‹ Une cour princière au Vatican pendant la RenaissanceChapitre 104 sur 203 · GUERRE CONTRE LES ORSINI · texte numérisé non relu

GUERRE CONTRE LES ORSINI

songea à réaliser ses desseins de politique intérieure.

Comme la plupart de ses prédécesseurs, il voulait détruire la puissance des grandes familles baroniales qui opprimaient la papauté, tenaient Rome à leur merci et occupaient les villes et les châteaux des alentours; seulement, à leur différence, il projetait de les détruire toutes et non d'en détruire une, quitte à en grandir une autre à ses dépens. Depuis Eugène IV qui ruina la Colonna au profit des Orsini, il en avait été ainsi de règne en règne.

Borgia, on l’a dit, étranger d’origine et de sentiments, n'avait d’attaches avec aucune

M AINTENANT qu’il n'avait plus à redouter l'intervention étrangère, Alexandre VI

de ces grandes familles, aucun ménagement à garder et pas de scrupules comme ses prédécesseurs. Il se servit des unes pour abattre les autres en laissant croire à chacune qu’elle vengeait ses anciennes haiïnes et profiterait de la ruine de ses adversaires, mais avec le propos bien arrêté de détruire cette féodalité et d’en purger les États pontificaux. Par certains côtés, son œuvre rappelle celle de son contemporain Louis XI.

En même temps, il se proposait de constituer une principauté pour l’un de ses fils, le duc de Gandia au moment où nous sommes, puis César. Mais l’entreprise était ardue et d’avoir pu la mener à bien montre quelle fut l’habileté politique du pape et surtout celle de son fils César.

Machiavel l'en loue dans le Prince (chap. VII). Il fait remarquer que l'effort des Borgia ne pouvait se porter ni au Sud dans le royaume de Naples, ni au Norden Toscane, du moins dans les commencements, maïs seulement en Romagne et dans les Marches

où précisément les empêchements étaient grands ; ni Venise, ni les Florentins, ni le duc de Milan, ni le duc de Ferrare ne verraient d’un œil favorable s’élever en face d’eux une puissance nouvelle. Et sur qui le pape et son fils s’appuieraient-ils. Les Colonna, les Orsini, les Savelli le seconderaient peu volontiers ; si l’une des familles y consentait, les autres prendraient aussitôt parti pour les ennemis du Saint-Siège. Les barons ne pouvaient être en fait qu’un obstacle.

En revanche, il n’existait dans toute cette région, des Apennins à la mer et du Tronto au P6, aucun Etat de quelque importance capable de lui résister. L'œuvre du cardinal Albornoz, cet autre Espagnol, n’avait pas duré ; une foule de seigneurs s'étaient peu à peu emparés du pouvoir dans la plupart des cités qui, nominalement, relevaient de l’Église! ; les châteaux forts de la Romagne, des Apennins, des Marches, comme ceux du Latium, étaient tombés entre leurs mains; c'étaient souvent des nids de brigands. Ils se jalousaient, s’attaquaient réciproquement sans trêve ; les guerres locales étaient toujours renaissantes. Leurs sujets détestaient ces maîtres pour la plupart tyranniques et cupides et n’attendaient qu’une occasion pour secouer leur joug. Un moment, on avait cru que les Français seraient des libérateurs ; ils s'étaient enfoncés dans le Sud.

Ce fut grâce à ces divisions qu’Alexandre VI put réaliser ses desseins.

Il ne dévoila pas tout d’abord ses intentions. Il lui fallait d’abord affermir son pou- Voir. |

Afin d’être tout à fait le maître dans le Sacré Collège où il avait naguère rencontré quelque opposition, Alexandre VI éleva au cardinalat, le ro février 1496, quatre prélats sur qui il pouvait absolument compter: Bartolomeo Martini, son majordome ; Giovanni di Castro, gouverneur du château Saint-Ange ; Giovanni Lopez, dataire, tous trois Espagnols, tous trois de Valence comme lui; le quatrième était Giovanni Borgia, son neveu. Le nombre des cardinaux se trouva ainsi porté de vingt-trois à vingt-sept. Le 2 mars, il leur ferma la bouche en consistoire secret et il la leur ouvrit le 9 mars en leur remettant leurs anneaux et en leur attribuant leurs titres.

