‹ Une cour princière au Vatican pendant la RenaissanceChapitre 114 sur 203 · PET OA · texte numérisé non relu

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jusqu’au centre de la nef, soutenu d’un côté par Burchard, de l’autre par le collègue de celui-ci, Bernard. Les cardinaux, précédés d’un crucifix, le suivirent en tumulte. Un service eut lieu. Quand il fut achevé, les cardinaux désignés se rendirent dans les autres basiliques pour y ouvrir de même les portes saintes.

Toutes les cloches de la ville devaient sonner pendant ces cérémonies, mais seul le bourdon du Capitole se fit entendre. Il régnait toujours un certain désordre dans la célébration des fêtes à Rome.

Le même jour fut livrée à la circulation la nouvelle voie que le pape avait fait percer entre le château Saint-Ange et la place Saint-Pierre, afin de suppléer à l’insuffisance des voies d’accès. Elle prit le nom de Via Alessandrina et s'appelle actuellement Borgo Nuovo. Le cardinal Riario, grand bâtisseur pour son compte, avait été chargé de conduire les travaux ; il s’acquitta si bien de sa tâche qu’en huit mois l’opération fut achevée (avril-décembre 1499). La Meta fut à peine entamée ; il était réservé à Jules IT de détruire ce curieux monument.

La rue du Borgo Vecchio fut barrée pour accoutumer le public à passer par la nouvelle voie, car le pape voulait qu’on la fréquentât. Par la bulle Efsi universis il accorda les avantages que Sixte IV et lui-même avaient promis à ceux qui construisaient des maisons dont « l’aspect était un ornement pour la ville» 1.

Afin de satisfaire aux vœux des fidèles, il fut décidé que les chefs de saint Pierre et de saint Paul seraient exposésle samediau Latran où ils étaient conservés dans unechâsse d’une richesse inouïe ? et qu’il en serait de même du Saint-Suaire le dimanche à Saint-Pierre.

Une des premières pénitentes fut Lucrèce, qui se rendit au Latran le 1*T janvier 1500. Cinquante cavaliers la précédaient, cinquante la suivaient, le mari de Giulia Farnèse chevauchaït à sa droite, son mari Alfonso d'Aragon à sa gauche. Une foule de jeunes femmes et de gentilshommes s'étaient unis au cortège. Le pape se rendit au château Saint- Ange afin de voir passer sa fille au milieu de cette brillante troupe et il lui donna, comme de coutume, sa bénédiction.

Dès l’abord, il vint beaucoup de pèlerins dont quelques-uns arrivaient de fort loin, des Flandres, de Hongrie, de Portugal.

Un camaldule se réjouissait de constater tant de piété dans un monde si corrompu à. Le duc de Sagan, âgé de quatre-vingt-onze ans, vint de Silésie. Copernic se trouve au nombre des pèlerins, maïs ce ne fut pas uniquement en vue du salut de son âme qu’il se rendit à Rome. L'étude de la peinture et le désir de s’instruire l’avaient amené en Italie dès l’année précédente, il s'était fait inscrire à Bologne à l’Université comme étudiant polonais et y avait suivi les cours ; c’est ensuite qu’il vint à Rome.

En l'absence du professeur d'astronomie, il prit sa chaire à la Sapienza durant le second semestre de l’année scolaire 1499-1500, mais à titre privé ; son cours fut très suivi 4

1. Bullarium, vol. V, p. 273 et 377. Publié en 1565, Blado. 4. Il eut entre autres comme auditeur le cardinai Farnèse 2. Voir le volume précédent, p. 51. son ouvrage De Revolutionibus Orbium (1543) lui est dédié, 3. Petrus Dephinus dans Raynaldus an, 1500 I, Le cardinal était devenu alers le pape Paul III

Il avait vingt-sept ans. Pendant son séjour, le 6 novembre 1500 1! eut lieu une éclipse de lune qu’il observa ?.

Les pèlerins, quoique nombreux, ne l’étaient pas assez au gré du pape qui se plaignait, en avril, que le jubilé ne lui rapportait pas suffisamment. À vrai dire, d’aucuns redoutaient d’aller en une ville où il était tout-puissant. Lorsque Elisabetta Gonzaga, femme de Guidobaldo d’Urbino, manifesta l'intention de se rendre à Rome, son entourage se montra très inquiet ; elle se logea, pour plus de sûreté, chez le cardinal Savelli et repartit aussi vite qu'elle le put.

