Ibidem et Référât du 3 octobre 1727. W. S. A
AU XVni' SIÈCLE
un rescrit du 22 mai 1728 Tordre de ne pas s'opposer ouvertement à cette nouvelle exigence de l'Espagne, mais de travailler sous main, avec dextérité, a la faire échouer : on pourrait sans doute se rejeter sur Topposition de la France et de l'Angleterre ^
Voilà donc les deux négociations dont dépendraient la marche du Congrès et la paix de l'Europe. Elles n'avaient rien de contradictoire entre elles. Même c'était un moyen d'éprouver les vraies intentions de l'Empereur au sujet du mariage que de le forcer à se prononcer sur les duchés : car s'il était disposé à donner sa fille à don Carlos, il devait l'être aussi à assurer les duchés à l'infant. Il faut noter cependant que, tant qu'Elisabeth avait fermement espéré le mariage, elle avait semblé oublier les duchés. C'était un fait significatif qu'elle revînt maintenant à ses plans d'autrefois. On peut saisir là un commencement de désillusion. On peut supposer aussi — et tout cela se concilie parfaitement — que la reine fut ramenée à des vues plus pratiques par l'état de santé de Philippe V. Depuis un an on ne craignait plus pour la vie du roi; il était devenu gras et robuste; mais sa raison semblait avoir sombré dans la crise : humeur noire, journées entières passées au lit, répugnance invincible à se laisser couper les ongles, la barbe, les cheveux et à changer de linge, incapacité de soutenir une conversation suivie : c'étaient là des signes fort inquiétants. Elisabeth avait peur que les Espagnols ne déposassent son mari. Elle redoutait plus encore qu'il n'abdiquât volontairement. Il en avait pris l'idée fixe. Un beau jour il écrivit en
1. Référai du 3 septembre 17.8 où l'affaire est exposée ab ovo et Referai du 28 juillet 1728. W. S. A,
cachette et fit porter par La Roche au président de Castille un billet où il ordonnait d'assembler les ministres, de leur déclarer qu'il renonçait à la couronne et de proclamer don Ferdinand. La reine réussit à rattraper le billet, qu'elle brûla. Elle fit jurer à son mari de ne pas abdiquer, le surveilla étroitement, poussa la précaulion jusqu'à lui enlever encre et papier ^ On conçoit les alarmes d'Elisabeth et pourquoi elle cherchait* par tous les moyens, avec plus d'inquiétude et de nervosité que jamais, à assurer son avenir, soit en mariant don Carlos à Marie-Thérèse, soit en rétablissant en Italie.
C'est dans ces conditions que le Congrès s'ouvrit le 14 juin 17-28, non pas à Aix-la-Chapelle ni à Cambrai, villes primitivement désignées, mais à Soissons, pour la plus grande commodité du vieux cardinal de Fleury. Pendant que les plénipotentiaires échangeaient des mémoires oiseux et dénués de sincérité sur le commerce d'Ostende, Gibraltar et les Indes occidentales, Sinzendorf et Bournonville traitaient mystérieusement avec Fleury le point important.
Le 4 juillet Sinzendorf envoya à Vienne la réponse du cardinal. Elle était très prudente, calculée de façon à n'inquiéter ni l'Angleterre ni les autres alliés de la France, mais, contre toute prévision, plutôt favorable au mariage*. Fleury, avec sa finesse ordinaire, avait éventé le calcul de la cour impériale : en opposant au mariage un refus formel, il eût fait le jeu de Charles VI et attiré sur la France toute la
1. Journal de Villars, à la date d'avriHuillet 1728, p. 354-357.