Un peu plus tard, le 26 mars, Francesco de Gonzague, marquis de Mantoue, jeune homme de trente ans (né en 1466), arriva à Rome”. Il pleuvait à torrents. Cependant, la réception qu’on lui fit fut des plus brillante. Toutes les familles des cardinaux et celle du pape, les barons romains, les premiers d’entre les habitants vinrent à sa rencontre. Il entra par la porte Del Popolo, passa par le Campo di Fiore, et, franchissant le pont Saint- Ange, salué par les bombardes du château, arriva au Vatican où le pape l’attendait entouré de huit cardinaux et vêtu d’un costume noir et vert qui avait appartenu au pape Boniface IX, au commencement du siècle. Le peuple romain fut dans l’admiration parce neuf cardinaux espagnols. Les Romains s’en plaignirent vivement.

3. Son ambassadeur, qui avait arrangé l’entrevue, était Gio- Carlo Scalone. Il avait succédé à son père en 1484 et mourut le 29 mars 1519. Elisabetta d’Este fut sa femme.

Sur l'entrée du marquis à Rome, voir Sanuro, Diarii, vol. I,

col. 84,87 et CHERRIER Histoire de Charles VIII, vol. II, p. 239. Cf. BurCcHaRp, éd, Celani, vol. I, p. 598,

1. Les Bentivoglio à Bologne, les Petrucci à Sienne, les Malatesta à Rimini, les Sforza à Forli, les Vitelli à Citta di Castello les Baglioni à Pérouse, les Montefeltro à Urbino, les Varano à Camerino, les Della Rovere à Sinigaglia, les Manfredi à Faenza, les Atti à Todi. Voir PAsoLIn1, I Tiranni di Romagna, Imola, 1888.

2. Dit le Jeune; il était le petit-fils de sa sœur Juana; né à Valence, en Espagne, en 1470, il mourut en 1500. Il y eut dès lors

que les cavaliers de l’escorte du marquis marchaïent dans un ordre parfait. Le lendemain était le dimanche des Rameaux. Le marquis assista au service, qui dura quatre heures, debout et gardant à la main la palme que le pape lui avait remise. Alexandre VI tenait à se l’attacher. La rose d’or, emblème de la satisfaction de l’Église, lui fut offerte ; il s’en alla la portant triomphalement, entouré du Sacré Collège. Le pape voulut entendre de sa bouche le récit de la bataille de Fornoue à laquelle il avait pris une part importante. Le jour suivant, le marquis partit pour Capoue.

Le 20 mai 1406 arriva à Rome celui de ses fils pour lequel Alexandre VI avait le plus fait, don Jofré, prince de Squillace ; il avait quatorze ans et ramenait sa femme, Sancia d'Aragon !.

Lucrèce alla à sa rencontre jusqu’à la porte S. Giovanni du Latran. Elle était précédée de vingt femmes et de deux pages à cheval qui portaient l’un un manteau de brocart, l’autre un manteau de velours ; elle montait une mule couverte de satin noir ; les caporioni, les conservateurs, le sénateur et sa maïson, ainsi qu’une multitude de Romains, s'étaient portés, avec elle, à la rencontre du jeune prince. Jofré et sa sœur entrèrent un moment dans la basilique du Latran, puis ils se rendirent au Vatican. Le prince baisa le pied et la main du pape qui lui prit la tête à deux mains et l’embrassa, geste qui lui était familier. Il en fit autant à l’égard de sa belle-fille Sancia.

Les deux époux eurent pour résidence le palais du cardinal Ardicino della Porta, situé dans le voisinage du Vatican et qui a été démoli. Un grand nombre de dames romaines les y attendaient.

Deux mois plus tard, le 10 août 1406, Giovanni Borgia, duc de Gandia, entrait à Rome par la porte Portuense, revenant de Civitavecchia. Il venait d’épouser dona Maria Enriquez, cousine du roi d’Espagne. Elle ne l’accompagnait pas et demeura en Espagne. Le frère de Giovanni, le cardinal César, l’attendait ; tous deux se rendirent ensemble au palais pontifical où Giovanni devait habiter. Lors de la fête de la Pentecôte, Sancia et Lucrèce prirent place à Saint-Pierre sur les sièges de chanoiïnes, ce qui scandalisa les assistants.

