‹ Une cour et un aventurier au XVIIIe siécle [microform]. Le Baron de Ripperda, d'après des documents inédits des archives impériales de Vienne et des archives du Ministère des affaires étrangères de ParisChapitre 93 sur 130 · Kœnigsegg à Charles VI, le 20 juin 1727. W. S. A · texte numérisé non relu

Kœnigsegg à Charles VI, le 20 juin 1727. W. S. A

AU XVm* SIÈCLE

traités. Pendant les deux années suivantes, nous allons assister à la dissolution de l'alliance austro-espagnole et à la ruine des projets de mariage : c'est la conséquence rigoureuse des préliminaires du 31 mai 1727.

Au lendemain de leur signature, nous trouvons Elisabeth Farnèse plus acharnée encore à son grand dessein. Pour bien comprendre la terrible femme, il faut savoir quelle était alors sa situation à Madrid. A partir du mois de juin, la santé de Philippe V, déjà assez mauvaise, s'altéra de plus en plus : il avait des défaillances où l'on craignait qu'il ne passât, si affaibli qu'on redoutait pour lui le moindre déplacement en chaise à porteurs. Ne pouvant ni ne voulant plus entendre parler d'affaires, il décida que la reine gouvernerait à sa place pendant sa maladie; ks secrétaires d'Étal allèrent travailler chez elle et elle conféra seule avec Kœnigsegg; elle exerça ainsi une sorte de régence avec le titre de governadora'. Plus puissante, elle fut aussi plus inquiète et plus exigeante que jamais : car, si la maladie du roi la faisait aujourd'hui maîtresse absolue de la pohtique espagnole, sa mort pouvait demain lui enlever toute influence. Elle était forcée de profiter du moment présent pour assurer Tavenir. Son plan : obtenir le mariage de don Carlos avec Marie-Thérèse au moyen d'une guerre générale, ne changea pas. Ce qui se modifia, ce furent ses procédés envers la cour de Vienne.

Elle avait toujours joué avec l'Empereur son jeu

1. Journal de Villars, à la date de juin-juillet 1727, p. 340-341 et d octobre 1727, p. 346. '

sépare, cherché à le jeter malgré lui dans la guerre Pourlantelle était restée soumise, n'avait jamais rél siste a un ordre formel venu de Vienne, s'était laissé (liriger par Kœnigsegg, oracle toujours co.isulté et toujours obei du palais royal. Désormais il n'en ira plus amsi. A c6té de Kœnigsegg, à côt.i de La Paz, mperiahste Adèle, croit chaque jour une influence maie, dangereuse pour l'Autriche : celle des frères 1 atiuo. Don José Patiilo et le marquis de Castelar occupaient une place importante dans le gouvernement ■ Ils détenaient les forces de l'Espagne, l'un l'argent et les vaisseaux, l'autre les soldats. Ils avaient été anpelés au ministère, après la chute de liipperda à tiire de politiques bien pensants et l'Empereur n'avait eu d'abord qu'à se louer d'eux. Mais la conclusion des préliminaires les fit réfléchir : sans se déclarer contre le système autrichien, ils estimèrent prudent de le pratiquer à l'avenir avec moins d'abandon ; Ils firent entendre à la reine que, au lieu de prodiguer les ressources de l'Espagne à un allié peu sur, il serait sage de les employer à augmenter la flotte et a remettre l'armée sur un bon pied : on n'est jamais si bien gardé que par soi-même. La cour de Vienne ne tira plus un écu de Patifio. Elle essaya de renverser les deux frères; Kœnigsegg intrigua contre eux; mais leur position à la cour était solide fonde sur leur naissance, leurs attaches avec les grands, leur réputation d'organisateurs, et surtout surla confiance que Palinoavaitsuinspireràla reine- Ils restèrent en place et en faveur, à la grande indignation de Kœnigsegg et du gouvernement impérial '!

l. Eugène à Kœoigsegg, le 4 août 1727, cité par Arnelh, Prinz

Cela seul dénotaitun changement dans les rapports des deux cours. Leur inlimité se trouva aussi relâchée parle fait que l'Espagne se réconcilia avec la France. La naissance de l'infant don Louis fournit l'occasion du rapprochement. Philippe V fît part à Louis XV de cet heureux événement par l'intermédiaire du nonca à Paris, et, dans sa lettre à ce dernier, il marqua en termes « fort tendres » son désir de voir renaître la bonne intelligence. Ces avances reçurent un accueil empressé à Versailles. Louis XV écrivit de sa main à son oncle. La dernière trace des vieux dissentiments fut effacée par la disgrâce de Morvillequi avait été le second du duc de Bourbon et portait avec lui la responsabilité du renvoi de l'infante ; Morville et son père, M. d'Armenon ville, garde des sceaux, furent congédiés ; un ami de TEspagne, tenant des idées du dernier règne, Chauvelin, reçut à la fois les sceaux et les Affaires étrangères, A la fin d'aoiit, la réconciliation fut officiellement déclarée, et un ambassadeur extraordinaire de Louis XV, le comte de Rothenbourg, partit pour Madrid, sous le prétexte de porter au petit infant Tordre du Saint-Esprit*.

Cette réconciliation, on le sait, avait été prévue et même souhaitée par la cour de Vienne, — mais elle se fit directement, tandis que l'Empereur eût désiré la voir s'accomplir par ses soins; elle arracha l'Espagne à son isolement, rompit le tôteà-tète politique qui avait livré Elisabeth Farnèse à toutes les suggestions de l'Autriche. Ses dangers devaient apparaître plus tard. Tout d'abord pour-

Eugen, III, p. 221 ; Protocole de la Conférence Secrète du {2 août 1727. W. S. A.

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