GUERRE CONTRE LE ROI DE NAPLES. —— ROBERTO SANSEVERINO
Dès le mois d'octobre 1484, la mésintelligence entre les Orsini et les Colonna reprit une forme aiguë. Les Orsini saccagèrent Albano et exercèrent des violences dans plusieurs villes appartenant aux Colonna. La cour napolitaine en profita. Elle s'était réjouie de
1. PonNTANI et VaAscxo donnent Ja date du 18 avril qui paraît 4. PonTAN1 dit que l’on ne sut pas s’il s'agissait d’un jeune garerronée. INFEssuRA donne celle du 18 mars. çon ou d’une jeune fille, mais ANTONIO DE VAscHo affirme qu'il 2. On trouvera dans notre ouvrage sur le Capitole la bibliographie s’agissait bien d’une fille. de cet événement qui occupa beaucoup les contemporains. Voir 5. Plus tard, on lut: aussi G. Tomasserti, La Campagna Romana, vol. II, 1910, MM. p. 89,et Vascuo,dans Muratori, nouv. éd., vol. XXIII, 3° partie, AVREI. p.523; n°7 EXTRICATE
3. Ce couvent se trouvait sur l'emplacement de la villa Qintilli (M. M. pour Manibus où Memoria.)
MONUMENT DU PAPE SIXTE IV. (Phot. Anderson.)
UNE COUR PRINCIÈRE AU VATICAN. PI. 11, page 88.
l'élévation au trône pontifical d’un prélat qui avait vécu longtemps à Naples et qui y avait commencé sa fortune, mais l’antagonisme était trop profond entre le Royaume et le Saint-Siège pour ne pas l'emporter sur les relations personnelles. D'ailleurs, lorsque le duc de Calabre avait passé par Rome, au lendemain de l'élection d’Innocent VIII (du 20 au 26 octobre 1484), il avait émis d’inacceptables exigences, réclamant du pape l’abandon de villes aussi importantes que Bénévent, Terracine et Ponte Corvo. Cependant, le pape, qui était la conciliation même, n’avait pas su lui répondre par un refus catégorique ; ce ne fut qu'après qu’on lui eût montré le danger de pareilles concessions, qu’il se reprit et déclara qu'il n’avait souscrit aux demandes du duc qu’afin d'éviter un scandale. Heureusement la bulle avait été signée, mais non publiée. Cette démarche montre combien étaient divergentes les prétentions réciproques du roi de Naples, qui comptait établir son hégémonie en Italie, et de la cour romaine qui aspirait à faire tomber le Royaume dans sa mouvance. Le cardinal Giuliano della Rovere poussait le pape à chercher l’abaissement de la dynastie aragonaise, car il voulait favoriser les desseins de la France, favorable aux héritiers du roi René d'Anjou, expulsé en 1442 par Alfonso.
Or une occasion d'intervenir dans les affaires du Royaume se présenta tout aussitôt.
Bien qu’il eût de réelles qualités gouvernementales, ses sujets n’aimaient pas le roi Ferrante (Ferdinando), auquel on reprochaït sa duplicité, son avarice et sa cruauté. Son fils Alfonso, duc de Calabre, inspirait encore plus de défiance et d’animosité, car il poussait à l'extrême les défauts de son père. « Nul homme, écrit Commynes, n’a été plus cruel, ni plus vicieux, ni plus gourmand. » Il n'avait aucun respect, même extérieur, pour la religion, n’observait pas le carême et ne communiait jamais !, Aussi, quand les seigneurs napolitains qui, pour la plupart, étaient demeurés partisans de la maison angevine, le virent s'emparer progressivement du pouvoir, leurs appréhensions les portèrent à s'unir contre lui en une conjuration ; trop faibles pour réussir seuls, ils cherchèrent un appui à l'extérieur. Ils auraient été, dit-on, en demander jusqu’à Constantinople ! Le pape s’offrit. D'ailleurs, parmi les seigneurs révoltés, était Antonello Sanseverino, comte de Marsico, prince de Salerne, beau-frère de Giovanni della Rovere, préfet de Rome depuis la mort de son frère Leonardo. Or Giovanni était frère du cardinal Giuliano.
Presque en même temps, la ville d’Aquila se mettait sous la protection du pape.