C'était de Giovanni que le pape désirait tout d’abord s'occuper. Le 26 octobre 1496 il le nommait gonfalonier de l’Église, car si Jofré devait s’avancer par les négociations diplomatiques ?, César par l’Église, le duc de Gandia devrait son établissement aux armes. Trois jours auparavant, Guidobaldo della Rovere, duc d’Urbino, était entré au service de l’Église. Le moment d’agir semblait maintenant venu au pape.

Une vieille haine l’animait contre les Orsini, depuis l’époque lointaine du pontificat de Calixte IIT ; les Orsini s'étaient alors montrés fort hostiles à son frère, Pedro Luis, gonfalonier de l’Église et gouverneur de Rome 3. A la mort du pape, son oncle, il avait même dû quitter Rome furtivement et se réfugier à Civitavecchia.

Les Orsini étaient riches ; avec les Colonna, leurs ennemis héréditaires, ils étaient

1. Il était suivi de vingt-huit mules portant ses bagages. la grosseur d’un doist qu’il lui posa sur la tête et deux étendards, 2. Le 11 mai 1494, Alfonso de Naples avait remis à Jofré les 3. Il fut aussi gouverneur du château Saint-Ange (1456) et duc insignes de gonfalonier du royaume de Naples, un cercle d’or de de Spolète. Mort en 1458.

les plus riches et les plus puissants des seigneurs féodaux qui occupaient les terres de l'Eglise. Leurs biens s’étendaient au Nord comme au Sud de Rome, surtout au Nord, en sorte qu’ils pouvaient être d’utiles auxiliaires ou de dangereux adversaires de la papauté. Ils venaient d’en donner la preuve. Le pape les considérait comme des Guelfes inféodés au parti français, ayant, ainsi qu'on le répétait, « sculptés dans le cœur, depuis leur naissance, le nom et les armes de la couronne de France».

Leur chef, Virgino Gentile Orsini était prisonnier. Quand Charles VIIT était arrivé à Naples, il l’avait fait arrêter comme un des plus fermes soutiens de la maison d'Aragon ; il s'était échappé, avait pris du service dans les troupes de Médicis, puis s'était rallié au roi de France et avait servi sous sa bannière à Naples. Lorsque le duc de Montpensier dut signer la capitulation d’Atella, le 20 juillet 1406, il fut stipulé qu’il ne serait pas inquiété, mais le pape obtint du roi Ferdinando II qu’il serait mis en prison dans le château de l’Œuf. Son fils Giangiordano et le jeune Bartolomeo d’Alviano, d’une famille alliée aux Orsini, « petit par la taille et grand par l’âme, capitaine aguerri et habile »t, furent tous deux capturés dans les Abruzzes. Son fils bâtard, Carlo, était également captif à Naples. L'occasion de dépouiller cette famille opulente et redoutable était donc excellente.

Déjà le 127 juin 1496, Alexandre VI l'avait excommunié et avait déclaré ses vassaux déliés de toute obligation à son égard. Le 26 octobre, il confisqua en consistoire les biens des Orsini en même temps qu’il chargeait le duc de Mantoue d’opérer contre eux et nommait le cardinal Lunate légat a latere pour « assister à la prise de leurs châteaux, terres, villes et domaines ».

Alexandre VI ne cachait plus son intention d'attribuer à Giovanni toutes les villes des Orsini dans le Patrimoine, c’est-à-dire dans la région située au Nord de Rome, jusqu'aux confins de la Toscane, en lui accordant en outre les villes d’Ostie, de Civitavecchia et de Corneto, c’est-à-dire les deux ports de Rome et son grenier à blé, mettant ainsi la ville et le Saint-Siège à sa discrétion.

Le pape fit accompagner Guidobaldo par le duc de Gandia, au profit duquel il allait travailler, et l’armée se mit en marche. De nombreux volontaires se joignirent à elle dans l’espoir de faire, sans trop de peine, un riche butin.

Le 26 octobre 1496, le duc de Gandia, éperonné et tout armé mais sans casque, de longues sonnaiïlles d’argent pendant au mors et à la croupe de sa monture, sortit de Rome à la tête de ses troupes. Douze trompettes le précédaient ; il avait à ses côtés le duc de Mantoue. On portait devant lui les trois étendards que le pape lui avait remis, dont deux étaient à ses armes et un était à celles de l’Église, ce qui montrait que, dans la pensée d'Alexandre VI, c'était surtout pour lui qu’on allait combattre. Tout un matériel de siège, des canons, des machines, suivaient les troupes.

