‹ Une cour princière au Vatican pendant la RenaissanceChapitre 7 sur 203 · CARACTÈRE DE SIXTE IV · texte numérisé non relu

CARACTÈRE DE SIXTE IV

La joie fut grande à Rome à la nouvelle de l'élection de Della Rovere. C'était une habitude. Avait-on gagné au change? Muni de la toute-puissance, Sixte IV put développer son caractère dont les circonstances l'avaient obligé jusqu'alors de refouler les aspirations. Il avait l’aspect et le caractère des rudes mariniers de la côte ligure, la forte charpente, le masque volontaire, l'extrême dureté, l’entêtement ; les décisions extrêmes ne lui répugnaient pas plus que la vue du sang. Deux employés du Vatican ayant décidé de se battre, revêtus d’armures, jusqu’à la mort, il demanda que le combat eût lieu, non hors de la ville, comme il avait été décidé, mais dans une cour du palais, sous ses fenêtres. Il bénit les deux adversaires avant le combat qui fut mortel.

Ses rigueurs furent terribles : la prison, la confiscation, le bannissement, la mort étaient ses moyens de gouvernement.

Toutefois, Sigismondo dei Contiet Jacobo Gherardi da Volterra, ses contemporains, le représentent bon et charitable. Un prédicateur ayant tonné en chaire contre lui, il ne fit qu’en rire ; des masques lui ayant barré le chemin un jour de carnaval, il attendit patiemment.

Il savait à l’occasion s’assouplir.

Un peu avant sa mort, il voulut introduire dans le tribunal de la Rote un jurisconsulte, expert sans doute, maïs contrefait et qui n'avait pas passé « par l'épreuve de l’eau et du feu ». Le chroniqueur Jacobo da Volterra, qui était secrétaire apostolique et, depuis 1479, camérier d'honneur du pape 1, fut délégué auprès de lui pour le supplier de renoncer à son dessein. Sixte IV avait lui-même, par une bulle datée du 14 mai 1472, réduit de quatorze à douze le nombre des auditeurs et prescrit qu’ils ne seraient admis qu'après un examen passé devant le vice-chancelier, alors le cardinal Rodrigo Borgia.

1. Antonio Basso l’avait recommandé au pape. Jacobo da Vol- évêque d’Aquino. Voir la savante notice que lui consacre le proterra le secondait dans ses exercices pieux et l’accompagnait fesseur Enrico Carusi dans la nouvelle édition du Muratori, quand il visitait les églises; Sixte IV l’enrichit, Il faillit devenir vol, XXII,

Néanmoins, il répondit par une fin de non-recevoir. Deux membres du tribunal allèrent lui renouveler leurs protestations et ceux-ci furent assez heureux pour le convaincre. Sixte IV les remercia même « d’avoir si bien défendu la dignité du tribunal ».

Infessura ne raconte pas les choses tout à fait de la même façon ; il prétend que les membres du tribunal de la Rote, menacés par les soldats de Riario, parce qu'ils se refusaient à élire son candidat, durent s’enfuir dans le Transtévère et que ce fut pourquoi il ne fut pas reçu la première fois; ilajoute qu’ilavait versé à Riario 200 ducats et qu'il en avait promis I 000 au pape, mais on sait l'esprit critique d’Infessura.

Sixte IV donna une plus grande preuve de l'empire qu’il pouvait avoir sur lui-même en ne punissant pas le grammairien Théodore de Gaza qui avait jeté dédaigneusement dans le Tibre une bourse, pas assez garnie à son avis, que le pape venait de lui donner en remerciement de la traduction d’une œuvre d’Aristote.

