‹ Une cour princière au Vatican pendant la RenaissanceChapitre 106 sur 203 · SPOLÈTE. — BRACCIANO · texte numérisé non relu

SPOLÈTE. — BRACCIANO

SPOLÈTE AUTREFOIS. Cabinet des Estampes.

LE CHATEAU ET LA VILLE DE BRACCIANO AUJOURD'HUI. (Phot. Moscioni.)

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tous les coups portaient. Plus de cent prisonniers, dont Carlo, le fils naturel de Virginio, demeurèrent aux mains des Colonna. C'était le jeudi 31 mars 1408, jour où le pape proclamait à Saint-Pierre, selon une coutume depuis longtemps abandonnée, la bulle Zn Cœna Domini, maudissant les hérétiques et les ennemis de l’Église. Du péristyle de la basilique, l’on distinguait au loin les collines de Tivoli et de Monticelli au pied desquelles se passait cette bataille; plus d’un, quand on connut la bataille, fit, comme Sigismondo dei Conti, la réflexion qu’on avait assisté sans le voir à un événement capital.

Exaltés par leur victoire, les Colonna vinrent attaquer les châteaux des Orsini situés dans les environs de Tivoli; leurs terribles canons leur assuraient partout la victoire. Les châteaux se rendaient les uns après les autres. Il en fut de même de ceux des Conti; Lugnano, Torrecchia, Montalto au Sud de Rome, tombèrent au pouvoir des Colonna, soit par la fuite des habitants et des défenseurs, soit par la force des armes. Le bourg de Patrica, dans la délégation de Frosinone, semblait imprenable, mais les gros canons, hissés dans la montagne, en eurent raison et les Colonna firent de la garnison un massacre effroyable. « Jadis, murmuraïient les vieux Italiens, on se battait pour la gloire, et maintenant pour le sang. » Il y avait un peu de vrai dans cette accusation. Le temps des batailles d’Anghiari n’était plus. Charles VIII disait à l'ambassadeur Antonio Lorédan !: « Vous, Vénitiens, êtes gens prudents, vous abondez en richesses, mais vous manquez de cœur dans les entreprises. Vous avez trop peur de la mort. Nous, nous entreprenons de faire la guerre avec la résolution de vaincre ou de mourir.» On accusa plus tard les Gascons de César d’avoir introduit ces mauvaises habitudes (1503).

Le parti guelfe était consterné. Toutefois, l’union se fit bientôt contre les Colonna, de même que naguère contre les Orsini ; de toutes parts leurs ennemis accoururent ; 1l en vint de Pérouse, de Spolète, de Città di Castello, par bandes de cent, deux cents, voire cinq cents hommes. On se mit à fondre des canons « à la française » dansle château de Bracciano. Palombara fut assiégée. Troiïlo défendait la place avec des soldats espagnols et suisses dont on admirait l’activité, le courage et l'amour des dangereuses aventures.

La guerre traîna une année encore puis, comme toujours, les adversaires, après des escarmouches, des combats et des attaques de places plus ou moins heureuses, en vinrent à un compromis ; à la demande du pape, un citoyen romain, Alessandro Boccabella de la vieille bourgeoisie citadine, s’entremit, et les deux partis « se serrèrent la main au lieu même où devait se livrer le suprême combat » (23 juilet 1498).

Si Alexandre VI était ainsi intervenu, ce n’était pas assurément par compassion ni par humanité, mais afin de ne pas permettre aux uns ou aux autres de devenir trop puissants par l’écrasement de leurs rivaux. Il connaissait la formule : Divide ut imperes.

Y avait-il, à dire le vrai, quelque chance que les deux familles s’unissent contre l'ennemi commun? Un libelle affiché sur la porte de la Bibliothèque du Vatican leur en donnait le conseil, mais leur haïne séculaire garantit le pape de ce danger.

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