LE CHATEAU SAINT-ANGE AU TEMPS D'ALEXANDRE VI
LE CHATEAU SAINT-ANGE ET LE CORRIDOR SECRET. Bibl. Nat. Estampes.
VATICAN
PI. 16, page 128,
Des travaux furent entrepris au palais du Capitole ; la tour dite de Nicolas V porte les armes du pape ainsi que celles du cardinal Innocenzo Cibo. Le Tabularium, qui servait depuis des années de grenier à sel, fut restauré. Le musée reçut une tête, une main et un pied de marbre, de dimensions colossales, qu’on venait de découvrir et qui furent supposés appartenir à une statue d’Apollon.
Un peu partout dans la ville il y eut des travaux d'entretien. Le pont Saint-Ange et la fontaine Trevi furent restaurés ; la place Campo di Fiore fut pavée ainsi que certaines rues, notamment celles que Sixte IV avait laissées inachevées ; la place Giudea fut refaite. Ce fut Falcone dei Sinibaldi, un Romain, qui eut cette entreprise. On fit quelques travaux à la Torre di Nona, à la porte Pinciana, à la tour Del Soldano.
Un nombre considérable d’églises avaient besoin de réparations ; Innocent VIII en fit exécuter au Latran, en 1484, mais il ne put poursuivre, faute de fonds, les travaux entrepris sous le pontificat précédent. On restaura S. Giuliano de’ Fiamminghi, S. Maria del Popolo, S. Maria della Pace. Cette église venait à peine d’être achevée, mais on bâtissait hâtivement, sans soins. Un peu plus tard, une partie du Vatican s’effondra à peine achevée et Léon X dut aller se réfugier précisément dans l’aile élevée par Innocent VIII. En rebâtissant l’église S. Maria in Via Lata (1401), on découvrit, sous une dalle de porphyre, les restes de saint Hippolyte et de saint Darius, une épaule de saint Philippe, les vêtements de saint Jean-Baptiste, un fragment de la Croix et de la sainte Eponge. Ces reliques furent déposées dans l’église S. Prassede. Pour la construction de cette église, on employa des pierres provenant de l’arc de triomphe de Dioclétien !. Le pape donna 400 ducats pour ce travail, le vice-chancelier Borgia 300 et le camérier 200, à la condition, toutefois, que le marbre trouvé dans la démolition serait pour eux.
Le toit de l’église S. Croce in Gerusalemme fut restauré ; en réparant l’arc de la tribune, on mit à découvert une boîte scellée contenant l’écriteau dela Croix. Toutes les lettres de l'inscription (en latin) s’y voyaient encore, excepté les dernières.
Afin d'exécuter ces travaux, Innocent VIII fit appel à des architectes tels que Giacomo et Lorenzo da Pietrasanta, Baccio Pontelli, Graziadei Prata de Brescia ; à des peintres tels que le Pérugin, le Pinturicchio, Antonazzo Aquilio, Matteo Serdenti d'Amelia, Filippino Lippi qui travailla aussi pour le compte du cardinal Carafa dans l'église S. Maria sopra Minerva ?, et enfin, mais pour peu de temps, Mantegna ; à des sculpteurs tels que Pollaiuolo, Luigi Capponi, Andrea Bregno qui firent surtout des autels, des retables et des décorations d’églises.
Ce qu’on demandait le plus souvent aux sculpteurs, c’étaient des tombeaux. Les églises de Rome abondent en monuments funéraires de cette époque : dans S. Giacomo degli Spagnoli, tombeaux de Gondisalvo de Veteta (1484), de Alfonso de Paradinas (1485), de Ferdinando de Cordoue (1486) ; à S. Salvatore in Thermis, tombeau de Regnault
1. Cet arc reçut vers ce temps le nom de « In Portogallo » à cause 2. Le tombeau de Paul IV cacheen partie un tableau de lui qui de son voisinage de l'habitation du cardinal de Lisbonne (Costa). représente saint Thomas d'Aquin. Le cardinal Costa lui donna aussi Alexandre VII en acheva la destruction. des commandes.
Duchamp (1485) ! ; à S. Maria del Popolo, tombeau de Marc Antonio Albertoni (1485) ; à S. Maria del Popolo, dans le couloir de la sacristie, tombeau de Nastore Malvezzi (1485) ; à S. Maria sopra Minerva, tombeau de Marcello Rustici (1484) ; à Saïinte-Marie Majeure, tombeau du cardinal Philippe Lévis de Quelus et de son frère Eustache, tous deux successivement archevêques d'Arles (1480) ?.
Pollaiuolo travailla, on l’a dit, pendant des années au monument de Sixte IV.
Les sculpteurs firent aussi des autels à S. Maria del Popolo, à $S. Agnese fuori le mura, à S. Maria sopra Minerva...
