LA FIN DU RÈGNE
TENTATIVE D'EMPOISONNEMENT DU PAPE ET DE DJEM. — PREMIÈRE ET SECONDE AMBAS- SADES TURQUES.
E 15 novembre 1489, Innocent VIII alla pendant quelques jours respirer l'air marin à Ostie et Djem demeura seul au Vatican. Les Romains constatèrent alors, avec un étonnement amusé, que les prophètes avaient dit vrai quand ils
annonçaient qu’on verrait le Grand Turc remplacer le pape dans son palais.
Au commencement de l’année 1490, le pape et Djem sultan coururent un grand danger ; s’il fut imaginaire, il montre, à tout le moins, combien l’idée du poison hantait de plus en plus les esprits.
Un baron de la Marche d’Ancône, Cristoforo di Castrano ou Magrino!, avait été dépossédé de son bien deux ans auparavant par un protonotaire apostolique et, se trouvant sans ressources, était allé trouver le grand Turc ; celui-ci lui aurait remis, dit-on, des vêtements de brocart d’or, un diamant et promis l’île de Nègrepont et le commandement de deux cents galères s’il s’engageait à emporter à Rome, dans une ampoule, un poison qu'il verserait dans la fontaine où l’on puisait l’eau destinée au Vatican ?. Mais la fontaine se trouvait entourée d’une construction dont on avait pris soin de griller les fenêtres ; le coupable fut surpris au moment où il tentait d’y pénétrer ; il avoua et, après avoir été promené dans la ville attaché debout sur une charrette et tenaillé avec des fers rouges, il fut assommé à coups de massue et écartelé.
Comme, les jours suivants, une violente tempête se déchaîna sur la ville, les Romains se demandèrent si le Christ, qui avait subi tant d’outrages sans en tirer vengeance et
1. Magrino di Castricono, au dire de Sigismondo dei Conti, vol. II, 2. Ce poison était si puissant que rien que pour l'avoir regardé p. 39. THUASNE, Djem, p. 262.11 était seigneur de Castel Leone. on en mourait dans les cinq jours !