‹ Une cour princière au Vatican pendant la RenaissanceChapitre 24 sur 203 · LA VIE A ROME. — TRANSFORMATIONS DE LA VILLE · texte numérisé non relu

LA VIE A ROME. — TRANSFORMATIONS DE LA VILLE

La guerre n’avait pas interrompu, à Rome, la vie de plaisir qu’on y menait. Le pape, qui s'était éloigné de nouveau durant l'été à cause de la peste, revint le 17 septembre 1478. Les fêtes, les banquets, les distractions recommencèrent pendant des moisi.

Le 22 mars 1480 arriva à Rome le prince Ernest, électeur de Saxe Lawembourg ?, accompagné de Guillaume, duc de Brunswick, et de Guillaume IV, comte de Henneberg, qui mourut dans l’année ; ils étaient suivis de deux cents cavaliers environ. Tous portaient des vêtements noirs avec un manteau blanc de pèlerin. Le pape alla à leur rencontre jusqu’à la place Del Popolo et donna au prince de Saxe la rose d’or ; en outre, il le fit placer, dans les cérémonies, tout de suite après les cardinaux, comme un souverain ?. Le 12 avril 1480, Girolamo lui offrit le divertissement d’une chasse luxueuse, comme on commençait à en donner. Les cardinaux et les princes qui y prirent part étincelaient de pierreries et leurs vêtements reluisaient d’or ; ils se faisaient suivre de levriers, de serviteurs, de chevaux, de léopards transportés sur des chevaux. Les bourgeois, les boutiquiers et les ouvriers, abandonnant leurs occupations, accoururent en foule pour jouir du spectacle. La chasse eut lieu à quelques milles seulement de Rome, dans la villa Magliana, dont les Della Rovere avaient fait un magnifique rendez-vous de chasse et où Léon X se plut tant à habiter quelque trente ans plus tard. On y dîna au bruit des cors et des trompettes, des hurlements des chiens et des cris des piqueurs, mais sans ce désordre, dit le chroniqueur (Jacobo da Volterra), qui est habituel à ces sortes de réunions.

L’électeur et ses compagnons repartirent le 14 avril 1480.

La chasse était de plus en plus un des plaisirs favoris des prélats.

Le 1°T mars 1481, les jeux agonaux eurent lieu sur la place Navona, comme de coutume. Durant la nuit qui suivit, la ville retentit des aboiements des chiens, d'appels de cors et des cris des chasseurs qui se préparaient à une grande battue organisée pour le lendemain par le vice-camerlingue Bartolomeo Marasca # et par Girolamo Riario ; malgré tous ces préparatifs et soixante rabatteurs, on ne rapporta que deux cerfs ; en revanche, quantité de lapins et de lièvres furent capturés. Dans l'après-midi eut lieu un plantureux festin.

Cependant, la transformation de la ville commençait. Infessura fixe au 8 janvier 1480

1. La reine Charlotte de Bosnie était morte le 25 octobre 1478, 2. Surnommé le Religieux. Mort en 1486. laissant son royaume au Saint-Siège qui ne chercha pas à faire 3. RoricT, Deutsche Pilgerreisen nach dem Heiligen Lande valoir ses droits. Elle avait cinquante-quatre ans et séjournait Gotha, 1880. à Rome depuis 1466. Sa tombe se trouve dans l’église S. Maria 4. Evêque de Citta di Castello ; il mourut en 1479. Voir For-

Aracœli. FoRCELLA, vol. I, p. 147 et 541 CELLA, vol. VI, p. 44, n° 84.

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RC Ar ES

FLAMBEAU. VASE AYANT SERVI DE BÉNITIER. MOUCHETTE. Musée du Louvre. (Phot. Giraudon.)

UNE CoUR PRINCIÈRE AU VATICAN. PL 6, page 40.

la date des premiers travaux. En réalité, il y avait longtemps qu’ils avaient commencé, comme on l’a vu.

La Via Sacra avait été pavée, les réparations du Capitole, du Vatican, de Saint- Pierre étaient en cours. Des travaux avaient été faits aussi au château Saint-Ange ; on y avait placé, par exemple, une porte « pour qu’on ne puisse pas y entrer la nuit » ! Il en coûta 5 florins. En même temps, le pape dépensait 583 florins pour des étendards en or et en soie peints à ses armes et à celles du peuple romain ; ils étaient destinés au château Saint-Ange. Thomas, évêque de Saïint-Pol-de-Léon, gouverneur, reçut I 330 florins pour des réparations.

Il n’en est pas moins vrai que ce fut à partir de la visite du roi Ferdinando que le pape s’occupa activement de la restauration desa capitale. Un flatteur, paraphrasant une parole fameuse, dit qu’il l’avait reçue de boue et la laissa de briques. En fait, son œuvre fut considérable.

Sixte IV avait la Vierge en vénération particulière. C’est pourquoi il fit reconstruire d’abord plusieurs des églises placées sous son vocable : l’église S. Maria del Popolo à laquelle il annexa un grand couvent pour les moines Augustins, l’église S. Maria della Pace où sont les Sibylles de Raphaël, S. Maria della Consolazione (1472), S. Maria in Aracoeli. Il fit réparer ou reconstruire S. Vito in Macello (1475), S. Salvatorein Trastevere (1475), S. Pietro in Montorio (1483), S. Susanna, S. Vitale, SS. Cosma et Damiano qui reçut un campanile (1482), SS. Nereo ed Achilleo (1471-1472), S. Balbina. La basilique du Latran fut remise en état. Les bas côtés, qui avaient fortement souffert au cours de divers incendies, furent dallés. Le palais fut également l’objet de la sollicitude du pape !.

