SANUTO, vol. I, col
chait, le peuple romain, précédé des officiers capitolins, se porta à sa rencontre ; ordre avait d’ailleurs été donné par le pape de faire bon accueil au roi (dimanche, 1e juin 1495). Vers deux heures il parut, ayant à ses côtés les cardinaux Giuliano, de la Groslaye, Campofñfregoso. Le cardinal Pallavicini était venu pour le recevoir. Le roi se rendit à cheval à Saint-Pierre pour y prier. Pallavicini lui offrit de loger au Vatican, mais il refusa et alla habiter dans le palais que le cardinal Domenico della Rovere avait fait élever étant encore archidiacre de la basilique Vaticane et qui se trouvait dans le quartier du Borgo 1.
On craignait beaucoup à Rome le ressentiment des Français, tous les Espagnols avaient fui, mais le roi tint parole et la discipline fut exactement observée, ce qui lui valut une grande reconnaissance.« On aurait dit des clercs», écrit un contemporain ?.
Le roi tenait à se faire bienvenir des Romains ; il demanda à être inscrit dans une des confréries si nombreuses, celle du Santo Spirito (4 juin).
Péron de Bache était allé à Orvieto solliciter du pape, pour la seconde fois, une entrevue (5 juin 1495). La réponse du pape fut immédiate.
Le soir même il assembla de nouveau le consistoire et d'accord avec lui Giovanni Lopez, qui était évêque de Pérouse, fut envoyé dans cette ville pour y préparer l’arrivée du pape qui s’y rendit le lendemain. II répétait d’ailleurs que, plutôt que de se rencontrer avec le roi, il fuirait à Ancône et de là à Venise si besoin était. Mais le roi n’avait aucune intention de le poursuivre ; il était déjà alors sur la voie du retour.
Des lettres de Milan venaient d'arriver, quile déterminèrent à s’éloigner en hâte vers le Nord ; l'orage devenait de plus en plus menaçant. Il partit par le même chemin par lequel il était venu. Le 5 juin il était à Viterbe, où il passa trois jours. Toscanella fut saccagée par les soldats du Grand Bâtard à.
Rassuré, Alexandre VI revint alors à Rome, tandis que le roi s’engageait à travers l’Apennin (27 juin 1495). L'annonce de la bataille de Fornoue (6 juillet) causa une joie exubérante à Rome comme à Venise ; on chantait dansles rues des vers pour célébrer le triomphe de la République et du marquis de Mantoue et tourner en ridicule le roi de France. Les Romains composèrent des canzont à la louange des Vénitiens ; le refrain en
est :
Li Signor venitianr, Anno rotto ve di Franza 5.
Une terrible maladie commençait à régner en Italie que l’on nomma le «mal français»,
1. Ce palais fut démoli lors du remaniement de la place. Le population, pour le conjurer de rentrer. Archiv. Soc. Rom. di
collège des Pénitenciers l’a remplacé. Stor. Patria, 1888, p. 692. 2. Une tentative de pillage fut réprimée par Fabrizio Colonna, Ferdinando II (Ferrantino), roi de Naples, mourut le 7 octobre
il s'agissait de la demeure de l’envoyé vénitien. 1496, sans enfants. Son père, Alfonso, l’ex-roi, était mort le 19 no- 3. Pinzi, Storia di Viterbo, vol. IV, p. 358. vembre 1495. Ce fut son frère, don Federico, comte d’Altamura, 4. Le 21 juin 1495 le pape était à Orvieto, revenant de qui lui succéda.
Pérouse. Le 3 juin, les conservateurs lui avaient écritau nom dela 5. Voir CAssETTiI te IMBRIANI, cités p. 194. note 3.
parce que l’on supposait que l’armée française l'avait introduite ; d’autres en rendaient responsables les marrani venus d'Espagne. II se peut en effet qu’elle soit venue par les réfugiés espagnols, de l'Amérique dont elle est originaire !. Elle se répandit avec uneintensité et une violence extraordinaires ; ceux qui en étaient atteints souffraient d’horribles douleurs. Les Français l’appelèrent le « mal napolitain ».
