Oratio de cligendo summo pontifice. Plaq. de 19 pages
3. « Quelques fois par le billet on donne sa voix à trois diverses personnes dont l’effet est tel que le billet peut servir seulement à celui qui se trouve avoir plus grand nombre d’autres voix »
dit JÉRÔME Brenon (Traité touchant l’Election dupape, Paris, 1605,
4. Élu cardinal le 17 mars 1484, Ascanio Maria Sforza, né à Crémone le 23 mars 1455, était fils de Francesco I Sforza et de Bianca Visconti, frère par conséquent de Ludovic le More et oncle de Galeazzo Maria, prédécesseur de Ludovic, lequel était mort + de fièvre empoisonnée » en 1494; Astanio mourut le 27 mai 1505,
qui avait pour lui les cardinaux anciens !, et d’Ardicino della Porta. Les ennemis de la France et le parti espagnol travaillaient contre Giuliano et poussaient Ascanio qui, d'autre part, était redouté par ceux qui ne voulaient pas de l’hégémonie milanaise en Italie. Rodrigo Borgia soutenait Ascanio, qu’il savait bien ne pouvoir être élu. Plusieurs tours eurent lieu sans résultat. Cependant Borgia se remuait, ses agents parcouraient le conclave, semant les promesses, les soupçons et les paroles insidieuses.
. Sa très grande richesse lui permettait d’agir sur les électeurs désireux de se laisser corrompre. Il offrit tout son bien, sachant qu’il aurait, étant pape, le moyen de se reïaire, voire, au besoin, de reprendre ce qu’il avait accordé. Ce qu’il fit en effet. Infessura, avant de commencer l’énumération des largesses de Borgia aux cardinaux, dit avec son ironie coutumière : « Le pape donna tout son bien aux pauvres. »
Au cardinal Ascanio, il promit la vice-chancellerie, son palais avec ce qu’il contenait, le château de Nepi et l’église d’'Erlau (Agria) en Hongrie rapportant 10 000 ducats. Par avance, il avait envoyé chez lui quatre mulets chargés d'objets précieux sous le prétexte de les mettre en sûreté.
Au cardinal Orsini, il promit les châteaux de Monticelli et de Soriano, la légation de Marches, l'évêché de Carthagène rapportant 500 ducats.
Au cardinal Colonna, il promit l’abbaye de Subiaco avec les vingt-huit châteaux qui en dépendaient et qui rapportaient 3 000 ducats. Ils resteraient à perpétuité la propriété de la famille Colonna. Le cardinal Ascanio lui céda l'évêché de Pavie.
Au cardinal S. Angelo, il promit l’évêché de Porto avec ses dépendances et une cave pleine de vins.
Au cardinal Sclafenato, il promit le domaine de Nepesina.
Au cardinal de Gênes, l’église S. Maria in Via Lata, qui comptait sept cents paroissiens et avait de gros revenus.
Au cardinal Savelli, la ville de Civita Castellana, la légation de Pérouse et la basilique de S. Maria Maggiore ?.
Les serviteurs du vieux patriarche de Venise, Gherardo, dont on se demandait s’il lui restait assez d'intelligence pour voter, reçurent 5 000 ducats, somme bien placée, au reste, car son vote décida de l'élection.
Chaque cardinal eut, en outre, la promesse que son revenu serait porté à 15 000 ducats.
En dehors du conclave, le condottiere Gaspare Fracasso, le frère du cardinal Sanseverino, reçut l’assurance qu’il lui serait alloué une solde de 15 000 ducats pour cent hommes d’armes et trente archers %. Toutefois l'élection faite, Borgia eut quelque regret ; certains cardinaux virent leur part diminuée, entre autres le cardinal Savelli.
