‹ Une cour princière au Vatican pendant la RenaissanceChapitre 33 sur 203 · LA GUERRE DE FERRARE · texte numérisé non relu

LA GUERRE DE FERRARE

Le pape avait éprouvé naguère un grand dépit quand, dans la guerre de Florence, son vassal, le duc de Ferrare, prit le commandement des armées qui le combattaient. Aussi ne lui déplut-il pas de voir les Vénitiens piller ses terres et occuper ses châteaux ; mais lorsqu'il comprit que Ferrare même allait succomber, il s’inquiéta, car il entendait « punir mais non anéantir » le duc. Qu’adviendrait-il de ses projets en faveur de Girolamo

1. NANTIPORTO. — VOLTER?ANO. — ANTONIO DE VASCHO, — GUGLIELMOTTI, P. 59.

2. Alors situé à côté de la basilique. Ce fut sous le pontificat de Sixte V qu’il fut transporté à l’emplacement qu’il occupe.

3. Le cardinal Della Rovere s’occupait alors de fortifier Ostie dont il fit une des plus belles forteresses d'Italie, avec l’aide de Sangallo. À. GuñLiELmoTT1, Storia delle fortifirazioni, Rome, 1880, p. 51. Le 30 septembre 1483 mourut Luca de Tozzoli, qui avait joué ua rôle lors du procès de Platina, en 1468

4. Le laurier qu'il avait mérité par quatre livres de vers latins

sur l’amour, lui fut décerné, mais non remis. La cérémonie n’eut jamais lieu. Il vint à Paris vers 1484 et y professa en même temps que deux autres Italiens, Cornelio Vitelli et Girolamo Balbi. 11 y demeura trente ans, choyé de Charles VIII, de Louis XII et de François Ier. Erasme fut en commerce amical de lettres avec lui. Il mourut à Paris en 1520 (MAZZzUCCHELLI. — TIRABOSCHI. — MARCHESI).

5. Ces jeux se donnaient en février sur la place de l’Agone ou Navona, construite à l'emplacement du stade de Domitien et qui en conserve la forme, <

si Venise s’emparait du duché? C’est pourquoi, après la paix du 28 novembre 1482, il fit savoir aux Vénitiens qu'ils eussent à abandonner le siège de Ferrare et prit officiellement le duc sous sa protection ; en même temps il envoyait des encouragements aux Ferrarais !. Une lettre circulaire fut adressée par lui aux divers souverains, dans laquelle il accusait les Vénitiens de vouloir prolonger la guerre. Dès le 5 février 1483, ordre était donné à Cesare di Varano de rassembler des hommes. Le duc de Calabre fut, d’autre part, autorisé à traverser avec des troupes l’État pontifical pour se porter au secours de Ferrare. L’ambassadeur de Venise, Diedo, quitta Rome à la fin de février 1483.

Il avait prévu que Sixte IV allait, contrairement aux traditions, employer contre Venise, comme il l'avait fait à l’égard de Florence, les armes spirituelles de l'Eglise, et l’avait prévenu que, dans ce cas, il s’exposerait à de grands malheurs. Ni l’un ni l’autre ne prenait probablement très au sérieux de telles menaces, mais elles permettaient de satisfaire, avec des paroles, les âpres ressentiments que l’on éprouvait. En fait, le 10 juin 1483, le pape lança contre la Seigneurie l’excommunication, et, contre la République, l’interdit ?. Les termes de la bulle étaient d’une extrême rigueur : les propriétés de tous les Vénitiens dans les terres de l’Église étaient confisquées, leurs débiteurs libérés de leurs dettes et frappés eux-mêmes d’excommunication s'ils les acquittaient ; il était permis de tuer les Vénitiens qui opéraient contre Ferrare et leur meurtre procurait l'absolution ; les Vénitiens étaient déclarés incapables de témoigner en justice, de tester et de succéder ; leurs fils, neveux et descendants jusqu’à la quatrième génération étaient exclus des fonctions et dignités ecclésiastiques. Défense était faite de négocier avec les Vénitiens *. La bulle fut affichée aux portes de Saint-Pierre où l’envoyé ferrarais courut avec joie la voir, ainsi que dans les autres églises de la ville. À Venise on fit tout au monde pour qu’elle demeurât ignorée.