La grande disette des finances pontificales obligeait le pape à ne s'acquitter que bien irrégulièrement de ce qu’il devait aux artistes pour leurs travaux. Vasari rapporte que le pape ayant un jour demandé à Mantegna ce que représentait une figure qu’il avait mise dans un de ses tableaux, celui-ci, qui attendait depuis longtemps son salaire, lui répondit qu’elle symbolisait la Parcimonie : « Eh bien, répliqua le pape, donnez-lui pour voisine la Patience, elle sera en bonne compagnie. »
C’est sans doute ce manque d’argent qui priva Rome, sous ce pontificat, d'ateliers de mosaïque, de céramique et de verreries.
Quelques cardinaux commandèrent des travaux : Domenico della Rovere édifia le palais Scossa Cavalli et fit construire une chapelle dans l’église S. Maria del Popolo. Le Pinturicchio la décora. Dans cette même église, le cardinal Antonietto Pallavicini se fit élever un tombeau. Les cardinaux Ardicino della Porta et Sclafenati suivirent cet exemple. Le cardinal de Mendoza contribua à la réédification de l’église S. Croce in Gerusalemme.
Les écrivains furent moins nombreux sous le règne d’Innocent VIII que sous les précédents pontificats.
On racontait que Politien, envoyé à Rome par le gouvernement florentin pour prêter au pape le serment d’obédience, fut chargé par celui-ci de traduire en latin les auteurs grecs qui avaient relaté les hauts faits des Romains. Politien choisit Hérodien, qui composa une histoire de certains empereurs romains. Innocent VIIL sans doute entraîné par le goût de son temps, favorisait les hellénistes ; il nomma bibliothécaire du Vatican un helléniste, Giovanni Lorenzi, en 1485.
Le Vénitien Ermolao Barbaro, dont la science précoce fit l’étonnement de l'Italie, vécut à Rome contre sa volonté. Envoyé par Ludovic le More auprès du pape, celuici le prit à gré et lui accorda, à la mort du cardinal Marco Barbo, le patriarcat d’Aquilée. Or les Vénitiens ne permettaient pas à leurs concitoyens d’accepter de pareilles fonctions sans en avoir référé à leur gouvernement, en sorte que, pour avoir omis cette formalité, Barbaro se vit exilé, malgré sa haute réputation et sa valeur. II mourut de la peste, l’année suivante (1493), à l’âge de trente-neuf ans.
Les deux principaux chroniqueurs de ce temps, après Infessura et Burchard, Jacobo
1. Reginaldo Campi, messager du pape, 2. VINCENZO ForCELLA, Iscrisione. Voir planche XI et XIV
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Gherardi da Volterra et Sigismondo dei Conti, furent l’objet des attentions du pape. Sigismondo devint, à la mort de Marcello Rustico, secrétaire apostolique (décembre 1481)". Gherardi avait été fort choyé à la cour de Sixte IV qui lui accorda plusieurs charges ; si le pape avait vécu un peu plus, il l’aurait fait évêque d’Urbino. Innocent VITT lui confia de difficiles ambassades auprès du roi Ferrante pour en obtenir l’exécution du traité de paix, auprès de Ludovic le More pour exiger le payement de la dîme et l’engager à s’allier au pape contre le roi de Naples, auprès de Laurent le Magnifique dans la même intention.
Quant à Sigismondo dei Conti, Innocent VIIT lui accorda une place dans le corps des Segretarir apostolici ?.
On pourrait à la rigueur citer encore Gaspar Blondus et André de Trébizonde qui faisaient l’un et l’autre partie du collège des secrétaires apostoliques. Gaspar Blondus, fils du célèbre Flavius, avait publié à Rome, en 1474, l’œuvre capitale de son père, Roma illustrata ; 1 y ajouta quelques commentaires et ce fut là toute son œuvre littéraire 3, Il y avait à Rome un autre Gasparo Biondo, lequel exerçait les fonctions de notaire 4.
Andrea Trapezunzio était, comme Biondo, fils d’un père illustre, de Georges de Trébizonde, et c’est la seule raison qui a sauvé relativement son nom de l’oubli. Andrea dédia au pape Sixte IV la version que son père avait faite de l’Almageste de Ptolémée mais que sa mort l’'empêcha d'achever. Giorgio écrivit aussi pour son fils un traité sur les Parties du discours qui parut en 1478 à Milan. Après avoir vécu quelque temps à Constantinople, il était venu finir ses jours à Rome et se logea près de l’église S. Maria sopra Minerva afin de se rapprocher de « son cher et docte fils Andrea 5».
Le poète Giampietro Arrivabene, élève de Filelfo et Tito Vespasiano Strozzi, autre poète envoyé auprès du pape par son seigneur, le duc Ercole de Ferrare, ne semblent pas avoir séjourné à Rome fort longtemps.
Si Innocent VIII attira ou retint à Rome quelques écrivains, il ne s’occupa guère de l’imprimerie ; d’ailleurs, sous les papes précédents, c’étaient principalement les cardinaux et les barons qui avaient accordé leur appui aux Allemands venus à Rome pour y établir des presses. Le premier engouement passé, cette industrie languit ; les Pannartz, les Ulrich Han, les Schweinheïm, les Lauer étaient morts ou découragés. La production diminua singulièrement. Le nombre des ouvrages parus à Rome entre 1484 et 1492 ne
1. «Homme très lettré, austère dans ses mœurs, plein de modestie et très digne de remplacer son prédécesseur », dit son collègue et confrère GHERARDI, qui avait été nommé en 1479.
