C. Prnzi, Storia della Citta di Viterbo, Viterbe
7. Zoé Paléologue avait épousé Ivan, tsar de la Russie blanche, en mai 1472. Le mariage s'était fait par procuration, à Saint-Pierre. Comme les représentants du tsar étaient munis de pouvoirs en russe, on ne savait pas exactement s’il avait fait sa soumission au pape, mais on admit qu’il devait en être aïnsi.
habits de soie, maintenant ils étaient en guenilles, ce qui fit dire au chroniqueur : « Probitas laudatur et alget» 1, paroles certainement très vraies mais dont on ne voit pas l'application dans le cas de ces princes, puisque le pape leur avait donné passablement d'argent qu’ils avaient dépensé en prodigalités.
En cette même année 1481 arriva à Rome une mission qui se disait envoyée par le « Prêtre Jean», ce mystérieux potentat oriental dont l'identification a été tentée tant de fois. Ce titre d’ailleurs paraît générique ; quand un Prêtre Jean mourait, on en nommait un autre. Or un nouveau Prêtre Jean avait succédé au précédent en 14817 et il avait envoyé des représentants à Jérusalem, carildésirait être solennellement couronné ; ceux-ci furent dirigés sur Rome et fort bien accueillis par le pape, qui vit là une occasion d’extirper certaines erreurs de doctrine qui, disait-on, étaient accréditées dans le pays du Prêtre Jean. Un groupe de Franciscains partit, tandis qu’à Rome des commissions de cardinaux et d’évêques s’occupaient d'examiner les erreurs signalées et de les réfuter (novembre 1481). Quelques escrocs profitèrent de l’occasion pour se faire passer comme envoyés du Prêtre Jean et tirer de l’argent du Vatican.
Qu’advint-il de la mission et des travaux des commissions? on l’ignore totalement ?.
La crainte du péril turc étant dissipée pour le moment, les fêtes se multiplièrent. On entrait dans les temps nouveaux. Francesco Diedo, ambassadeur de Venise qui avait rempli plusieurs légations et passait pour un homme accompli, s’évertuait à s'attacher par des prévenances le monde intellectuel, les savants, les poétereaux, les beaux esprits, les humanistes qui commençaient à envahir Rome, soit qu’il aimât véritablement les Lettres, soit qu’il le jugeât utile à sa mission %. Le 6 janvier 1482, il donna un grand banquet littéraire. Romains et étrangers y furent invités, on y vit même des savants « qui entendaient le grec», et les Romains purent constater avec joie que leur ville « possédait quantité d’esprits féconds, capables d’égaler les anciens ou de les approcher de très près».
Les mets furent servis sans hâte, à des intervalles convenables, avec des vins de toutes sortes, blancs ou rouges, doux ou âpres, romains ou étrangers ; quelques-uns venaient même de Crète.
Diedo dirigeait la conversation, s'adressant tantôt à l’un, tantôt à l’autre de ses convives, les amenant à vanter l’art qui leur était cher, l’un la musique, l’autre la stratégie ou la poésie ; on récita des vers grecs, on joua la comédie.
Le 17 février 1482, les jeux du Testaccio eurent lieu ; le lendemain le pape descendit dans la rue pour voir les masques, car on était en carnaval; il s’y mêla et prit plaisir à assister à leurs ébats, mais le lendemain, il se retira dans sa vigne.
Le 18 avril 1482, on commémora l’anniversaire de la mort de Platina ; à dire vrai, il était mort seulement le 21 septembre précédent, mais l’occasion parut bonne à ses
1. Juvénal. Leur père, Constantin XI, était mort en 1453. Milan, 1889. S. CrrozLa, dans Archivio Veneto, 1873-1874. 2. P. GHinzoni, Un’ ambasciata del Prete Gianni a Roma, 3- Il était à Rome depuis le 10 juin 1481.
amis pour le célébrer. Demetrio de Lucques, son élève et son successeur à la Vaticane, avait eu l'initiative de cette cérémonie, en sorte qu’il vint autant de personnes pour lui faire plaisir qu’en souvenir du défunt. La cérémonie commença par un service à Sainte- Marie-Majeure, célébré par l’évêque de Vintimille qui était de l’ordre des Augustins. Puis, quand on eut aspergé d’eau bénite les assistants et brûlé ce qui restait d’encens, les officiants enlevèrent leurs vêtements sacerdotaux et Pomponius Letus, qui présidait les « Amis de Platina », monta en chaire et, de sa voix balbutiante, prononça son éloge ; un poète récita des vers élégiaques en son honneur.
De pieuses personnes s’irritèrent de ce qu’elles considéraient comme une profanation.
Un banquet suivit, donné dans la maison que Platina s'était fait construire sur le Quirinal près de celle de Léto et que ses héritiers avaient vendue à Girolamo Basso della Rovere 1. On lut encore des vers à la louange de Platina?.