Aquila était une cité presque indépendante, se gouvernant à sa guise et qui n’était soumise que nominalement au roi de Naples. Le duc de Calabre, Alfonso, cherchait à l’asservir. Il s’était saisi par trahison du chef de la municipalité, Pietro Lallo, comte de Montorio, et avait introduit subrepticement des troupes dans la ville. Les habitants les massacrèrent, le 25 octobre 1485, et se déclarèrent les sujets du pape. Innocent VIII, après avoir hésité quelque temps, les informa qu’ils pouvaient compter sur son appui.
1. Commynes accuse également le roi Ferrante des pires abominations, comme d’avoir vendu f’évêché de Tarente à un juif,
Ainsi ce pontife tout pacifique se trouva amené à déchaîner une guerre qui ne pouvait être que très dure et ruineuse f.
C'est alors seulement qu'il songea à reconstituer l’armée pontificale qui n’existait pour ainsi dire plus, manque d’argent. Giovanni della Rovere en reçut le commandement. En même temps, le pape fit appel à Prospero et à Fabrizio Colonna et à Gio- Batta Savelli, naguère ennemi du Saint-Siège, qui fut chargé d’aller protéger Aquila.
Il fallait au pape des alliés. Milan et Florence s'étaient, bien entendu, déclarées pour le roi ; restaient les Vénitiens. Afin de se les rendre favorables, Innocent VIII révoqua l’interdit qu'avait naguère porté contre eux son prédécesseur (25 février 1485) ?, et leur offrit quelques ports sur l’Adriatique appartenant au royaume de Naples, mais la République avait été rendue défiante, elle hésita longtemps et finit sagement par s’abstenir.
Les adversaires intérieurs d’Innocent VIII se groupèrent autour de Virginio Orsini, vapitaine énergique et entreprenant, qui leur semblait devoir être un chef excellent. Une chose pouvait le gêner : Innocent VIII venait de lui remettre une forte somme d’argent, mais il se dégagea de tout scrupule en déclarant que c’était pour le passé et non en vue de l’avenir. Aussitôt qu’il eut pris la direction du parti et des opérations, il écrivit aux conservateurs et au peuple romain pour s’excuser par avance du mal qu’il allait leur faire et se plaindre à eux que les services qu’il avait rendus aient été fort mal récompensés. Ce fut en vain que le pape lui envoya à Bracciano ambassadeur sur ambassadeur pour l’amener à d’autres sentiments à.
Le 22 juin 1485, le pape refusa l'hommage de la haquenée 4, parce que le roi ne l’avait pas fait accompagner de la remise du tribut qu’il devait envoyer à l’Église et qui avait d’ailleurs été rarement payé jusque-là 5. Cela équivalait à une déclaration de guerre.
Cette perspective avait eu le résultat accoutumé. La disette commença à se faire sentir, le rubbio de blé passa de 10 à 20 carlins, puis à 40 ; il n’arrivait plus de grain ni de bois pour chauffer les fours, en sorte qu’on manqua de pain. Le peuple, qui supporte passivement tant d’autres privations, ne peut subir celle-ci; aussi le pape se fit-il « préter» du blé par les Romains riches afin d’organiser des distributions aux indigents. On leur remettait des bons de pain sur le Campo di Fiore. Mais ces largesses ne pouvaient satisfaire toute une population. En outre, la peste régnait depuis le mois d’août. On avait transporté avec beaucoup de pompe une statue de la Vierge de S. Agostino à S. Pietro in Vincoli 6, puis on la promena, de quartier en quartier, mais ce fut en vain.
Ces calamités et le relâchement de l’autorité avaient provoqué un redoublement de crimes. Le 9 septembre 1485, Paolo della Valle, chanoine de Saint-Pierre, fut frappé
1. G. RivVERA, La tradizione degli Aguilani ad Innocen:o VIII, 4. Sur cet hommage, voir : Comm. CARLO PADISLIONE, Della dans Boll. Soc. Stor. Patria I. L. Antinori, Aquila 1889-1890. — Chinea, Naples, 1911.— GiroLAMO Lio, L’A bolizione della Chinea, A, DE BoisLiLe, Notice sur Etienne de Vesc, Paris, 1884. Naples, 1882.
2. RAYNALDUS, Annales, 1485, $ 45, D. 105 5. La guerre d’Otrante, disait le roi, avait épuisé ses ressources.
3. L’un des envoyés tut l'archevêque de Florence, Raïinaldo 6. Elle provenait de Sainte-Sophie et avait été plarée dans l’église
Orsini S. Agostino par le cardinal d’Estouteville, le 15 mars 1482.
avec un poignard empoisonné, sur le seuil de sa porte, par Valeriano di Prospero Santa- Croce, déguisé en marchand. Presque chaque matin, on découvrait dans les rues et jusque dans les églises, des cadavres entièrement dépouillés. On se plaignait que la justice ne fonctionnât pas.