2. Il y avait, dans la Curie, deux collèges, celui des Scrittori et celui des Segretarit apostolici. Les premiers étaient surtout des rédacteurs ; leur rôle consistait à rédiger sur parchemin et en caractères appropriés les bulles contenant des faveurs pontificales. Les seconds, dont la situation était éminente à la cour, s’occupaient des affaires qui intéressaient les princes et les souverains. C’est de ceux-ci que Sigismondo faisait partie. Le pape lui confia aussi
des missions diplomatiques. Le collège des Segretarii servait au pape à récompenser les littérateurs, les érudits et les savants.
3. Préface de l'ouvrage par l’évêque de Brescia, Domenico Dominici (Rome, 1474, in-fol.). Le P. Grov.BATT. AUDIFFREDI, Catalogus historicocriticus Romanorum.…, Rome, 1783, p. 163, n° xvI.
4 G: GATTI, Alouni atti camerali rogati dal not. G. Blondo, dans Studi e Doc. di Stor. e Dirit., 1886, VII, p. 59-83.
5. APOSTOLO ZENO, Diss. Vossiane, Venise, 1753, vol. II, p.1, 27. — ARGELATI, Bibl. Script. Mediolanensium, Milan, 1745, vol. I.
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dépasse guère cent cinquante, ce qui est peu relativement au nombre de livres imprimés sous le précédent pontificat 1.
En revanche, l’art théâtral commença à se manifester. En l’an 1490, la confrérie du Gonfalon sollicita du pape l’autorisation de représenter dans le Colisée des drames sacrés. Cette confrérie était déjà ancienne. Le pape et les conservateurs signèrent, le 17 Mars 1400, un accord avec ladite confrérie et celle du Saint-Sacrement, propriétaire en grande partie du monument, par lequel il était permis à la confrérie du Gonfalon de donner des représentations « en l’honneur de Dieu et des saints». L’acte fut signé au palais des conservateurs.
Lors des représentations, les arcades servaient de fond et de coulisses ; on établit dans les galeries supérieures les machines destinées à soutenir les anges ; des décors grossiers représentaient les Lieux Saints ; dans la liste des accessoires, on trouve : une potence pour pendre Judas, vingt-deux perruques, deux manteaux pour Marie (un bleu et un rouge), un sceptre pour Pilate, une paire de chausses pour le Christ... Le public se tenait dans l’arène ; quant aux frais, ils étaient couverts en partie par des donations. La première pièce représentée (1490) fut la Passion du Christ, en sept actes. En 14017, le chevalier de Harff assista à la représentation : « On vit, écrit-il, des hommes vivants représentant la flagellation, la crucifixion, la mort de Judas ; ils étaient de famille noble et tout se passa avec beaucoup d'ordre et de décence.» Le dialogue, d’abord en dialecte romain, fut ensuite en italien ?.
On ne jouait pas que des drames sacrés. En 1488, il y eut une représentation de l’Hippolyte de Sénèque dans laquelle le savant Inghirami joua si bien le personnage de Phèdre que le nom lui en resta. On donna également vers ce temps l’Asinaria de Plaute.
Les événements inspiraient des pièces de circonstance : lors d’une tentative d’assassinat du roi d’Espagne, Ferdinand le Catholique, à Barcelone, Carlo Verardi en fit le sujet d’un drame, Fernandus Servatus, que son neveu mit en vers. À l’occasion de la prise de Grenade, on en donna, comme il a été dit, une représentation sur la place Navona. Bientôt même, la comédie fit son apparition ?.
Sulpizio da Veroli, auteur d’un traité de grammaire et d’un poème en latin sur l’art de se tenir à table, avait organisé une troupe de comédiens amateurs qui jouaient, sur un tréteau élevé dans le Forum, des comédies de Térence ou de quelque autre auteur classique. Parfois, le spectacle avait lieu au château Saint-Ange, probablement dans la cour qui a gardé le nom de cour du théâtre 4. Le pape y assistait.
1. Imprimeurs exerçant au temps d’Innocent VIIT: Olivieri senter devant son palais l’Annonciation, Le pape, qui passait à
Servio, Lignamine, Pietro de Turre, André Freitag, Adam Rott.- cheval avec plusieurs cardinaux, s’arrêta et assista à ce spectacle Barth. Guldinbeck, Stephan Plannck, G. Herolt, Eucharius Silber, que Burchard jugea insipide «rem satis simplicem ».
et les ateliers désignés par un livre sorti de leurs presses Impri- 3. Rome au temps de Jules IT, chapitre IV.
merie du Manilius, imprimerie de l’Herodianus. 4. ALESSANDRO D'ANCONA, Origine del Teatro Italiano, Twin,
2. Le 28 mars 1497, le cardinal Groslay (Saint-Denis) fit repré- 1891, vol. II, p. 68. Voir planche XX,
ALEXANDRE VI