Des jours sombres survinrent. Depuis quelques années, depuis trois ans surtout, les meurtres se multipliaient à Rome; on se battait jusque dans Saint-Pierre; ïl fallut purifier l’église car du sang avait coulé * ; presque chaque jour la ville était ensanglantée par quelque querelle. Les statuts de 1469 avaient précisé les pénalités pour les crimes de ce genre ; l'amende infligée aux contrevenants allait de 50 livres pour un roturier, à 1200 livres pour un baron, fils ou bâtard de baron. Sixte IV ratifia ces statuts, mais il en diminua singulièrement la portée en spécifiant que la juridiction des magistrats capitolins ne s’appliquerait plus qu’à ceux qui n'avaient pas d’attaches avec la Curie ; et leur nombre allait sans cesse diminuant 4 En revanche, il défendit qu’on portât des armes ; le sénateur pour les laïques, les juges ecclésiastiques pour les clercs étaient chargés de sévir contre Ceux qui provoqueraient des désordres. Le 29 novembre de la même année, Sixte IV confirma les dispositions qu’avaient prises Paul II à cet égard. Le 5 septembre 1475, il défendait aux Corses de venir à Rome et aux Romains d’en prendre à leur service, à moins qu'ils ne donassent une caution de 200 ducats qu’ils ne troubleraient pas la paix 5, Le 29 juillet 1477, il édictait des mesures contre les perturbateurs et ceux «qui se vengeraient sur des innocents». Les pouvoirs des paciert furent étendus.
Dans la bulle Perniciosam datée du 19 juillet 1478 6, Sixte IV confirma en l’aggravant une ordonnance sévère de Paul IT ; il déclara que les fauteurs dé troubles seraient considérés comme coupables de lèse-majesté et punis, en conséquence, de la prison perpétuelle et de la confiscation de leurs biens 7. Cela ne suffit pas. Le pape chargea un ancien « lieutenant » du sénateur, Soldano de’ Soldi, de reviser les prescriptions relatives aux violences (19 juillet 1480). Il lui avait été recommandé de se montrer rigoureux et,
1. P. Apinozr1, Roma…., Vol. IT, p. 256. 5. THEINER, vol. III, p. 484, n° 410. 2. Imprimés dans l'édition des Wies des Papes de Cologne, 1568. 6. Le texte s’en trouve dans le livre des Statuts de 1523, liv. IV, 3. Il est à remarquer que Galeas Sforza et Julien de Médicis 1’ partie, art. XX VI. Cf. art. CXLIII, liv. I. Cette bulle fut renoufurent assassinés dans une église, velée par Innocent VIII, en 1486. — FENZONIO, Annotationes in 4. À vrai dire, cette distinction existait depuis longtemps; Séatuita, Rome, 1636, p. 652. Sixte IV la précisa et diminua sensiblement le forum du Capitole. 7. FENZONIO, p. 650.
naux, Stefano Nardini !, cardinal de Milan, et Giuliano della Rovere, le futur Jules IT, pour le détacher du roi Ferdinando ; Rome murmura, car l'esprit de fronde y existait toujours ; on trouva que ce n'était pas le rôle de cardinaux d'aller ainsi porter des messages, d'autant plus qu’ils ne réussirent pas dans leur tentative. Le protonotaire leur répondit que ses frères avaient reçu licence du pape d'entrer au service de qui ils entendaient et qu’ils n’accepteraient jamais la honte d'abandonner le roi ; il ajouta qu'il lui fallait, à lui et aux siens, une solde pour vivre et que le pape ne leur en donnait pas.
Les représentants du peuple essayèrent à leur tour d’intervenir : le prieur des caporioni et trois citoyens de marque s’en furent trouver Lorenzo ; ils reçurent une réponse semblable, même Lorenzo leur conseilla de s’en retourner au plus vite, car il ne pouvait répondre des soldats napolitains qui occupaient déjà les alentours ; ils enlevaient mulets, chevaux et gens jusqu'aux abords de la porte Latina. Des abbayes furent mises à sac.
Le 18 avril 1482, le pape fit sommation au roi Ferdinando de retirer ses troupes. De plus en plus, il se persuadait qu’il avait été trahi dans la guerre contre Florence et son dépit s’accroissait. Le 14 mai, les ambassadeurs de Florence et de Naples avaient quitté Rome avec éclat pour se retirer auprès du protonotaire, à Marino ; le 2 juin, le pape réunit un consistoire auquel assistèrent Virginio Orsini et Girolamo Riario ; il fut long et tumultueux. Sixte IV y exposa et essaya de justifier sa conduite ; certains cardinaux dégagèrent leur responsabilité; cependant Girolamo accusa formellement le cardinal Giovanni Colonna ? et le cardinal Giov. Batt. Savelli % de pactiser avec les ennemis, et docilement le pape les fit arrêter aussitôt dans le Vatican même,: ainsi que Mariano Savelli, frère du cardinal, commandant des troupes pontificales. Le lendemain, Leone da Monteseccot, chef de la garde personnelle du pape, les conduisait au château par le couloir couvert. Deux jours après, les meubles quileur étaient nécessaires furent apportés dans leur prison et quelques-uns de leurs serviteurs autorisés à venir les servir, d’où l’on augura que leur détention serait de longue durée. Le bruit courut que le pape avait en mains des lettres compromettantes adressées par eux au roi de Naples.