A l'aspect de ce formidable appareil, les châteaux des Orsini, dont la plupart étaient

1. Non seulement petit, mais difforme. Il s’était engagé en 1493 était originaire d’Orvieto. Sa mère était une Atti de Todi. LORENZO au service des Aragonais avec un gros de mercenaires. Sa famille LEonty, a écrit sa biographie, Todi, 1864,

mal situés et sans moyens de défense, se rendirent l’un après l’autre ; en un mois (novembre 1496), l’armée pontificale en prit dix : Anguillara, Galera, Bassano de Sutri, Campagnano, Formello, Scroffano, Cesena, Viano, Bieda, Trivignano !. Toutefois, la prise de cette dernière ville n’eut pas lieu sans difficultés, car sa proximité du lac permettait aux assiégés de se ravitailler ; en outre, elle était bien approvisionnée en munitions. Des barques furent commandées à Rome au nombre de dix, afin d'établir le blocus par eau ; Troilo Savelli ? et le barigel de Rome eurent mission de les amener, mais Alviano, qui avait recouvré sa liberté, fondit à l’improviste sur le convoi, mit en déroute l’escorte et détruisit les barques, Néanmoins la ville fut prise, car les canons firent brècheet Gandia la laissa piller à cause de sa résistance. Après quoi, les gens du duc de Gandia et ceux du duc d'Urbino en vinrent aux mains à propos du butin, si violemment que le cardinal Lunate dut intervenir. Le village de l’Isola fut emporté, bien que les assiégés se défendissent intrépidement, après douze jours de travaux d'approche (décembre 1496).

Restait à prendre la place principale des Orsini, la ville de Bracciano. L’étendard français flottait sur les tours. La situation de Bracciano sur le lac qu’elle domine, la force de ses murailles et plus encore l’énergie de Bartolomeo d’Alviano et de sa femme Bartolomea, la sœur de Virginio Orsini, qui s’y étaient enfermés, rendaient l’entreprise difficile à.

Les assiégés résistèrent en attaquant; leurs incessantes sorties harcelaient et inquiétaient les assaillants ; ils poussèrent même jusque sous les murs de Rome et peu s’en fallut que le fils du pape ne fût tué sur le pont Molle. Les villages voisins furent brûlés pour ôter tout abri aux soldats pontificaux, qui durent subir sous la tente toutes les intempéries d’un automne rigoureux. Cependant les canons du pape produisaient leur effet de terreur et de destruction accoutumé ; une brèche fut pratiquée grâce à laquelle les assiégeants pénétrèrent dans la ville, mais ses rues étroites, tortueuses et barricadées, arrêtèrent leur élan ; Alviano, avec trente hommes seulement, parvint à rassembler les habitants qui fuyaient déjà vers la citadelle et à repousser les papalins ; il y eut quarante tués et soixante blessés (15 janvier 1497) ! La situation devenait grave pourtant ; les assiégés perdaient chaque jour quelques-uns des leurs, tandis que les assaillants recevaient incessamment des renforts. Heureusement, Vitellozzo Vitelli 4, seigneur de Città di Castello, qui revenait de Provence où il avait suivi le roi dans sa retraite, prit sous ses ordres de la cavalerie que Giovanni della Rovere, le préfet de Rome, avait réunie à Sinigaglia, et se rendit avec elle à Soriano, à l'Est de Viterbe. Giulio Orsini, frère du cardinal Gio. Batta, y réunissait de son côté des soldats. Sur le bruit qu’ils firent courir que le

1. Situés dans les environs de Rome et de Viterbe. Anguillara bano. Troilo servit sous le pape Léon X. LiTTA, Famiglia

et Trivignano sur les bords du lac Bracciano, Anguillara au Sud, Savelli, tav. V,

Trivignano au Nord. BurcHARD, vol. I, p. 646 et SANUTO, vol. I, 3. Voir planche XXV.

col. 376. 4. Neveu de Niccolo Vitelli, fils de Giovanni, de Città di Castello. 2. Son père s'appelait Piergiovanni des seigneurs d’Ariccia. . Alexandre VI lui donna la ville de Montone avec le titre de comte.

