‹ Une cour princière au Vatican pendant la RenaissanceChapitre 23 sur 203 · LA CONCLUSION DE LA PAIX · texte numérisé non relu

LA CONCLUSION DE LA PAIX

Le représentant de la banque Médicis à Rome fut appelé devant la Chambre apostolique que présidait le vice-camerlingue et dont la plupart des membres étaient absents « à cause de la peste ».

Lecture lui fut donnée d’un bref par lequel le pape l’exilait de Rome ainsi que tous les membres de la famille Médicis qui s’y trouvaient et lui donnait dix jours pour liquider sa situation. Le dépositaire demanda copie du bref et se retira 5, Depuis quelque temps déjà le pape lui avait enlevé sa clientèle.

Le banquier Centurione et les Spinelli lui succédèrent plus tard (décembre 1478).

Le duc de Calabre, Alfonso 6, et son frère, don Federico Roberto Malatesta, seigneur de Rimini, et Federico, duc d’Urbino?, que le pape avait mis à la tête de ses troupes, pénétrèrent sur le territoire florentin en même temps que les Suisses, acquis au pape, envahissaient le Milanais. Leurs récents succès contre Charles le Téméraire les enhardis-

1. RAYNALDUS, Annales, 1478, $ IV-V. rue de Banchi, comme la plupart des maisons de change. 2. RAYNALDUS, Annales, 1478, $ XVIII. : 6. Il succéda à son père en 1494 et mourut le 19 novembre 3. Il arriva à Rome le 20 juin 1478. 1495.

4. Mémoires, vol. III, p. 30. 7. Fils naturel de Guid’Antonio, comte puis duc d’Urbino,

5. La banque Tornabuoni-Médicis se trouvait dans la mort le 10 septembre 1482.

saient. Les Florentins prirent comme général en chef des troupes alliées le duc de Ferrare, Ercole d’Este, qui avait fait ses preuves. Mais leur armée était peu nombreuse et pauvrement équipée; ses chefs n’avaient pas la valeur de ceux qui conduisaient l’armée pontificale ; en outre, elle était mal aguerrie, car il y avait longtemps que les Florentins n’avaient plus fait la guerre. Aussi les succès des armes pontificales et napolitaines furent-ils rapides au début ; plusieurs places tombèrent : Castellina, Radda, Brolio, Chianciano (Cacchiano) dans le pays de Sienne, ce qui émut beaucoup les Florentins. Le siège de San Savino fut, au contraire, pénible et long ; le duc d’Urbino ne l’emporta que par la ruse (aoûtoctobre 1478).

Cependant, l’hiver étant venu, les adversaires avaient creusé des tranchées et se gardaient bien de s'attaquer, ce qui n’empêchait pas les campagnes d’être copieusement ravagées. Pendant toute l’année 1470, on escarmoucha. À ce moment, on estimait déjà les dégâts à 100 000 florins !.

Laurent de Médicis, inquiet de voir que les Florentins s’irritaient de la longueur de la guerre, prit un parti aussi imprévu que hardi ; il alla par mer à Naples s'entendre avec Ferdinando (6 décembre 1470), car il préférait, disait-il, traiter avec un souverain loyal et dont l’héritier lui était connu, qu'avec un pape fallacieux qui ne songeait qu’à établir ses neveux, dont le règne serait peut-être aussi court que celui de ses prédécesseurs et qui pourrait avoir un successeur ayant de toutes autres idées que lui: Laurent réussit ; il quitta le roi après trois mois de séjour, ayant conclu alliance avec lui (6 mars 1480) ?. Le duc de Calabre dut se retirer de Toscane, frémissant de dépit, car il était aussi avide de gloire que Girolamo de terres et de richesses.

Rien ne pouvait ouvrir les yeux du pape sur les dangers que lui faisait courir la politique ambitieuse autant qu’aventureuse de son neveu. Le 12 août 1480, Antonio Basso della Rovere, le fils de Luchina, sœur du pape, était mort après douze jours de maladie ; l’avant-veille, le pape était venu le voir et s'était efforcé de le réconforter « avec de douces et pieuses paroles » ; il lui avait envoyé ses médecins ÿ. Le lendemain, le comte Girolamo vint, à son tour, lui offrir des consolations ; il trouva sa chambre pleine de visiteurs ; il y avait des ecclésiastiques comme Gherardi da Volterra qui rapporte les faits, des serviteurset sa femme, Caterina Marzano. Devant eux tous, Antonio, n’ayant plus rien à redouter, reprocha à Girolamo, en termes véhéments, tous ses forfaits et tous ses crimes, sa duplicité, son inconduite, sa cruauté, ses dilapidations. La rougeur montait au front des assistants, et la crainte d’avoir entendu de pareils propos les envahissait ; les plus prudents s’esquivèrent. Girolamo l’écouta jusqu’au bout, le visage impassible, le regardant comme s’il le plaignait et l’excusait. Le bruit de cette algarade courut toute la ville et ne put manquer de venir jusqu'aux oreilles du pape.