La Via Sistina, qui est devenue le Borgo S. Angelo, fut ouverte. Les brèches du mur d'enceinte, devenues nombreuses, furent réparées ; l’aqueduc qui amenait l’Aqua Virgo fut rétabli et alimenta la fontaine Trevi ; certains égouts furent reconstruits en partie ou totalement ainsi que le Tabularium, au Capitole, où l’on entreposait le sel. Le cheval de Marc-Aurèle, qui se trouvait près du Latran, et gisait à terre, dans un état pitoyable fut redressé et restauré; Nardo Carbolini et Leonardo Guidocci eurent ce soin ; les derniers payements eurent lieu en décembre 1474, le travail étant achevé : il avait coûté plus de 600 florins ?. Une inscription rappela l'intervention du pape avec l’exagération coutumière. C’est peut-être alors que cette belle statue équestre, une des rares statues de bronze qui nous soit restée de l’antiquité, fut placée à l'endroit qu'occupe actuellement l’obélisque. Un tableau de Filippo Lippi la représente à.

Les expropriations se succédaient ; il en fut de fort coûteuses ; en l’année 1480, l’une s’éleva à 500 florins, l’autre à 1 670.

Les cardinaux se piquaient, on l’a dit, de prendre exemple sur le pape ; les

1. ForcELLA, vol. XIII, p. 85, n° 110, inscription de 1480. 2. PH. LAUER, Le Palais du Latran, Paris, 1911, p. 201. Des sommes de 250 à 500 florins étaient affectées à cet objet. 3. Fresque dans l'église S. Maria sopra Minerva, chapelle de Le balayeur recevait un florin par mois, payé d’avance. Saint-Thomas d’Aguin. Voir Le Capitole romain, p. 75.

héritiers du cardinal Torrecremata, mort en 1468, tinrent eux-mêmes à honneur de faire quelque chose ; ils consacrèrent 323 florins à l’église S. Maria sopra Minerva.

Le cardinal d'Estouteville, malgré ses soixante-quinze ans, avait entrepris de remplacer une vieille chapelle consacrée à saint Augustin par l’église qui existe encore, et les Romains s’émerveillèrent de la hardiesse de ce vieillard qui n’hésitait pas à entreprendre une œuvre aussi longue. Cependant, il vécut assez pour en voir l’achèvement. La façade en est de travertin enlevé au Colisée (novembre 1478).

Son activité, son zèle, sa compétence et son goût lui firent confier par le pape la surveillance de tous les travaux ordonnés par lui.

Les magistri ædificiorum ou maestri di strada les dirigeaient. La bulle Etsz de cunctarum, publiée le 30 juin 1480, étendait singulièrement leurs pouvoirs ; ceux qui laissaient leurs maisons vacantes pouvaient être obligés par eux à les céder à leurs voisins si ceux-ci s’engageaient à en construire de plus spacieuses et de plus décoratives ; ils avaient le droit d’abattre les maisons qui gênaient l’élargissement des places ou la rectification des rues sans que leurs propriétaires, quelle que fût leur qualité, pussent s’y opposer. Le salaire des maestri di strada était de 100 florins par an.

Cette extension de leurs pouvoirs faisait d’eux des personnages importants ; ils voulurent se donner plus d’autorité encore en s’unissant. Ils rédigèrent donc des statuts que le souverain pontife approuva, comme c'était la coutume ; les maestri di strada S'y attribuaient le privilège de porter l'épée, de s'approprier la moitié des amendes qu’ils infligeraient et de percevoir quatre deniers par livre sur les estimations et partages auxquels ils présideraient !.

Sixte IV soutenait énergiquement les maestri di strada ; il fit jeter en prison un membre de la famille Cenci qui s’opposait à la démolition de sa maison et ordonna qu’on la rasât en sa présence.

Certes Sixte IV, que Flaminio Vacca qualifie de Gran Fabbricatore, fit beaucoup pour rendre sa capitale plus habitable. Cependant, les architectes qu’il chargea de ces travaux sont de second plan ; on ne connaît guère leurs noms que par les livres de comptabilité du Saint-Siège : ce sont Meo del Caprino, Giacomo da Pietrasancta, Giovannino de’ Dolci. Giuliano da San Gallo semble aussi avoir travaillé pour Sixte IV ; deux autres Florentins, Antonio et Francesco Lori, furent employés à la reconstruction de la fontaine Trevi. Parmi les maîtres maçons ou architectes ? lombards, Gratiadio travailla à l’édification du palais de S. Pietro in Vincoli ; il bâtit à côté de la Bibliothèque vaticane le logement de Platina et contribua à la restauration du toit de la basilique de Saint- Pierre et à la transformation du Vatican, travaux dont il dut attendre fort longtemps le payement. Francesco di Giovanni di Boxi travailla aux boiseries de la Bibliothèque.

Sixte IV attira à Rome des artistes de toutes les régions de l'Italie ; il en vint aussi

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