Suivant la coutume, la populace profita de l’occasion pour piller leurs palais.
La guerre avait commencé de fait; des bandes parcouraient les environs de la ville, ravageant et brûlant tout sur leur passage ; un parti d'enfants perdus avaient même réussi à pénétrer dans la ville, mais s'étaient vus rapidement reconduits. Conformément aux traditions, Ferdinando déclarait qu’il ne faisait pas la guerre aux Romains, maisau comte Girolamo pour les en délivrer ; les Romains n’en pâtissaient pas moins très durement et voyaient, du haut de leurs murailles, leurs fermes et leurs granges brûlées, leurs bestiaux enlevés et leurs arbres rasés.
En signe de deuil, les courses n’eurent pas lieu.
Pendant qu'on guerroyait ainsi, la vie religieuse continuait dans Rome. Le
1. Que le pape avait créé cardinal en 1473. 3. File de Cola Savelli, élu le 15 mai 1480. 2. Fils du préfet Antonio, élu le 15 mai 1480. 4. Parent de celui qui venait d'être exécuté à Florence.
10 avril 1482, Sixte IV convoqua une réunion des cardinaux, qui eut lieu en public ; on y discuta les droits de Bonaventure à la béatification. Un fameux jurisconsulte, Ottaviano de Martini di Sinuessa rappela sa vie et ses mérites et demanda «au nom de plusieurs rois, nations et peuples» qu’il fût admis parmi les saints1. Sixte IV engagea les cardinaux à méditer sur ce point pour prendre une décision au prochain consistoire, lequel eut lieu le surlendemain. Les évêques présents à Rome, les abbés, les membres du tribunal de la Rote, les généraux des divers ordres, y furent convoqués. Ottaviano prononça une nouvelle harangue que l’on entendit peu à cause des conversations particulières ; quelques cardinaux proposèrent une nouvelle enquête, car ils doutaient de la réalité des miracles rapportés par Ottaviano et son éloge leur semblait exagéré, mais les autres soutinrent que les prélats chargés d’instruire le procès l'avaient suffisamment approfondi et qu’il n’y avait pas nécessité de le recommencer. Il en fut ainsi décidé et des clercs furent chargés de préparer la cérémonie. Elle eut lieu le dimanche suivant, 14 avril ?, en présence de tous les dignitaires de l’Église et d’une foule considérable. Une estrade de deux mètres de haut avait été construite au centre de la basilique de Saint- Pierre. Le trône du pape était fort élevé. Le moment venu, il arriva dans sa chaise gestatoire couvert du pluvial et ceint du trirègne; les cardinaux, les évêques, les prélats le précédaient ; tous tenaient un cierge à la main. D'abord le pape s’assit en tournant le dos à l'autel *, il fit un sermon rappelant les vertus, les miracles et la vie de Bonaventure et termina en recommandant à chacun de se mettre en prière pour supplier Dieu de ne pas permettre que son Église se trompât en cette circonstance ; il pria luimême, puis s’agenouilla devant l'autel; pendant ce temps, les cardinaux chantaient des litanies. Puis le diacre, se retournant vers l'assistance, dit : « Priez »; le sous-diacre dit ensuite : « Levez-vous ». Le pape, sans trirègne, élevant les mains, chanta le Veni Creator ; après quoi, il se couvrit du trirègne, monta sur son trône et chanta les dernières paroles de certaines hymnes queles chantres commençaient. Enfin, le procurateur de la canonisation supplia instamment le pape de l’accorder à Bonaventure, et la cérémonie s’acheva.
Cependant le duc de Calabre s'était établi à Grottaferrata, près de Marino, où nombre de barons romains vinrent se joindre à lui ; sa flotte croisait en vue d’Ostie (juin 1482). De son côté, l’armée pontificale se constituait. Le comte Girolamo en reçut le commandement en qualité de capitaine de l’Église ; il avait sous ses ordres le seigneur de Camerino avec ses deux fils, Virginio Orsini 4, le comte de Pitigliano, Giordano et Paolo Orsini,
Giovanni Colonna de Palestrina, le seigneur de la Mirandole, Antonio Maria Pico 5 et autres capitaines de marque.
1. Cette harangue se trouve dans les Acta S, Jul, t, III, 824 3. +. fa ut papa vertat renes ad aliare». et dans Bibliotheca Hagiographica Latina (1898), fasc. 1, p. 207. 4. Sa solde était en 1475 de 2 780 florins par an, celle du duc Bonaventure avait été général de l’ordre des Franciscains comme d’Urbino de 3 000 Sixte IV ce qui dut plaider en sa faveur ; né en 1221, il fut créé cardinal du titre d’Albano en 1273 et mourut en 1274.