Au demeurant Sixte IV était généreux, voire prodigue à l’occasion. Non seulement les membres de sa famille, mais des étrangers furent comblés de ses largesses ; la reine Charlotte de Chypre, venue avec quelques gentilshommes dont Podocatharo qui devint cardinal par la suite (28 septembre 1500), fut logée au Borgo et reçut 100 florins par mois. La reine de Bosnie en avait autant. Sophie Paléologue vivait également des générosités du pape qui la maria en lui donnant 6 000 ducats de dot. Le despote d’Épire avait 150 florins par mois. Mais les moyens lui manquèrent souvent. À quelqu'un qui se plaignaïit à lui de ne pas recevoir la pension dont il avait été gratifié, il répondit : « Je vous l'ai bien promise ; je n’ai pas pris l'engagement de vous la faire verser.» Parfois sa libéralité était paralysée par des mauvaises volontés. Un couvent se refusa à fournir la gratification qu'il devait donner sur son ordre à l’un des peintres de la chapelle Sixtine, Diamante. Quand le grammairien Théodore de Gaza accablait d’injures, au lieu du pape, son trésorier Meliaduce parce que son traitement de maître à l’Université et de secrétaire apostolique (500 et 200 ducats) ne lui était pas payé, ce n’était pas seulement par respect pour la dignité apostolique, mais parce qu’il savait très bien que le pape n’y pouvait rien.

Libéral envers les autres, Sixte IV n’était pas ménager des deniers de l’Église lorsqu'il s'agissait de ses satisfactions personnelles. La cour pontificale devint fastueuse à l’égal de celles des princes séculiers les plus opulents.

Cependant, bien qu’il ait fait fabriquer une tiare presque aussi riche que la tiare de Paul II, Sixte IV n'avait pas, ce semble, la passion de son prédécesseur pour les pierreries et les joyaux. Mais il se plaisait à meubler richement ses appartements ; de Bruges, il fit venir trois tapisseries qui lui coûtèrent 900 florins (1483). Artefelt et Victor Bachoren de Bruges reçurent un acompte de 3600 florins pour des étoffes d’or et de soie destinées au Vatican. En Italie, il commandait des meubles, de l’argenterie, des crédences. Les dépenses journalières de sa maison s’élevèrent, en l’année 1476, à 34 florins.

Sixte IV aimait à donner des fêtes, et il y en eut de splendides sous son règne. Si l’on joint à ces dépenses les frais des guerres continuelles qu’il provoqua et des travaux qu'il

entreprit, on conçoit que la situation du trésor pontifical soit devenue des plus difficile et que sa hâte ait été grande de connaître les ressources sur lesquelles il pouvait compter.

C’est pourquoi il convoqua dès le 13 août 1471 les cardinaux pour venir visiter avec luile trésor déposé au château Saint-Ange. Ce fut, à tout prendre, une déception. Après un banquet, la visite commença ; on trouva d’abord, raconta un des cardinaux à l’envoyé du duc de Milan !, cinquante-quatre coupes d’argent remplies de perles, dont on estima la valeur à 300 000 florins. Les cardinaux mirent leurs cachets sur les coffres qui les contenaient et il fut décidé que ces perles seraient vendues au profit de la croisade. Puis on présenta aux visiteurs une tiare estimée 300 000 florins. Un diamant de 7 000 ducats fut remis au cardinal d’Estouteville à qui le Saint-Siège devait de fortes sommes. Quant aux pierres, aux fils de perles, aux matières d’or et d'argent, qu’on vit ensuite, onles évalua à un million de ducats. Mais, comme le fit remarquer un des assistants, tout cela n’était pas de l’argent comptant et la valeur en dépendait du bon vouloir des acheteurs. Ceci était d'autant plus grave que l’on ne trouva que 7 000 ducats en carlins ?. Il y avait bien des actes portant reçu de sommes importantes atteignant parfois 100 000 ducats, mais les noms des bénéficiaires n’y figuraient pas ; aussi ne put-on les réclamer.

Les ventes commencèrent dès le mois de mai suivant ; les Médicis achetèrent alors pour 32 170 florins de gemmes et de joyaux ; le roi de Naples, pour 16 000. C'était bien peu au regard des sommes qu'il aurait fallu.