Le mécontentement du peuple allait croissant. La crainte était partout et jusqu’au Vatican que l’on entourait de tranchées. Le palais des Orsini, au Monte Giordano, fut pillé et en partie incendié le 17 décembre 1485 au matin, ce qui déplut fort au pape qui ne voulait s’aliéner personne, même ceux qui combattaient contre lui. Les exilés rentraient en foule, rappelés par le pape ; on en rencontrait un nombre incroyable par les rues, et leur présence n’était pas pour assurer l’ordre et le respect des lois.
Les cardinaux devaient veiller personnellement à la sécurité de la ville; ils allaient, armés et suivis d’escortes, inspecter les murailles et les portes, car des bandes à la solde des Orsini venaient marauder tout près de la capitale et tentaient même parfois d’y pénétrer. La porte del Popolo fut attaquée. Les cardinaux Savelli et Colonna, les prisonniers de naguère au château Saint-Ange, se multipliaient.
Quant à sortir de Rome, il n’y fallait pas songer : hommes et bestiaux étaient aussitôt capturés. Quelques propriétaires avaient envoyé leurs troupeaux dans la région d’Isola, comme en 1482, mais les Orsini, contournant la ville, en firent une fructueuse razzia. Parfois on reprenait les bestiaux volés ; ainsi Prospero Colonna, ayant occupé Civita Lavinia, y trouva une grande quantité de bœufs; les Romains se réjouissaient quand Prospero leur expliqua qu'il avait affronté, dans cette entreprise, assez de peines et de dangers pour avoir le droit de garder sa prise.
Un certain nombre de têtes de bétail avaient été ramenées dans l’enceinte des murs et parquées au Testaccio ou aux alentours de l’église S. Silvestro 1, maïs on n’avait pas de quoi les nourrir et elles périssaient en masse.
Le 17 octobre 1485, mourut le cardinal d'Aragon, fils du roi de Naples et frère, par conséquent, du duc de Calabre. Son père l’avait envoyé en négociateur auprès du pape. On déposa son corps dans l’église S. Sabina en attendant qu’il fût transporté à Naples ?.
Il courut dans la ville une version de sa mort qui prouve bien que les temps des Borgia étaient proches. On racontait sous le manteau qu’à Salerne, il avait demandé au gouverneur l'autorisation de visiter le château ; le gouverneur lui répondit qu’il devait s'adresser au seigneur du lieu, lequel était Sanseverino, le beau-frère du préfet de Rome. Celui-ci vint, fit tuer les huit hommes qui accompagnaient le cardinal et l’obligea à boire un poison lent, en lui disant : « De même que tes compagnons viennent de disparaître, de même tu disparaîtras dans peu de jours. — Et pourquoi ? demanda le cardinal. — Parce que ton père, le roi, a voulu nous écraser tous. » Alors il vint à Rome et y mourut un mois après.
Le 10 novembre 1485, le capitaine fameux Roberto Sanseverino entra dans Rome.
1 Il y avait plusieurs églises de ce nom à Rome; il s’agit pro- qui était située parmi des jardins, S. Silvestro inter duos hortos, bablement de celle qui se trouvait dans le quartier Colonna et 2. Sur la date de sa mort, voir PONTANI, p. 50, note.
Il revenait de Terre Sainte 1. La République de Venise l’envoyait au pape sur sa demande, à défaut de soldats. Plus d’un Romain dut se demander, comme Infessura, quel secours apporterait au Saint-Siège ce «grand capitaine sans armée», mais il valait une armée. Ce fut sans doute pour pallier le mauvais effet que ferait la venue de ce général accompagné de sa seule gloire que le pape entoura son entrée d’un grand apparat et lui remit avec beaucoup de solennité les insignes de gonfalonier de l’Église, le 30 novembre 1485 ; il traversa la ville couvert d’un manteau en brocart d’or, la tête ceinte d’une couronne garnie de perles, tenant à la main un bâton de sénateur en or massif ciselé. La remise du gonfalon eut lieu à Saint-Pierre avec tout le cérémonial imaginable. Sanseverino dîna ce jour-là chez le cardinal Balue, le représentant sans titre du roi de France. Ainsi se constituait, avec le concours du cardinal Giuliano della Rovere, le parti français.