Dans les premiers temps, on ignora le mode de transmission de cette maladie et les remèdes propres à soulager ceux qui en étaient atteints ?.
Le 4 décembre suivant (1495), eut lieu une des plus grandes inondations du Tibre qui aient jamais désolé la ville. On ne s’y attendait pas. Après une longue série de pluies, le soleil brillait lorsque brusquement le fleuve, comme un torrent, envahit les rues. Les cardinaux, qui sortaient d’un consistoire, eurent grand’peine à rentrer chez eux ; le cardinal de Parme, Sclafenati, dut rebrousser chemin. Les eaux envahirent plusieurs églises, des maisons. Un Vénitien raconte que l’eau passait par-dessusle pont Sisto, qui venait d’être achevé. Des débris de toute sorte étaient charriés par le courant. Les chevaux avaient de l’eau dans les rues jusqu’au ventre. Les habitants eurent à peine le temps de sauver une partie de leurs meubles et rarement celui de mettre à l’abri leur vin, en sorte que, comme le remarque un contemporain, la trop grande abondance d’eau amena la disette de vin. Tous les prisonniers de la Torre di Nona furent noyés.
Dans la rue del Paradiso, près du Campo di Fiore, on voit encore sur la maison où habitait l'ambassadeur vénitien la marque indiquant la hauteur qu’atteignirent les eaux. Un savant allemand, Locher, composa un poème sur cette catastrophe ÿ. Beaucoup de personnes la considérèrent comme un châtiment de Dieu et redoutèrent une destruction totale, comme il advint de Sodome et Gomorrhe.
« En janvier 1496, racontent les diaristes, on trouva un monstre extraordinaire sur la berge du fleuve ; il était vert, avait une tête d'âne et un corps de femme, le bras droit ressemblait à une trompe d’éléphant, la croupe au visage d’un vieillard barbu et la queue se terminait en serpent. » Les ambassadeurs vénitiens jugèrent à propos de rapporter dans leurs dépêches cette mystification.
L'année suivante, il y eut à Rome une grande cherté de la vie vers la fin d'août
D'ailleurs les contemporains se plaignirent constamment durant ce pontificat du coût des objets de première nécessité ; le rubbio de blé valut de 6 à 8 ducats ; il coûtait autrefois un florin, c’est-à-dire plus de cinq fois moins. Le peuple était mécontent ; ses représentants n'avaient plus le même respect qu'auparavant pour le souverain pontife.
Le 31 décembre 1405, les magistrats du Capitole qui allaient entrer en fonctions
1. Les dernières recherches tendent toutefois à prouver que le car, Il Tevere e le sue inondazioni, Rome, 1875. — C. Dai, Del mal existait antérieurement en Europe. Les Français contribuèrent Diluvio di Roma, Rome, 1495. — L. CANESI0, De Prodigiosis seulement à le propager et il prit soudain une grande extension. Tyberis inondationibus, Rome, 1531. — Bonini, Il Tevere
2. HEsNAUT (THUASNE), Le Mal français, Paris, 1886. incatenato, Rome, 1654. — Annali di Malipiero, dans Aychiv. Stor.
3. Carmen de diluvio Roma, Rome, décembre 1495. Voir Car- Jtal., VII. — BurcHaRD, nouv. édit., vol. I, p. 585, n. 1.
pour trois ou six mois et devaient, après vêpres, prêter serment entre les mains du pape conformément à la coutume, se firent attendre. Le pape, après quelques moments, se retira fort irrité dans une autre pièce. Les cardinaux l’entourèrent et réussirent à obtenir qu'il reçût les retardataires quand ils arrivèrent. Mais le dépit qu’il eut de ce manque d’égards fut extrême et dura plusieurs jours.
CHAPIBRRE NT.