‹ Une cour princière au Vatican pendant la RenaissanceChapitre 105 sur 203 · GUERRE ENTRE LES ORSINI ET LES COLONNA · texte numérisé non relu

GUERRE ENTRE LES ORSINI ET LES COLONNA

Les Orsini et les Colonna, à qui la crainte des Borgia aurait dû faire oublier leur animosité, se détestaient autant que jamais ; lors des fêtes du Testaccio de l’année 1490 (février) ils arrivèrent à Rome les uns et les autres avec leurs gens tout armés, comme s'ils voulaient en venir aux mains. Pas un Espagnol ne parut, car c’eût été son dernier jour, dit le correspondant du marquis de Mantoue. Bientôt la guerre éclata entre eux. Le prétexte de la querelle fut le château de Torre di Castello ou Torre Matia, situé sur la voie Latine, près d’Anagni, que les Français avaient enlevé aux Conti !, alliés des Orsini, pour le donner aux Colonna. Un arbitrage avait été proposé, mais les Conti répondirent qu’ils avaient été dépossédés de fait et qu’ils demandaient à être réintégrés de fait. Après, on verrait à discuter la question de droit.

Giacomo de’ Conti ? entreprit de se ressaisir de cette place; il y réussit sans peine, mais il jouait un jeu dangereux, car les Colonna disposaient en ce moment de fantassins et de cavaliers en grand nombre et avaient l'appui du roi de Naples. Ils attaquèrent le bourg de Zancato * qui appartenait à Giacomo, y tuèrent deux cents personnes et y mirent tout à feu et à sang ; de là, ils se dirigèrent vers Torre di Castello. Deux canons français longs « qui auraient renversé des murailles d’airain » mirent le château en ruine et tuèrent presque toute la garnison; au bout de deux jours, les assiégés capitulèrent.

Les Colonna se proposaient d’anéantir complètement leurs adversaires, car les Orsini se seraient trouvés sérieusement affaiblis par leur ruine. Ils rasaient leurs villages, détruisaient leurs moulins, bien qu'ils fussent protégés par des tours, afin de les réduire par la famine, pillaient et ravageaient. La ville d’Ariccia près d’Albano, qui appartenait à Troiano, partisan des Orsini 4, fut attaquée et réduite en cendres grâce à l’intervention de Troilo et de Bartolomeo d’Alviano. Il en fut de même de Cretone, écart de la commune de Palombara 5 ; Troiano et son frère Silvio tombèrent aux mains des Orsini et la ville fut brûlée. Les habitants des pays voisins s’enfuyaient dans les bois, emmenant leur bétail ; les Colonna détruisaient leurs maisons 6.

Les Orsini voyaient avec désolation et inquiétude leurs alliés ainsi maltraités. Ils réunirent le plus d'hommes qu’ils purent à Monticelli et marchèrent à la rencontre de leurs ennemis qui revenaient en triomphe de Cretone, chargés de butin. Fabrizio et Prospero Colonna, secondés de Caracciolo 7, les commandaient ; ils possédaient des fauconneaux qui firent des ravages parmi les troupes des Orsini marchant en rangs serrés ;

1. Les châteaux desConti étaient voisins de ceux des Colonna, d’où des conflits incessants et un rapprochement entre eux et les Orsini.

2. Giacomo Antonio de’ Conti, neveu de cardinal, archevêque de Conza. Voir F, CoNTELORI, Romanorum, Rome, 1650.

3. Situé dans le district de Palestrina et qui appartenait aux Conti depuis le pontificat de Martin V,

Genealogia Famihiæ Cosmitum

4. Les Savelli tenaient pour les Colonna, mais Troiano s'était séparé d'eux.

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