La réponse de la République fut prompte : ce fut un appel au futur concile qu’un messager hardi osa placarder au Vatican et au château Saint-Ange. Des menaces vaines s’échangèrent. Comme la Seigneurie avait rappelé tous les ecclésiastiques vénitiens qui se trouvaient à Rome, le pape déclara qu’on pourrait s'emparer de ceux qui obéiraient à cet ordre et en faire des esclaves.

Cependant Sixte IV prit des résolutions plus efficaces. Voyant qu’il ne pourrait intimider ses adversaires qu’en les attaquant par mer, il décida de consacrer 50 000 ducats à l'armement d’une flotte dont Branda di Castiglione, évêque de Côme, eut le commandement. Mais la situation de ses finances était précaire, et il lui fallut emprunter de toutes mains. Les Spannocchi, les Spinelli, les Centurione, les Gaddi furent mis à contribution ; un secrétaire du Sénat, le scribasenato, employé assez subalterne, peut-être Infessura, avança 100 florins. Le pape vendit son argenterie et ordonna de fondre des vases sacrés 4.

1, Ep, Piva, La guerra di Ferrara del 1482, Padoue, 1892 avancé au pape 6 000 florins garantis par la ville, la forteresse et 2. RAYNALDUS, 1483, $ 8-16. ae territoire de Monticelli. Lui mort, Pietro Menzi, plus tard évêque 3. DaARU, Histoire de Venise, vol. III, p. 16. de Césène, hérita de ses droits et confia à son frère Dionisio l’ex-

4 Au commencement de 1482, le cardinal d’Estouteville avait ploitation de la terre et la garde du château. Sixte IV ayant rendu

En outre, Sixte IV créa quatre collèges de « solliciteurs des Lettres apostoliques » qui reçurent respectivement les surnoms de : Janissaires, Stradiotes, Mamelucks, Stipulateurs. Chaque groupe comptait cent membres qui avaient dû payer leur charge 1 400 écus ; le bénéfice total de cette opération fut donc pour le pape de 560 000 écusl.

Toute cette somme n’alla pas en dépenses de guerre. Le pape en consacra une partie à se faire fabriquer un trirègne ; le cardinal Sclafenato fut chargé de rechercher dans le trésor les perles et les pierreries les plus aptes à l’orner ; la main-d'œuvre coûta 3 500 ducats, en sorte que la valeur de cet ornement, qui faisait peut-être double emploi, dépassa 100 000 ducats. Le pape s’en couronna pour la première fois le 18 avril 1484.

Aussi bien la guerre languissait ; elle se réduisait à des escarmouches, à des démonstrations, à des feintes et à des manœuvres. On ne voulait rien risquer. Peut-être les Vénitiens ne tentaient-ils rien parce qu’ils étaient renseignés sur la santé du pape qui déclinait. La goutte le harcelaït et l’on commençait à penser que la fin du règne approchait. La ville n’était plus gouvernée et les haines se manifestaient ouvertement. Les Orsini auraient voulu en finir définitivement avec les Colonna grâce à l’aide de Girolamo ; de leur côté, les Santacroce espéraient anéantir les Della Valle ?. Il courait sur la ville un vent de bataille. Chacun s’enfermait chez soi, faisait des provisions, préparait des sacs de terre et plaçait aux fenêtres et sur les terrasses de grosses pierres, afin de les jeter sur les assaillants, le cas échéant. La nuit, on entendait à tout moment des appels de trompettes, de grands feux s’allumaient. Le blé monta à 44 et même 50 carlins le rubbio*, Un violent tremblement de terre s'était fait ressentir le 20 janvier précédent.

une partie de la somme en juillet 1484, il fut convenu qu’il rentre- l'avance. Archiv. Seg. Vat., Div, Camer., vol. XLII, fol. 10, acte rait en possession de la terre mais non du château. Ses hommes daté du 10 janvier 1482. Fol. 31 bref, du 20 mars 1484. Arch. di allèrent donc occuper la ville : or, on avait négligé de prévenir Stato, Mand. Camer, 1484, fol. 51.

Dionisio qui rerut les pontificaux à coups d’arquebuses. En consé- 1. INFESSURA, p. 156.

quence de quoi, Menzi fut envoyé au château Saint-Ange avec 2. Le 21 février 1484, un della Valle poignarda un Santacroce lc banquier Francesco del Buffalo qui avait un intérêt dans 3. INFESSURA pp. 157.

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