Aussitôt, les escarmouches commencèrent. On se battait, comme au temps de Sixte IV, aux alentours du tombeau de Cecilia Metella! et de celuide Cotta {Casal Rotondo); on faisait une quinzaine, voire même une cinquantaine de prisonniers et chacun se retirait.
Cependant le roi de Naples n'était pas encore effectivement entré en guerre ; son ambassadeur, Aniello Arcamone, continuait à résider à Rome. Le 16 décembre 1485, un groupe de jeunes gens se rendirent, sous les ordres de deux des conservateurs, au palais du comte Tagliacozzo où 1l résidait et, s’étant saisis de lui, ils le conduisirent «avec beaucoup d’égards » au Capitole. Le lendemain les conservateurs l’amenèrent devant le pape. Le bruit courut qu’il serait enfermé au château Saint-Ange, mais il fut relâché aussitôt, à ce qu’il semble. Pendant ce temps, les Romains tâchaient de mettre le feu au palais Tagliacozzo ; sans y parvenir ; ils se dédommagèrent en enlevant les chevaux et les mules de l’ambassadeur.
Sanseverino s’occupa de mettre la ville en état de défense : il en était grand temps ; si les ennemis n’y avaient pas pénétré, le pape le devait à l’énergie des cardinaux et surtout au cardinal Della Rovere qui avait pris les premières mesures. Sur les conseils de Sanseverino, Innocent VIII enleva la garde du château Saint-Ange à l’évêque de Todi, créature de Sixte IV et, par conséquent, suspect d’être favorable aux Orsini, et le remplaça par l’évêque de Ferrare, Bartolomeo della Rovere *, frère du cardinal Giuliano. Il lui fut alloué 200 florins par mois. En même temps, l’ancienne garnison était licenciée 4. Un étendard aux armes du peuple fut hissé sur la tour centrale et deux autres, aux armes du pape, de chaque côté.
La misère devint très grande; le pain enchérit. Les conservateurs, escortés de bon nombre de citoyens, vinrent trouver le pape qui ne put que leur recommander de faire bonne garde; des patrouilles furent organisées, mais ceux qui étaient désignés pour en faire partie ne songeaient à rien tant qu’à aller se coucher ?.
1, Giacomo Marurri, Roberto Sanseverino in Terra Santa, dans 3. Patriarche de Jérusalem.
Scelta Curios. Letter.…, Bologne, 1888. 4. Elle reçut une indemnité de 40 florins. 2. Voir planche XII. 5. PONTANI, qui en fit partie, l'avoue sans vergogne (p. 51}.
Les ennemis, on pourrait dire les assiégeants, voulurent profiter de ce malaise et firent distribuer dans la ville des libelles où il était conseillé aux habitants de se révolter et de chasser un pape qui avait été irrégulièrement élu ; promesse était faite au peuple romain qu’on l’aiderait à faire nommer régulièrement un nouveau pape plus digne de la tiare. Les mauvais cardinaux devaient aussi être cassés et expulsés. Le cardinal Della Rovere était particulièrement pris à parti. Virginio Orsini, qui voyait en lui son principal ennemi, parlait de faire porter sa tête au haut d’une pique à travers la ville et de jeter le pape à l’eau.
Ordre était donné aux soldats des Orsini de saccager les terres des Romains afin de les exaspérer contre le gouvernement d’Innocent VIII et de ménager, au contraire, les biens des paysans.
L'année 1485 s’acheva par l’arrivée à Rome, le 24 décembre, des soldats que Sanseverino avait recrutés et que lui amenaient ses cinq fils !, ce qui permit la reprise du pont Nomentano, près de Mentana ?. Ce fut Paolo Orsini et Sanseverino qui menèrent l'affaire. L'un des fils de Sanseverino, Gaspare, qu’on nommaïit Fracasso à cause de son impétuosité dans les combats, s’élança à l'assaut ; la mêlée devint furieuse, l’eau du Teverone se teignit de sang. Fracasso finit par l'emporter ; les tours qui défendaient le pont tombèrent en son pouvoir, mais, blessé grièvement au visage, il dut s'éloigner pour se faire panser (28 décembre).
C’étaient des soldats calabrais au nombre de seize, qui défendaient le pont avec deux couleuvrines, d’admirables soldats rudes et sobres. Néanmoins, voyant que la résistance était inutile, ils se rendirent peu après à discrétion, « et cette discrétion fut qu'on les mit tous à mort», dit un chroniqueur 4. Celui qui avait blessé Fracasso eut même la main coupée avant d’être pendu.
