‹ Une cour princière au Vatican pendant la RenaissanceChapitre 65 sur 203 · VACANCE DU SAINT-SIÈGE · texte numérisé non relu

VACANCE DU SAINT-SIÈGE

Deux questions se posèrent tout d’abord aux cardinaux. Devait-on considérer comme faisant régulièrement partie du Sacré Collège Federico Sanseverino, le fils de Roberto, que le pape avait nommé mais qui n’avait pas été encore déclaré? Il se trouvait en compagnie de son frère Fracasso aux portes de Rome, avec beaucoup de soldats dont la présence ne fut pas, probablement, sans influencer la décision des cardinaux. Ils accueillirent donc parmi eux Sanseverino, que leur amenèrent les cardinaux Colonna et Sforza, lui remirent le chapeau et le déclarèrent apte à entrer au conclave. Son frère avait assisté à la cérémonie, A vrai dire, le choix qu'avait fait le feu pape n’était pas irréprochable, car le nouveau cardinal semblait plus fait pour les armes que pour l’Église ;

il n’était que sous-diacre.

1. Jean de Villiers de la Groslaye, évêque de Lombez. Il allait devenir cardinal.

L'exemple de Sanseverino détermina le patriarche de Venise, le camaldule Maffeo Gherardo qui se trouvait dans la même situation, à venir à Rome pour se faire admettre, dans le Sacré Collège. Celui-là, certes, n’était pas trop jeune ! Il avait quatre-vingtquinze ans, pouvait à peine marcher et se faire comprendre. Il mourut d’ailleurs quelques Jours après, le 14 septembre. Il était entré à Rome avec le vêtement blanc des camaldules, ce qui fit dire qu'il ne pouvait manquer d’être pape.

Ce point réglé, restait à traiter la question du château Saint-Ange. Le gouverneur en était alors l’évêque Gio. Batta Pinelli !. Il fut mandé au Vatican et on lui imposa de jurer fidélité au Sacré Collège et de garder le château à sa disposition. Pour plus de sûreté, le cardinal Lorenzo Cibo ? y fut envoyé comme surveillant, non sans avoir dû jurer luimême, sous menace de perdre le chapeau, qu’il s’en montrerait le gardien fidèle et vigilant.

Le geôlier de Djem sultan fut obligé de prendre un engagement analogue.

Dès le lendemain de la mort du pape, le Sacré Collège avait remis ses pouvoirs gouvernementaux au cardinal Raffaele Riario.

Les cardinaux ayant ainsi réglé toutes ces questions et voyant la tranquillité qui régnait dans la ville, pensaient pouvoir vaquer en paix aux obsèques du pape et à l’élection de son successeur, quand l’arrivée inopinée de Virginio Orsini, l’homme du roi de Naples, avec deux cents hommes, les plongea dans l'inquiétude. Le peuple en profita pour leur présenter ses revendications ; ils les écoutèrent et le vice-chancelier Borgia leur donna, au nom de tous, de vagues assurances dont ils eurent le bon esprit de se contenter (17 août 1492).

Le tombeau d’Innocent VIII existe encore à Saint-Pierre ; il est l’œuvre d’Antonio Pollaïiuolo ; le pape y est représenté deux fois, d’abord couché sur son sarcophage et au-dessus, assis, d’une main tenant le fer de la sainte Lance, de l’autre bénissant la foule d'un geste autoritaire. Dans les niches latérales sont les vertus cardinales : la Justice, la Prudence, la Tempérance et la Force. Une inscription ? placée postérieurement portait que, sous son pontificat, l'Amérique avait été découverte ! Or la flottille de Colomb mit à la voile huit jours après sa mort et ne parvint en vue du nouveau monde qu'après plus de deux mois de navigation.

L'ouvrage ne fut achevé qu’en 1498 ; on dut le transporter en 1606 à la place qu’il occupe. Le coût en avait dépassé 4 000 ducats.

