AVANT-PROPOS
ils avaient suffisamment corrompu le Sacré Collège pour que l'élection de Borgia fût possible et assez démoralisé les esprits pour que ses excès fussent acceptés. On ne conçoit pas un Alexandre Borgia succédant à Nicolas V ou à Pie II.
Ainsi les trois pontificats de Sixte IV, d'Innocent VIII et d'Alexandre Borgia, si curieux en eux-mêmes, si féconds en événements imprévus et en retours dramatiques, sont importants aussi par leurs conséquences immédiates et lointaines. Ils préparèrent le siècle suivant.
En outre, la fin de cette période constitue comme une borne dans la vie romaine. La Rome d'Alexandre VI et celle de Léon X sont deux cités d'aspect bien différent : la première est une ville moyenâgeuse, la seconde relativement moderne. La noblesse ne joue plus le même rôle, les barons sont devenus des gentilshommes de cour ; les lettrés ne sont plus des opposants comme les premiers humanistes, mais des courtisans ; le peuple se contente de profiter des avantages que lui procure la présence d'une cour pontificale fastueuse et n’a plus que de rares velléités d'indépendance. Des salons littéraires s'ouvrent, des ateliers se constituent nombreux en maîtres et en élèves, les fêtes se multiplient. Rome se peuple de palais. On est artiste, on pense et l’on se divertt.