INFEssURA dit par erreur le dimanche 27 avril
grands banquiers comme eux, avaient eu à souffrir des entraves que les Médicis mettaient à leurs opérations ; ils s’en plaignaient ; bientôt, ils devinrent le centre des mécontents.
Dans quelle mesure et de quelle façon Sixte IV songea-t-il à se servir d’eux pour se débarrasser des Médicis, il est impossible de le préciser. Une conversation qu’eut le pape avec le condottiere Gio. Batt. da Montesecco donne quelque lumière à ce sujet. On l’avait choisi pour intervenir au moment opportun ; Girolamo et Salviati le mirent en présence du pape qui dit au comte, dans le cours de la conversation : « Tu es une bête. Je ne veux la mort de personne ; maïs le changement de gouvernement, oui. » Il ajouta qu’il ne convenait pas à son caractère de souhaiter la mort de quiconque et répéta au cours de l’entretien qu'il ne fallait pas tuer Laurent, mais que c'était un fourbe et que, lui disparu, il acquerrait certainement une influence prépondérante à Florence, et par suite dans toute l'Italie centrale. De tels entretiens n’ont de valeur que par ce qu’on ne dit pas, et ilest probable qu’en se retirant, Montesecco savait ce qui lui restait à faire, d'autant plus que le cardinal et le comte avaient pris Montesecco à part en sortant dela chambre du pape et lui avaient expliqué que l'affaire ne pouvait se mener à bien que si l’on supprimait les deux Médicis 1.
Longtemps le gouvernement florentin s'était opposé à l’intronisation de Salviati, qui avait dû demeurer à Rome ; il n'avait gagné Pise que tout récemment pour se rendre presque aussitôt de là à Florence ; le jeune cardinal Riario (il avait dix-huit ans) l'avait rejoint ; fuyant la peste qui avait éclaté à Pise, il était arrivé à Florence et s'était logé chez les Pazzi ; il fréquentait cependant chez Laurent. Tous deux se trouvaient à Florence au moment du crime.
Le pape et Girolamo avaient pris leurs dispositions en vue du soulèvement populaire qu’ils imaginaient avec raison devoir suivre l’assassinat des deux Médicis ; Girolamo s'était porté en avant avec des troupes ; le duc de Calabre s’apprêtait à les soutenir.
L’agitation et peut-être la déception furent grandes à Rome lorsqu'on y apprit que les conjurés n'avaient que partiellement atteint leur but. Sixte IV affecta une vive indignation de la pendaison de l’archevêque Salviati, de la prison du cardinal Raffaele et de la décapitation de Montesecco qui était à son service.
Girolamo, escorté de quelques hommes, força la maison de l’envoyé florentin, Donato Acciaiuoli, et le traîna plus mort que vif au Vatican; le pape, d’ailleurs, le fit mettre aussitôt en liberté ; maïs sa frayeur avait été si grande et il avait ressenti tant de honte du traitement qu'on lui avait infligé qu’il en mourut peu après.
Le coup ayant manqué, il s'agissait maintenant d’abaisser autrement la République florentine ; or, le roi de Naples et le pape étaient prêts à faire la guerre Florence ne l’était pas ; l’occasicn était donc favorable; il fallait en profiter. Le 17 mai 1478, un traité fut conclu entre Rome, Naples et Sienne dont le but avoué était l'expulsion de Laurent.
1. Gino CaPponi, Sioria della Republica di Firenxe, Florence, lui avoir dit qu’il ne voulait pas d’effusion de sang mais qu'il 1875, vol. II, p. 113 et 509. D’après INFEssURA, avant d’être était essentiel que la ville fût prise, aurait ajouté : « Faites du mis à mort, Montesecco fit des aveux à ce sujet. Le pape, après mieux que vous pourrez» (INFESSURA, P. 99).
Le 1e juin 1478, l’anathème était lancé contre lui et la Seigneurie! ; la ville fut menacée d’interdit si, dans le délai d’un mois, elle n’expulsait pas les Médicis.
La bulle d’excommunication contenait les griefs du Saint-Siège : offenses contre la personne de ses représentants, empiétements sur les droits et prérogatives de l’Église, vexations à l’égard des voyageurs venant à Rome, obstacles au transport des denrées destinées à la Curie. Elle fut imprimée et répandue à un grand nombre d'exemplaires afin d’agir sur l'opinion ; en outre, le pape envoya une lettre aux souverains pour leur expliquer sa conduite. Il en était besoin. L'opinion générale ne se montrait pas favorable à Sixte IV. Le roi de France, qui traitait Laurent de Médicis de « mon cousin», reprochait à Girolamo son ambition et à la cour sa corruption ; les Vénitiens « en termes plus doux » mais aussi menaçants, se déclaraient solidaires des Florentins, et le duc de Milan parlait de même ?. L'empereur d'Allemagne et le roi de Hongrie firent également des représentations à Rome.
Laurent se hâta de préparer la lutte ; il avait fait relâcher le jeune Raffaele, qui d’ailleurs avait été bien traité mais fut de longs mois à se remettre de la grande frayeur qu’il avait eue et en conserva longtemps une pâleur extrême ®. Il en appela au prochain concile et conclut alliance avec Venise, Milan, Ferrare et le roi de France. Le 1€ août 1478, les représentants des alliés, dont était Commynes, se réunirent dans le château de Bracciano, qui appartenait à Napoleone Orsini, et ils menacèrent le pape d’un concile qui se tiendrait en France, ce qui ne dut pas l’émouvoir : on n’était plus au temps d’Eugène IV.