On échangea plusieurs projets et contre-projets de préliminaires. Fleury louvoyait entre les parties, cédant pour amadouer l'Autriche, reprenant pour calmer l'Angleterre, revenant le lendemain sur ses paroles de la veille, manœuvrant avec une souplesse et une activité merveilleuses. Ilavaitpourauxiliaireslesdeux nonces

du pape à Paris et à Vienne. Ce fut une vraie négociation de prélats, pleine de petites habiletés, de distinguo casuistiques, de lenteurs calculées, d'onc-

1. Le nonce Massei au nonce Grimaldi, Paris, le 9 décembre 1126; Fonseca à Sinzendorf, Paris, le 9 décembre 1726. W. S. A.

2. Rescrits de V Empereur à Fonseca, du \^ et du 20 décembre 1726. W. S. A.

AU xvm« SIÈCLE

luosité caressante et d'innocente perfidie, — insipide si Ton en prend les détails au sérieux et si l'on s'obstine à en chercher la marche générale, amusante si Ton s'applique à y saisir les procédés, les habitudes, le tour d'esprit et la physionomie diplomatique du vieux cardinal*.

Elle se doublait d'une autre négociation à Madrid. L'Espagne après tout était la première intéressée dans les préliminaires de paix, puisque c'était elle qui faisait la guerre. Charles VI lui communiqua dès le début les avances de Fleury'. Elisabeth Farnèse se souciait peu d'interrompre brusquement une guerre qu'elle avait cherchée et dont elle se promettait la réalisation de ses plus chères espérances. Si elle eût agi avec franchise, elle eût décliné tout arrang-^ment. Mais elle craignait par-dessus tout de déplaire à la cour de Vienne, et elle n'osa pas. Elle jugea que le mieux était d'accepter la négociation et de la faire échouer. Son docile époux déclara donc à Kœnigsegg qu'il était prèit à prendre part aux pourparlers'. Les propositions venues de Paris' furent régulièrement transmises à Madrid par Kœnigsegg et par le nonce Adolbrandini. A chaque projet qu'on leur soumettait, les souverains espagnols faisaient force critiques. Et la critique leur était aisée. Ils n'avaient pas de peine à démontrer à

i. Toutes les pièces de la négociation sont aux Archives de Vienne : 1» dans les protocoles et rèférats de la Conférence Secrète ; 2° dans la correspoudaace de Fonseca avec Sinzendorf; 3° dans la correspondance de Kœnigsegg avec Charles VI : décembre 1726-mai 1727.

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