Des obsèques décentes furent faites à Antonio 4. Il avait épousé, l’année précédente,

1. En janvier arriva une ambassade française pour ménager 3. Sixte IV eut neuf médecins ou archiatri. a paix 4. Plus tard, Sixte IV ordonna qu’il fût enseveli dans le tombeau 2. Le 13 mars, il débarquait à Livourne. de marbre où sa mère, qui mourut huit ans après, fut enterrée.

Caterina Marzano, nièce du roi de Naples. Le pape l'avait comblée de présents. Les fiançailles eurent lieu en sa présence et la cérémonie du mariage fut célébrée aussitôt. On banqueta joyeusement. Ces fêtes se passèrent dans le palais où était mort peu avant le cardinal Ammanati et que le cardinal Girolamo Basso, frère d’Antonio, avait loué des Frères célimontains 1, héritiers du cardinal. « Ainsi, dit le diariste, cette demeure passa de la tristesse aux ris, car ainsi le veut la vie humaine. »

Peu après, Girolamo devint seigneur de Forli. N'ayant plus rien à faire en Toscane, il avait porté ses vues ailleurs. Pietro ou Piero Ordelaff, seigneur de Forli, était mort le 10 février 1480, ne laissant qu’un fils naturel qui mourut presque aussitôt ; le peuple saisit cette occasion de rejeter un joug qui lui pesait et fit appel au Saint-Siège, mais Sixte IV, sans nul doute à la demande de son neveu à qui Pesaro venait d'échapper, envoya le duc d’Urbino qui prit possession de la ville, sut circonvenir la veuve d’'Ordelaff et, de concert avec elle, établit le 4 septembre 1480, comme seigneur de la ville, Girolamo, qu'un parti réclamait d’ailleurs comme gouverneur ?.

Le 8 septembre, il était nommé capitaine général des troupes pontificales, à la place de Napoleone Orsini, mort à Vicovaro, le 2 septembre précédent (1480).

Cependant les événements se précipitaient et allaient imposer la paix.

Le 11 août 1480 à, un audacieux coup de main avait mis les Turcs en possession du port d’Otrante. L'Italie fut en alarmes. Sixte IV envisagea un départ précipité pour la France. Devant un tel péril, l'abandon de querelles intestines s’imposait. D'ailleurs, le 7 octobre 1480, Ludovic le More s’empara du pouvoir à Milan et tenta aussitôt un rapprochement avec le roi de Naples. Le pape se voyait abandonné et restait seul à continuer la lutte. La paix fut donc conclue entre lui et la République florentine. Et ce fut celle-ci qui s’humilia ! Douze citoyens de marque, Francesco Soderini, Gino Capponi, Luigi Guicciardini.. vinrent à Rome (25 novembre) ; le pape les reçut à Saint-Pierre, assis sur un trône couvert de pourpre, devant la porte de bronze qui était fermée (3 décembre).

Luigi Guicciardini prit la parole comme chef et doyen de l’ambassade 4 ; le pape lui répondit en rappelant les crimes des Florentins et en les exhortant à se mieux conduire à l’avenir 5 ; après quoi, les chœurs entonnèrent le Miserere ; à chaque verset, Sixte IV touchait d'une baguette successivement chacun des représentants agenouillés devant lui ; le chant fini, la porte s’ouvrit à deux battants et les représentants furent admis à entrer.

Dans les derniers jours de l’année, une nouvelle inondation désola la ville ; l’eau monta si haut que le château Saint-Ange fut presque entouré. On craignit une disette, comme en 1476, et le pape fit garnir les greniers d’abondance ; cette mesure de prévoyance

1. Frères de saint Paul, l’anachorète. Ils possédaient l’église THEINER, voi. III, p. 194, n° 116. — VOLTERRANO, p. 25, L. 4. S. Stefano Rotondo surle mont Cælius, d’où leur nom,et avaienteu 3. La date varie suivant les chroniqueurs, 9 ou 13 août. Le 11 panaguère fort mauvaise réputation. raît cependant être la vraie date. Voir GHERARDI, p. 22 (MURA-

2. Le bref d’investiture est du 3 août. Depuis le 25 sep- Tori, nouvelle édition). tembre 1477, le pape avait accordé à son neveu le droit de 4. Il avait soixante-dix ans. Sa situation était considérable frapper monnaie à Imola. Il en faisait un prince indépendant 5. RAYNALDUS, ad. an., $ XXXIX.

donna lieu, comme précédemment, à des récriminations populaires et à des soupçons provoqués peut-être par des abus. Il n’en saurait être autrement.

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