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MORT DE MAHOMET II. — RÉJOUISSANCES. — CRIMINALITÉ

Le samedi 2 juin 1481 ?, la nouvelle arriva à Rome que le grand Turc était mort le 3 mai précédent. Depuis deux ou trois jours, on le murmurait, maïs il fallut, pour qu’on crût le bruit fondé, que des lettres plombées de Venise, envoyées par le Sénat le 29 mai, vinssent le confirmer 4

La joie fut si grande que le messager qui avait apporté ces lettres reçut du pape un cheval blanc avec un harnachement en or, en argent et en soie. Les lettres ajoutaient que de grands désordres avaient éclaté à Constantinople, que l'anarchie y régnait, que de hauts personnages avaient péri.

Le pape se rendit aussitôt à son église préférée, à Santa Maria del Popolo, y officia en personne, et bénit le peuple puis, plein d’allégresse, il s’en retourna au Vatican en faisant un long détour par le Corso, le Campo di Fiore et la Via de’ Banchi, afin de partager sa joie avec la population. Durant trois jours il y eut des réjouissances ; la Patarina 5 sonna sans relâche et les cloches des églises lui répondirent ; le château Saint-Ange tira des salves, la ville fut illuminée. On ne songeait pas que, si le grand Turc était mort, il restait le Turc.

Ces manifestations se renouvelèrent quand, le 13 septembre 1481, on apprit la reddition de la ville d'Otrante. Bon nombre des Turcs qui en composaient la garnison passèrent au service du roi de Naples et devinrent redoutables à ses ennemis sous le nom de janissaires.

Cependant Girolamo Riario était inquiet : son oncle souffrait plus que jamais de la goutte ; une crise qui survint en juin 1481 mit ses jours en danger ; on le crut du moins dans son entourage et quelques cardinaux se préoccupèrent de sa succession. Girolamo Riario, qui savait la haine que lui portaient les Romains et que sa situation deviendrait

1. Voir Les Corporations ouvrières de Rome, vol. II, p. 295. teurs et les caporioni avaient exhorté le peuple à fournir del’argent

2. Del Oratorio di S. Lorenzo al Laterano, Rome, 1666. et des armes pour la croisade et en avaient obtenu. Vascho, qui

3. INFESSURA dit le 28 mai; le Volterrano et Pontani donnentla raconte la chose, alla chercher dans son grenier de vieilles rondaches date du 2 juin. qu’il apporta à l’église d’Aracæli où se faisait la collecte.

4. Quelques mois auparavant, en janvier (1481), les conserva- 5. Voir volume précédent, p. 75.

impossible dès que son protecteur aurait disparu, se résolut à se retirer dans sa seigneurie de Forli et à y mettre en sûreté ses invraisemblables trésors. Le 30 juin 1481, au jour fixé par ses astrologues, il quitta la ville, emmenant sa femme etses gens; soixante mules suivaient, chargées de ses richesses. Mais Girolamo faillit tomber de la poêle en la braise, car, au commencement de novembre, il se découvrit qu’une conspiration avait été ourdie contre lui par les gens de Forli ; douze conjurés périrent, une cinquantaine réussirent à s'enfuir. C’est pourquoi, ses trésors mis à l’abri, Girolamo ne s’attarda pas à Forli. Il était de retour à Rome le 20 janvier 1482.

Le paperétabliavait, luiaussi, quitté Rome après les fêtes célébrées à l’occasion de la reprise d'Otrante, car une violente mortalité était résultée des fortes chaleurs de l'été. De même qu'auparavant, ilerra de château en château, puis il se rendit à Tolfa pour y inspecter les mines et à Civitavecchia dont il faisait restaurer le port «sans regarder à la dépense » (2 octobre 1481). La visite du pape fit hâter les travaux !.

Une autre raison plus grave le conduisit en cette ville. Aussitôt après la prise d’Otrante, il avait donné ordre à l’amiral de sa flotte, le cardinal Paolo Fregoso ?, de profiter de ce succès pour chasser les Turcs de l’ Adriatique; or, étant à Tolfa, il avait appris que, tout au contraire, sa flotte croisait en vue de Civitavecchia ! Le cardinal avait pris sur lui * de revenir parce que ses équipages souffraient de la peste ; en fait, il y avait eu jalousie entre Napolitains et Pontificaux, et des contestations sur le partage du butin 4.

Le pape séjourna peu à Civitavecchia. Le 8 octobre 1481, il était à Viterbe après avoir visité Toscanella 5. Les habitants lui avaient ménagé des fêtes et un tournoi auquel la pluie mit obstacle. Ils avaient plusieurs choses à lui demander, par exemple de ne pas les obliger à ravitailler Rome et à entretenir la route qui conduisait au mont Mario et qui était le chemin habituel des pèlerins. Et le pape accorda tout. Mais, peu après, le 2 juin 1482, il fallut déchanter. L’évêque d’Orvieto, Giorgio della Rovere, intima l’ordre à la ville de fournir à l’armée pontificale un contingent de quatre cents hommes ; après bien des négociations il fallut s’exécuter, du moins en partie 6.

Le pape faisait tous ces déplacements ou bien sur une mule blanche ou bien dans une litière portée par deux chevaux, l’un devant, l’autre derrière. Le 17 octobre 1487 il était de retour à Rome.

On y voyait en ce moment les fils du despote de Morée, André et Emmanuel Paléologue, qui revenaient de Moscovie où se trouvait leur sœur”. Jadis ils portaient des

1. Lorenzo di Pietrasancta, Baccio Pontelli et Giovannino de’ Dolci en avaient la direction ; le 12 novembre 1481, il fut payé 500 florins et le 16 avril suivant 1 500 pour les travaux de la darse. CarLo CaLISsE, Sioria di Civitavecchia, Florence, 1898, p. 300.

2. Pietro Paolo di Campofregoso avait été nommé amiral de la flotte le 20 février 1480. Il était archevêque de Gênes et cardinal depuis mai 1480.

3. À moins, comme le pensèrent certains contemporains, que ce ne fût là une comédie et que le pape n’eût donné l’ordre au chef de sa flotte de revenir dans la mer Tyrrhénienne, afin de ne pas ménager un trop grand succès au roi de Naples.

Cette année, la guerre contre les Turcs, toute somnolente qu’elle fût, coûta fort cher au Saint-Siège. L'entretien d’un bateau revenait à 100 florins par mois.

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