Le pape s’occupa de faire, à tout le moins, rentrer les sommes dues au Saint-Siège. Le 29 octobre 1471, il chargeait deux clercs de la Chambre apostolique, Nicola Bonaparte et Antonio de Forli, d'examiner les comptes des banquiers qui avaient été en rapport avec la Chambre : les Médicis, les Pazzi, les Spannocchi, les Baroncelli, les Spinelli, Raynaldo della Luna, Giovanni della Casa, Everardo de’ Salviati, Pietro Archangelo d’Urbino, Galeotto de’ Franciotti, Giovanni de’ Nochi, Antonio de’ Novini, Orlando et Antonio de’ Sarraceni, lesquels prétendaient tous être créanciers de l’Église. En outre, ordreétait donné à tous les archevêques, évêques, protonotaires et trésoriers de présenter leurs comptes dans un délai de quinze jours. La plus grande publicité fut donnée à cette ordonnance que le pape fit afficher trois jours de suite (1°, 2 et 3 janvier 1472) àla porte de Saint-Pierre, au château Saint-Ange, sur la place Campo di Fiore. CTPLTEL

Le pape eut recours aussi à la création de charges qu’il vendait. Par une bulle datée du 11 janvier 1478, Divina æterna, ilmodifia le corps des abréviateurs * et en porta le nombre à soixante-douze. Quinze charges furent ainsi créées pour lesquelles plus.de trois cents acquéreurs se présentèrent. Des charges de tabellions (adstipulatores), sans l’intervention desquels on ne pouvait rédiger aucun acte, fournirent aussi d’assez fortes sommes,

1. PIETRO DE MapDiGNANO, Leltre au duc Galeazzo Maria, en ilfallait donner 33 florins pour 15 ducats plus 30 bolognini. date du 14 août 1471. PAsToR, vol. IV p. 193. Suivant les temps, 47 à 80 bologniniéquivalaient à un florin, Quant 2. Il y avait deux sortes de ducats, le ducat-or, qui pesait 3 gr.45. au carlin, sa valeur fut un peu plus tard. de o fr. 80. Il datait de A 3fr. 444 le gramme d'or, sa valeur était donc de 11 fr. 90. Le Charles d’Anjou et était une monnaie d’argent, On ne comptait ducat de la Chambre valait un ducat-or plus 15 bolognini. Jadis plus guère en florin à l’époque de Sixte IV. le ducat et le florin étaient équivalents, A la fin du xve siècle. 3. Voir précedent volume, p. 398.

Ces officiers étaient si peu utiles qu’Innocent VIII s’empressa de les supprimer. Sixte IV vendit le protonotariat du Capitole, de l’Université, de la Chambre urbaine. Il existait des tarifs pour les bénéfices et les évêchés!. De nouveaux spa furent établis, les anciens furent augmentés et strictement perçus.

Cependant, quand Sixte IV mourut, illaissa plus de 150 000 ducats de dettes. Il est vrai qu’il avait remboursé les dépenses engagées par Paul IT pour la construction de la tribune de Saint-Pierre, la réparation du Vatican, la création d’une rue au Borgo et d’autres travaux.

LES NEVEUX DU PAPE. LA Cour.

Le pape s’empressa de récompenser ceux quiavaient aidé à son élection. Borgia reçut la commende del’abbaye de Subiaco ; Francesco Gonzaga, l’abbaye de S. Gregorio ; Latino Orsini, le titre de camerlingue ; en outre, les deux fils de Francesco di Anguillara reçurent la promesse d’une dot de 2 000 florins à prélever sur la gabelle du sel et sur les taxes perçues dans les terres de Gabriele Francesco Farnese (1474). cadeau ne fut pas une simple promesse ; l’un des fils s’étant marié en 1475, le trésorier du Patrimoine fut chargé de verser la somme (3 mars).

Pietro Riario, qui était le fils de la sœur du pape, Bianca, et qui, en sa qualité de conclaviste, avait intrigué habilement en faveur de son élection, fut créé évêque de Trévise (3 septembre 1471), reçut une abbaye en France et une rente de 1 000 florins ?. Le 15 décembre 1471, lui et Giuliano #, l’un des fils de Raffaele, frère du pape, deviennent cardinaux. Pietro, qui prit le titre de S. Sisto, avait vingt-cinq ans ; Giuliano, qui prit le titre deS.Pietro in Vincoli, quiétait celui de son oncle avant son élection 4, en avait vingthuit. Sa hâte de porter le chapeau était si grande qu'il s’en para avant même d’avoir été « publié», ce dont on jasa dans Rome. La fonction de « l'ouverture de la bouche » n'eut lieu que le 22 décembre.

