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L'OUVERTURE DE LA PORTE SAINTE. — LES PÈLERINS

EPUIS quelque temps, la Curie préparait le prochain Jubilé, celui de l’an 1500, qui était le huitième. Deux bulles avaient été publiées, le 12 avril 1498: Consueverunt…., et le 13 janvier 1499: Pastoris œterni, annonçant cette faveur ; l’évêque de

Modène avait été chargé de rédiger les termes de cette dernière bulle dont la substance avait été déterminée en consistoire; les autres indulgences et dispenses furent supprimées, afin de diriger vers Rome tous ceux qui en sollicitaient. En décembre 14099 le pape convoqua les pénitentiaires de Saint-Pierre et conféra avec eux pendant plusieurs heures touchant « l'exonération des consciences et le salut des âmes de fidèles », il détermina avec eux les conditions dans lesquelles s’exercerait leur ministère ; des pouvoirs extraordinaires leur furent attribués ?.

On nettoya les parvis des quatre basiliques, Saint-Pierre, le Latran, Sainte-Marie- Majeure, Saint-Paul-hors-les-Murs, et on en chassa les mendiants et les marchands qui les encombraient ; un grand coffre fut commandé pour recevoir les générosités des fidèles et les sommes qu’ils auraient à verser pour se faire dispenser de quelques-unes de leurs obligations, notamment de celles relatives au nombre des visites exigées. Ce coffre était fermé de trois fortes serrures dont trois prélats avaient les clefs. Comme la porte des quatre basiliques devait demeurer ouverte jour et nuit, il fut décidé que des gardiens « hommes pieux» seraient chargés de les parcourir incessamment afin de s’assurer que

1. Outre les chroniqueurs et les sources citées précédemment, Rome 1900, — VirGINIo PRiINZIVALLI, Gli Anm santi, Rome, voir THURSTON, HERBERT, The holy year 0] Jubilee, Londres, 1900. 1899. — Mani, Storia degli anni santi, Florence, 1750. — — Le cardinal SrxranescHi, De Anno Jubileo dans Bibliotheca BALDASSARRI, Cristiano Pellegrinante in Roma fatlo pratico del l'atrum de La Bignes, Paris, 1610. — Apparato di Notisie su giubilo, Rome, 1700. — Moroni, Dis. Eccles., vol. II. gli Anni santi, diviso in tre parti, Storica, Polemica, Itineraria, 2. RAYNALDUS, an, 1499, XXIX, Défense aux cardinaux de Rome, 1824. — Sac, D. Quarrroccui, L'Anno Santo del 1300, s’absenter,

rien d’incorrect ne s’y passait. Un entrepreneur de maçonnerie qui travaillait pour le Saint-Siège depuis bien des années, Tomasso Matraccio, fut chargé d’amincir le mur que le souverain pontife était censé abattre pour ouvrir la Porte Sainte.

Le 22 décembre 1499, quatrième dimanche de l’Avent, la bulle pontificale Znéer causas multiplices, proclamant l’ouverture prochaine de l’année sainte, fut lue dans les rues de la ville par des hérauts montés sur des mules, d’abord en latin puis en italien, avec sonnerie de trompettes avant et après la lecture.

La veille de la Noël eut lieu la cérémonie de l’ouverture de la porte dorée qui inaugurait le jubilé et en était la cérémonie principale. Les cardinaux, revêtus de leurs costumes de gala comme ils en avaient reçu l’ordre, s’assemblèrent dans la chambre du Perroquet ; à chacun fut remis un cierge de cire blanche de trois livres ; les autres prélats en reçurent de deux livres. Le pape arriva, portant les ornements pontificaux ; on posa sur sa têtele trirègne, puis il s’assit sur la sedia et le cortège se mit en marche : dans la main gauche, il tenait un cierge doré et décoré; de la droite, il bénissait ; au-dessus de sa tête, on portait un somptueux baldaquin. Des chantres psalmodiaient autour de lui des hymnes et des antiennes : Aperite mihi portas justiciæ. — Jubilate Deo….. Le cortège sortit dans cet ordre de la basilique par la porte centrale, la célèbre porte de bronze et, tournant à gauche, arriva devant la place où la porte devait être ouverte. La véritable Porte Sainte, celle qu’on aurait dû ouvrir, se trouvait près de la chapelle où était conservé le Saint Suaire 1, mais la croyance populaire, dit Burchard, la plaçait ailleurs, à l'endroit où le maître des cérémonies arrêta le cortège, carilcraignait, en détrompant les Romains, « de diminuer leur foi».

Le pape descendit de sa litière et s’apprêta à faire le simulacre de démolir le mur.

Le maître maçon lui remit un marteau d'argent, symbole de sa puissance ?, avec lequel il frappa quelques coups sur le mur, puis il remonta dans sa chaise ; les maçons se mirent aussitôt au travail, tandis que les chantres répétaient des chants composés pour la circonstance.

Nul ne devait franchir la porte avant le souverain pontife, sous peine de mort ; le gouverneur de la ville et le « capitaine de la porte du palais » veillaient à l’observation de cette défense ; or un ouvrier l’oublia dans l’ardeur deson travail, et c’est à peine si Burchard et les autres eurent le temps de détourner la tête afin de ne pas le voir. Au bout d’une demi-heure l'ouverture était dégagée. Des plaques de marbre avaient été préparées pour former le chambranle de la porte, qui était assez grande, ainsi que l’avait ordonné le souverain pontife, bien que le Christ ait dit qu’il convenait d’entrer dans son royaume par une porte étroite. Sur le linteau étaient gravés ces mots:« Ici est la maison de Dieu et la porte du Ciel.» Le pape s’agenouilla sur le seuil, pria et, s’étant relevé, s’avança

1. Nicolas Muffels en parle dans la relation de son voyage à Rome où existe actuellement la Porte Sainte. Voir Armellini, p. 727.

en 1452, Tübingen, 1876. Cette chapelle datait du pontificat de 2. Dans l’Apocalypse, III, on lit : « ilouvre et personne ne ferine, Jean VII, vers 705. Cf. TIBERII ALPHARANI, De Basilicæ Vaticanæ il ferme et personne n’ouvre. » C’est pourquoi le souverain pontife antiquissima et nova structura, Rome, 1914. procédait lui-même à l'ouverture et à la fermeture de la Porte

La chapelle de la « Véronique » se trouve près de l’emplacement Sainte. Voir p. XXVI et art. de Marquet de Vasselot,

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