Les Romains étaient accourus en foule pour assister à la prise du pont.
Le 6 janvier de cette année (1485), jour de l'Épiphanie, avait eu lieu la canonisation de Léopold III le Pieux, margrave d'Autriche, mort en 1136. L'empereur Frédéric IIT tenait tellement à cette faveur qu’il envoya au pape 15 000 ducats pour les frais du procès et de la béatification, d’où naquit le bruit qu’il l'avait achetée.
À quelque temps de là, il y eut discussion entre les moines Augustins et les chanoines du Latran à propos du costume dont il convenait de revêtir la statue de saint Ambroise, le jour où on l’exposait avec les autres docteurs de l'Eglise. Dans l’ardeur de la querelle le général des Augustins à qui l’on opposait l’opinion du pape, s’emporta à dire « que le pape avait été élu dans les ténèbres, vivait dans les ténèbres et mourrait dans les ténèbres». En raison de quoi il fut enfermé pendant un mois dans le château Saint- Ange et ensuite interné dans un monastère où il mourut de chagrin presque aussitôt.
1. Trois étaient légitimes et deux illégitimes. Commynes, un lonnaprirent part à l’aftaire. 127 déc. (ANTONIO DE VASCHO, p.531). peu surpris, remarque qu’en Italie on ne faisait aucune différence 3. Il y eut trois tués et vingt blessés. entre enfants légitimes et bâtards, 4. INFESSURA, p. 193. Cf. PONTANI, Pp. 54. — ANTONIO DE 2. Les archers des gonfalonniers, les gardes du pape, les gensde Co- VascHo, p. 524 avec des récits un peu différents,
Le succès remporté au pont Nomentano fut suivi, le 12 janvier 1486, de la prise de Mentana, dont les habitants jurèrent fidélité au souverain pontife. Cependant ce triomphe n’avança guère les choses ; la campagne romaine continuait à être sillonnée par des bandes appartenant soit aux Orsini, soit au duc de Calabre. Il n’y avait de sûreté pour personne. Les envoyés du duc Maximilien de Bourgogne, qui avaient pourtant versé une somme importante pour obtenir le libre passage, furent complètement dévalisés et arrivèrent à Rome à pied et en chemise. Pour dégager la ville, quelques soldats pontificaux voulurent faire une sortie par la porte Viridaria, mais ils se heurtèrent à un parti ennemi nombreux qui les ramena vivement (21 janvier 1486). La garde du palais et les soldats qui se trouvaient dans le quartier se portèrent en hâte à leur secours, ce que voyant, les gens du Borgo crurent qu’ils abandonnaient le Vatican parce que le pape, qu’on savait malade, était mort ou bien parce que Virginio Orsini était entré par ailleurs dans la ville, et la panique se répandit rapidement dans tous les quartiers. Les boutiquiers fermèrent leurs devantures, les marchands du marché du Capitole se sauvèrent en laissant sur place une bonne moitié de leurs marchandises, le palais sénatorial fut barricadé et mis en état de défense !. Le cardinal Della Rovere passait justement par là à cheval en compagnie du cardinal Jean Balue, au retour d’une promenade à Ostie ; quand ils virent les habitants si émus, ils crurent à quelque désastre, piquèrent des deux, et allèrent chercher un refuge au palais Saint-Marc qui est tout voisin. Les membres de la Curie mirent en lieu sûr leurs biens et les cardinaux se renfermèrent dans leurs palais. Telle était en ces temps d’alarmes la nervosité de la population romaine.
Le désarroi dura plus de deux heures et ne prit fin que lorsque le pape se fut montré à une fenêtre du Vatican,
Cette aventure eut un épilogue tragique. Les habitants de Mentana, à la nouvelle de la prétendue mort du pape, se mirent à crier : « Orso ! Orso ! » et firent éclater une grande joie. Quand Innocent VIII l’apprit, il entra dans une violente fureur et donna ordre de raser ce bourg.
Peu après, le 20 janvier 1486, nouvelle alerte : les chevau-légers des Orsini incendièrent la porte Viridaria ; la cour fut en émoi, car elle est voisine du Vatican ; le pape se leva à la hâte et chacun s’arma, maisles ennemis se retirèrent immédiatement en emmenant deux cents chèvres appartenant à un pauvre Corse et les vendirent de 12 à 15 bolognini, « en sorte que chacun put en avoir».