1. Pinelli venait de Naples ; Innocent VIII l'avait créé évêque 2. Il en avait été gouverneur. de Cosenza en 1491. Il lui arriva, comme à tant d’autres, d’être 3. ForcELLA, vol. VI, p. 146, n° 536. L'inscription est de 1621. prisonnier dans la forteresse dont il avait été gouverneur, Elle est fautive en plusieurs points.

TRAVAUX ACCOMPLIS A ROME !. — PEINTRES, SCULPTEURS, ÉCRIVAINS, THÉATRE.

Innocent VIII n’eut ni les moyens ni peut-être le goût d’imiter son prédécesseur en ce qui concernait l’embellissement de sa capitale ; néanmoins il ne laissa pas inachevés les travaux entrepris par lui. La cour des Loges, au Vatican, dont les remaniements de Jules II et de Léon X ont complètement changé l'aspect, fut terminée. Il bâtit « le Palais d’'Innocent VIII ».

Cette construction haute de quatre étages. renfermait de vastes salles destinées à la réception et aux bureaux de la chancellerie, qui prenait une grande importance. Le . Vatican eut, dès lors, un aspect imposant qu’il n'avait pas possédé jusqu'alors.

Le cardinal Della Rovere fit venir à Rome, surl’ordre du pape, le peintre Mantegna pour participer à ce travail. Les appartements destinés aux grands personnages, qui venaient de plus en plus fréquemment à Rome, furent ornés de peintures et décorations en of.

En 1610, cette partie du palais fut démolie pour permettre l'achèvement de la façade de Saint-Pierre ?.

Au sommet de la colline vaticane, à l’endroit d’où la vue est si belle sur Rome, le Tibre et la proche campagne, il fit construire (1485), à la place d’un ancien magasin d'huile, une villa qui présentait l’aspect d’un château féodal crénelé avec d'énormes soubassements. Il y avait six pièces et une chapelle au premier étage *. L'architecte en fut peut-être Pollaiuolo, mais plutôt Jacobo di Pietrasanta. Le Pinturicchio y peignit « à la manière flamande #» les grandes villes d'Italie, Rome, Venise, Milan, Florence. C’est le cardinal Della Rovere qui avait obtenu de Gonzague que le peintre quittât un temps Mantoue pour venir travailler à Rome. Les pourparlers durèrent deux ans; enfin le Pinturicchio vint, en 1488, et tint à honneur de se montrer digne du souverain qui l’avait autorisé à servir le pape et de l’œuvre à laquelle il collaborait. Malheureusement, il ne reste rien de son œuvre, car, à la fin du xvirie siècle, Pie VI transforma en grande partie le Belvédère pour y établir le musée Pio Clementino. Grégoire XIII y avait ajouté au Nord la Torre dei Venti. La construction en avait coûté plus de 60 000 ducats.

En 1490, une fontaine fut établie sur la place Saint-Pierre, à droite de l'entrée de la basilique ; elle était en marbre de Paros, à deux vasques superposées, ornée de sculptures et de motifs en bronze dus à l’orfèvre Alonzo. Heemskerck et Dosio en donnent une représentation dans laquelle, à vrai dire, ces ornements font défaut ; la fontaine y apparaît très simple au contraire. Elle passa, lors de sa construction, pour une des plus belles d'Italie.

1. SiGISMONDO DE1 ConTi. — E. Münrz, Les Arts à la Cour des se trouve un plan du Vatican à cette époque. (Vol. x, p.8,) Papes. Innocent VIII, Alexandre VI, Paris, 1898. — PrETRO 3. Voir G10. Prerro CHATTARD, Nuova Descrizione del Vaticano STETTINER, Roma nei suoi monumenti, Roma, 1911. Rome, 1762. — MünTz, p. 69. — Voir planche XXIV.

2. Dans la nouvelle édition du Muratori (Diarium de Burchard) 4. Probablement en marouflage.

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