1. li devint pape à la mort d’Alexandre VI souslenom de PieIII, ses biens ; il était d’ailleurs bien sûr de s’en procurer de nouveau. mais mourut aussitôt. Voir à la fin de ce volume. 3. INFESSURA. — Lettre de Valori, dans l'édition de Burchard
2. On donna comme excuse à ses générosités qu’un pape ne pou- de Thuasne, vol. IT, p. 610. Burchard était absent de Rome à ce vant posséder de bénéfices. Rodrigo était tenu de se défaire de moment, sans doute à surveiller ses biens en Alsace.
Carafa, Piccolomini, Della Rovere, Costa n’eurent rien ou ne se laissèrent par tenter. :
Le scandale fut éclatant et public. Dès le 13 août 1492, l’ambassadeur florentin Manfredo Manfredi donnait en détail la liste des donations reçues par les cardinaux; le 22 août, il écrivait à la Seigneurie : « On sait que Sa Sainteté a promis ou payé une grande quantité d'argent, peut-être 150000 ducats, dont une forte partie sera versée par les Spannocchi qui sont les banquiers du nouvel élu. » Et il l’informe que le pape a dû se faire avancer quelque argent par divers cardinaux, entre autres par le cardinal S. Maria in Porticu, Zeno, le neveu de Paul II 1
Un peu plus tard, en 1495, Commynes rapporte que les cardinaux amis de Charles VIII assuraient que le pape avait acheté sa dignité et il ajoute «qu’ils disaient vrai».
En 1501, on se répétait ces vers de Sannazar rappelant que le chiffre VI portait malheur à Rome.
Sextus Tarquinius, Sextus Nero, Sextus et iste Semper sub Sexto perdita Roma fuit.
Vendit Alexander claves, altaria, Cristum ; Emerat ille prius, vendere jure potest ?.
D'ailleurs, comment douter depuis que les documents des archives vaticanes ont montré la réalité de ces donations # ?
La corruption des membres du Sacré Collège avait été si déhontée que Jules II publia, le 14 janvier 1505, la bulle Cum, tam divino, pour déclarer nulles les élections qui se feraient désormais dans de pareilles conditions, et passibles d’excommunication et de dégradation les cardinaux qui vendraient leurs suffrages.
Les largesses de Rodrigo décidèrent du vote. Sa nationalité aurait pu lui nuire ; tout au contraire, elle le servit. Le prestige de l'Espagne était grand depuis le triomphe du roi catholique sur les Musulmans, on le considérait comme le rempart de la chrétienté et l’on s'attendait à le voir pousser plus loin ses succès et anéantir le Croissant.
Le cardinal Ascanio s’employait activement en faveur de son rival ; on s’en étonnait autour du conclave ; sans doute, voyant qu’il ne pouvait être pape lui-même, pensait-il, en faisant élire un pape de sa main, pouvoir le manier à sa guise, ce en quoi il se mécompta lourdement. Cependant le cardinal Rodrigo n’avait réussi à obtenir que quatorze voix, or il lui en fallait quinze { ; ses adversaires, Giuliano, Basso della Rovere, Cibo restaient inébranlables ; c’est alors que la voix du cardinal Gherardo décida de
1. « Ogni Sua facolla spese per esser papa », écrit MATARAZZ0O. Caæsare magna tuit, nunc Roma est maxima, Sextus H. DE L'Érinois subtilise sur la question de savoir ’il y eut là Regnat Alexander, ille vir, iste Deus. simonie, puisque Jules II ne l’avait pas encore définie et interdite. 2. Ces vers sont une réplique, à ce qu il semble, des vers empha- 3. Publiés par PASTOR. tiques dont on Cécora un des arcs de triomphe élevés en l’honneur 4. C'est-à-dire les deux tiers des votants d’après la Constitution du pape lors de son couronnement. d'Alexandre III de 1170.
LECPAPERPALEXANDRESYT:
PORTRAIT DU PAPE ALEXANDRE Vi, dans la Galerie épiscopale de Valence, (Phot. Sanchis.)
JATIVA : VUE GÉNÉRALE. (Phot. Laurent et Cie, Madrid.)