Journal de YUlars, août-septembre 1727, p. 342-34.J
AU XVHTe SIÈCLE
tant rinfluence que la France reprenait en Espagne s'exerça dans le même sens que celle de l'Autriche : pour amener Elisabeth F.>rnèso à la paix.
Les préliminaires avaient été signés, au nom de Philippe V, par son ambassadeur à Vienne, le duc de Bournonville. Mais la reine refusa de les ratifier et retarda le Congrès en disputant sur leur interprétation. Les hostilités sous Gibraltar avaient cessé, mais le siège n'était pas levé; avant de retirer leurs troupes et de combler les tranchées, les Espagnols exigeaient que l'Angleterre rappelât ses escadres de la Méditerranée et d'Amérique : les Anglais ne voulaient rappeler leurs escadres que lorsque le siège serait levé.— Quand Hosier avait bloqué Porto-Bello, les Espagnols avaient arrêté à la Vera-Cruz un vaisseau de la Compagnie du Sud, le Prince-Frédéric, dont la cargaison était évaluée à quatre millions de piastres ; ils le déclaraient de bonne prise : les Angla is soutenaient que les préliminaires obligeaient l'Espagne à le leur restituer.— Enfin, aux difficultés précédentes restait accrochée la distribution des effets français, anglais et hollandais, qui se trouvaient sur la flottille de la Havane.
C'étaient là bien des matières à procès. On dut ouvrir à Madrid une négociation en règle sur l'affaire du Prince-Frédéric, à laquelle on subordonna le reste. Cette négociation se traîna pendant dix mois, de juin 47i27 à mars 1728. La France et l'Empereur s'entremirent avec une égale bonne volonté; Eothenbourg et Kœnigsegg tourmentèrent la reine pour l'amènera céder, à se prêter au moins à un tempérament. Mais ils se heurtèrent à une obstination invincible. Cette résistance exaspéra les Anglais. George II, qui
venait de succéder à son père, manifestait les sentiments les plus belliqueux; le parlement et la nation, en complet accord avec lui, réclamaient des mesures de rigueur contre l'Espagne. Les escadres d'Amérique et de la Méditerranée furent renforcées, empêchèrent l'une les galions de revenir en Europe, l'autre la flotle espagnole de sortir de Cadix. Patifio de son côté armait avec une activité prodigieuse de nouveaux vaisseaux. A la fin de décembre, Elisabeth défia les puissances maritimes et même la France, en frappant d'un droit ou induit inusité de 26 0/0 les etïets étrangers de la flottille. La guen-e parut encore une fois inévitable; une fois de plus elle fut évitée.
A partir de janvier 1728, l'état de Philippe V s'aggrava de telle façon que l'on crut sa mort prochaine : il perdit entièrement rappélit et le sommeil, ne sortit plus de son lit et donna tous les signes d'un complet dérangement mental. Elisabeth sentit le terrain manquer sous ses pieds. Pendant toute celte période, qui fut cerlainement la plus angoissée de sa vie, la crainte ne fit le plus souvent que fouetter ses nerfs, la jeter aux bravades extravagantes et aux exigences insensées; mais la crise terrible des premiers mois de 17â8 la terrassa; sa fièvre l'abandonnant la laissa abattue et épeurée : elle se rapprocha du prince des Asturies qu'elle appela au conseil, elle se prêta à un accord avec l'Angleterre.
Le 6 mars 1728, une convention fut signée au Pardo par La Paz, Kœnigsegg, Rothenbourg et les minisires
despuissancesmaritimes,KeeneetVandermeer. L'Angleterre consentait à rappeler ses escadres, promettait Jelaisserdiscuter au Congrès lalégilimité despri-
ses et en particulier de celle du Prince- Frédéric ; en retour le roi d'Espagne lèverait incessamment le siège deGibraltar, v<im%\,{Ydi\i\Q Prince- Frédéric auxagenls de la Compagnie du Sud, délivrerait aux intére°ssés, « comme en temps libre et en pleine paix », les effets de la flottille, — et ceux dos galions quand lisseraient arrivés : moyennant quoi les préliminaires seraient ratifiés et le Congrès s'assemblerait au plus tôt'.
La paix n'en était pas plus avancée et il y avait chance que le Congrès n'aboutît pas. Les puissances maritimes prétendaient y dicter leurs conditions, aussi rigoureusement qu'après une guerre heureuse, et pour que l'on pût s'entendre, il fallait que toutes les concessions vinssent des alliés de Vienne.
L'Empereur, il est vrai, avait donné les instructions les plus conciliantes à ses plénipotentiaires : il se résignait à abolir la Compagnie d^Ostende, se réduisait à demander une compensation pour ses sujets des Pays-Bas, lésés par la perte de leur commerce aux Indes; ilseproposaitdemodérerautantquepossible les exigences de l'Espagne; il voulaitménager les puissances maritimes et, sans leur faire trop d'avances, tenir une porte ouverte à la réconciliation avec elles ^ Par contre, il y avait beaucoup à craindre
1. J'ai exposé cette négociation d'après : l» les Référais ei Protocoles de la Conférence Secrète, d'août 1727 à avril 1728. W. S. A.; 20 le Journal de Villars, de juin 1727 à mars 1728, p. Ui- 363; 30 les pièces contenues dans le Recueil àe Roussel, t. IV, p. 13- 48. — La Convention du Pardo est dans Rousset, ibid., p. 45-4S.
2. Les instructions aux plénipotentiaires irapéiiaux: au Congrès sont du 2) déc. 1727; je ne les ai pas vues, mais leurs traits essentiels sont rappelés dans le Référât du 12 avril 1728 et dans le Protocole de la Conférence Secrète du 20 avril 1728. W. S. A.
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d'Élisab9lh Farnèse, revenue à son intransigeance. Avant Touverture du Congrès, Villars écrivait dans son journal : « On apprend de Madrid qu'on y prépare des matières difficiles pour le Congrès. Elles sont connues et on espérait les adoucir, mais il parait que la reine en est bien éloignée* ». « La reine d'Espagne, disait-on aussi à Vienne, cherche à jeter TEmpereur dans toutes sortes de difficultés afin de réaliser ses vues particulières », entendez afin d'obtenir le mariage*. C'était toujours le vieux calcul d'Elisabeth. Maintenant elle le compliquait et le raffinait. Elle était décidée à demander, d'entrée de jeu, au Congrès la rétrocession de Gibraltar et des garanties contrôla contrebande anglaise, — ce qui rendait la paix impossible; mais elle était prête à céder sur, les deux points et à signer la paix, pourvu que l'Empereur cédât sur le mariage, — parce qu'alors elle n'aurait plus besoin de la guerre. Bref, elle rêvait d'un troc : l'Empereur voulait la paix, elle la lui vendrait — au prix du mariage ; mais pas de mariage, pas de paix. Et c'est ainsi que l'attitude de l'Espagne au Congrès dépendit d'unesecrète négociation de mariage, qui n'apparaît point dans les paperasses officielles et qui en réalité domine et détermine tout le reste.
Dès la fin de 1727, Elisabeth Farnèse demanda à Vienne une déclaration plus préciseau sujet de Funion de don Carlos avec Marie-Thérèse. L'Empereur se rejeta d'abord sur ses excuses habituelles, les circonstances, l'élat de FEurope, etc.; puis, la reine re-