Le pape n'était pas le seul danger à craindre. La ville était mal sûre, les attentats se multipliaient ; chaque jour des prélats, des pèlerins, des habitants disparaissaient.

Le 27 mai 1500, dix-huit hommes furent amenés sur le pont Saint-Ange pour y être pendus, à cause de leurs crimes, maïs les potences avaient été si mal plantées que la plupart tombèrent et il fallut recommencer l'opération, car on tenait absolument à montrer aux cardinaux que justice avait été faite. Un édit de juillet défendit que quiconque portât des armes dans le quartier du Borgo. On pendit aux créneaux du château Saint-Ange un médecin de l’hôpital du Latran qui tuait ses malades à coups de lancette pour s'emparer de leur bien. Le confesseur de l'hôpital lui désignait les plus riches.

D'autre part, les routes étaient périlleuses. Comme lors des précédents jubilés, les pèlerins se voyaient détroussés en chemin ou dépouillés dans les auberges. Une bulle datée du 25 février 1500 dut rendre les seigneurs responsables des attentats commis sur leur territoire. Déjà, dit la bulle, plusieurs pèlerins avaient été maltraités, ce qui était des plus préjudiciable à l'Eglise.

Un peu plus tard, l’envoyé français, René, baron d’Agrimont, fut dévalisé entre Viterbe et Montefascone par une bande de Corses, ce qui fut cause que le 24 mai Alexandre VI expulsa de nouveau tous les Corses du territoire romain en leur donnant seulement un délai de quinze jours.

Les coupables furent arrêtés et châtiés.

Néanmoins les fidèles arrivaient sans cesse. Le jour de Pâques, on estima à deux cent mille le nombre de ceux qui s’agenouillèrent autour de Saint-Pierre pour recevoir la bénédiction pontificale. On s’écrasait aux portes. Il fallut décider que point ne serait besoin d’entrer dans les basiliques et qu’il suffirait de prier sur les degrés ou même à l’entour. Vers la fin de l’année, le pape, voyant que les pèlerins ne cessaient de venir et que l’encombrement allait croissant, prolongea de douze jours le jubilé par la bulle Commissum nobis cælitus et réduisit à un seul jour la visite des basiliques.

Plus tard, quand le jubilé fut fini, il en étendit le bénéfice à tous les chrétiens qui, dans le cours de l’année suivante, accompliraient chez eux les dévotions requises 5.

Cette affluence eut une grave conséquence. Rentrés dans leur patrie, les pèlerins

r, Burchard ne mentionne pas ce phénomène. Florence, 1873. — Czynski, Kopernic et ses travaux, Paris, 1847, 2. ARTURO WoLynski, Cenni biografici de Niccolo Cobernico, 3. PasToR, voi. VI, p. 143 n. 2.

racontèrent abondamment ce qu’ils avaient appris ou vu de scandaleux à Rome, et le discrédit du pape s’étendit à toute l'Europe.

Le coffre qui avait été préparé pour recevoir les largesses des fidèles s’emplit. Une petite partie servit à redorer le plafond de Sainte-Marie-Majeure ; c'était là l’accomplissement de la part du pape d’un vœu ancien !. Le reste fut remis à César, qui exigeait de son père des sommes toujours plus fortes pour mener à bien ses desseins.

Le 3 novembre 1500 eut lieu une nouvelle inondation du Tibre, qui fut si forte que l'on ne put gagner le Vatican qu’à cheval ou en barque et que l'ambassadeur vénitien dut s'abstenir de s’y rendre pendant plus d’une semaine. Plusieurs maisons s’effondrèrent dans l’île S. Bartolomeo et près de la Torre di Nona.

Quand eut lieu la fermeture de la Porte Sainte, le jour de l’Épiphanie, le clergé défila par cette porte qui fut ensuite murée.

Le carnaval qui suivit (1501) fut égayé par un nouveau jeu qu’on nomma le jeu du Sarrasin ; un mannequin vêtu à l’orientale était fixé au haut d’une perche qui lui permettait de basculer ; de la main gauche ce mannequin tenait un bouclier; de la droite, deux boules de bois à l'extrémité d’une corde ; les joueurs devaient heurter le bouclier de leurs lances et faire ainsi basculer le mannequin en évitant d’être frappés par les boules.

Il y eut aussi une course de taureaux : plusieurs furent tués, ainsi que quelques hommes.

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