11 avait un frère du nom de Trojano, qui fut à la solde de 5. Du rameau de Monterotondo, fils de Lorenzo ; il était au ser-

Charles VIII, puis des Aragonais, et un autre du nom de Silvio (?). vice de la Maison de Naples en 1478. Il passa au service des Véni-

Troïilo et Trojano étaient seigneurs de Palombara et princes d’AI- tiens. Durant la guerre de Naples, le duc d'Orléans le fit prisonnier.

pape cherchait l’anéantissement, non seulement de la famille des Orsini, mais du parti guelfe entier, de nombreux auxiliaires se joignirent à eux, et cette petite armée se mit en marche pour délivrer Bracciano. Les pontificaux se portèrent à sa rencontre, une bataille s’engagea dans un défilé près de Bracciano ; les cinq cents Suisses qui combattaient pour le pape eurent d’abord l’avantage, mais bientôt, grâce à leurs piques plus longues, les milices de Vitellozzo mirent en fuite l’armée pontificale qui perdit beaucoup d'hommes et son matériel, sa précieuse artillerie (24 janvier 1497) !. Le duc d’Urbino fut fait prisonnier, le duc de Gandia reçut une légère blessure ; le cardinal Lunate eut une si grande peur qu’il pensa en mourir ?. Le pape conçut de cette défaite un violent chagrin et le désir de traiter.

Le vieux Virginio n’eut pas la satisfaction d'apprendre cette victoire ; il était mort le 19 août dans sa prison à Naples, de la fièvre ou du poison à.

Les Orsini auraient pu profiter de leur succès ; ils tenaient toute la contrée au Nord de Rome et rien ne leur eût été plus aisé que de donner la main aux Français d’Ostie où commandait un capitaine espagnol #, quelque peu pirate, Menno de Guerra, et avoir ainsi le pape à leur merci ; cependant, ils hésitèrent ; on n’osait pas s’aventurer jusqu’au bout.

Cependant le pape se crut perdu et songea à recourir à l’aide de Prospero Colonna et de Conzalve de Cordoue lequel venait d'arriver en Italie, mais ses conseillers intimes, les envoyés vénitiens, tout son entourage, lui persuadèrent au contraire de s'entendre avec ses adversaires « dans l'intérêt de la paix de l'Italie et par affection pour Venise ». Le cardinal Carafa s’entremit et un arrangement fut conclu le 5 février 1497 5, dont le cardinal Sanseverino porta l'instrument à Bracciano. Il stipulait que tous leurs châteaux seraient restitués aux Orsini moyennant une indemnité de 80 000 ducats $ ; il leur était permis de rester au service du roi de France ; les fils de Virginio seraient relâchés de leur prison de Naples. Le pape ne jugea pas à propos de rien stipuler en faveur du duc Guidobaldo d’Urbino, soit qu’il lui tint rigueur de sa défaite, soit qu’il le considérât comme dangereux maintenant qu'il devenait inutile. Il dut payer de ses deniers une rançon élevée ?.

Le corps de Virginio fut ramené par ses fils de Naples à Bracciano et enterré à Cerveteri avec beaucoup d'honneur.

Le coup était manqué cette fois, mais ce que le duc de Gandia n'avait pu faire, le duc de Valentinois devait le réussir. D’ailleurs ceux qu'il voulait détruire allaient lui faciliter la tâche en s’entredétruisant sans merci.

1. La date de la bataille est donnée diversement selon les auteurs ; vice de la France. On le désigne sous le nom de Minaido. GrEGOoRovIUSs dit le23, BURCHARD le 24, SaNuTole 25 et BALAN le 26, 5. En janvier, dit l’envoyé vénitien, il ne songeait qu’à la des- 2. Il mourut le 8 août suivant, âgé de quarante-cinq ans. truction des Orsini. 3. On admettait rarement à cette époque la mort naturelle, tant 6. Ou 50 000 ducats, dit GREGcoroOvIUS, VOL IV, p. 82; SicISMONDI les empoisonnements passaient pour fréquents. Au surplus, les dit 80 000. morts brusques des hommes politiques semblent toujours suspectes. 7. GuicciARDiIN: l'estime à 40 oo0o ducats, Giovio à 70 000, 4. Ou Français. Son frère s'appelait Gratien, il était au ser- d’autres à 80 000,

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