Sixte IV allait d’ailleurs prodiguer la pourpre à ses neveux et parents. En 1477, il nomma cardinaux Raffaello Galeotto Riario, Girolamo Basso et Cristoforo della Rovere: en 1478, Domenico della Rovere. :

Les registres de la Chambre apostolique font fréquemment mention de dons faits par le pape àses neveux : Antonio della Rovere reçut plusieurs fois des sommes de 10 000 florins. À leurs femmes, il donnait des gamurres, des manches 5, des sbernies 6, des. bijoux. . ;

1. Sixte IV publia cependant, le 22 mai 1472, une bulle Perni- nué à cesujet et tout ce qui a étédit de plus violent contre SixteIV.

ciosam contre les simoniaques, déclarant nulles les fonctions ainsi 3. Le futur Jules II. acquises. 4. Et du célèbre cardinal de Cusa.

2. INFESSURA et d'autres affirment que Sixte IV était son père» 5. Les manches ne faisaient pas partie intégrante de la robe. Lirra et plusieurs historiens modernes partagent cet avis. L’ex- 6. Les sbernies et les gamurres étaient des manteaux en étoffe

traordinaire faveur dont jouit Pietro peut s'expliquer tout autre- de soie d’or ou d’argent que les femmes portaient dans le nord ment. On trouvera dans le Dictionnaire de Bayle ce qu’on a insi- et le centre de l'Italie.

Sixte IV formait ainsi autour de lui une cour d’obligéset de fidèles. Ses sentiments de famille qui l’aveuglaient et aussi la nécessité l’y poussaient. De même qu’autour des autres princes italiens toute une famille se rangeait, fils, bâtards, neveux, barrant les avenues du pouvoir et assurant à leurs protecteurs de fidèles serviteurs ayant à cœur leurs intérêts, de même il fallait au pape un entourage sur lequelil pût compter. À Rome comme ailleurs, il y avait danger à confier les grandes charges à des personnes dont les intérêts pouvaient être contraires à ceux du souverain. Pour avoir agi autrement, Eugène IV s'était mis dans un grand embarras et Innocent VIII devait, un peu plus tard, faire la même expérience !. La garde du château Saint-Ange ne pouvait être livrée, on l’a vu, qu’à des gouverneurs dévoués au pape régnant. Aussi les prédécesseurs immédiats de Sixte IV avaient-ils réservé à leurs parents une grande part dans le gouvernement. Rome avait appartenu aux Catalans sous Calixte III et aux Siennois sous Pie IT. Elle appartiendra aux Ligures sous Sixte IV. Mais il exagéra le système. Les hauts emplois furent la propriété exclusive des siens, qui mésusèrent de leur pouvoir. La cour pontificale devint brillante, somptueuse et dissolue.

Pietro KRiario, le favori du souverain pontife, reçut tant de bénéfices et de commendes que ses revenus dépassèrent 60 000 florins d’or?. Évêque de Trévise depuis le 4 septembre 1471, comme on l’a dit, il devint archevêque de Florence le 20 juillet 1473, évêque de Spalato, Mende, Séville, Valence, protecteur de l’ordre des Franciscains et patriarche de Constantinople. Ebloui de ses nouvelles richesses, tout de suite il se jeta dans de folles dépenses, achetant sans compter des étoffes de prix, des tapis, des pierreries, de la vaisselle d’or et d'argent ; ses maîtresses, car il en eut très ostensiblement, portaient des chaussures ornées de pierres précieuses ; ses serviteurs, au nombre de cinq cents, étaient couverts de soie et de pourpre. « Jamais, dit Ammanati dans son oraison funèbre, on ne vit tel luxe. » Le cardinal Pietro se plaisait à réunir dans son palais des lettrés, des savants, des courtisans; sa table lui coûta, en trois ans, près de 300 000 florins. En même temps, il consacrait d’assez fortes sommes, à l'exemple du pape et des autres grands seigneurs, à la restauration des églises ; c’est ainsi qu’il répara l’église SS. XII Apostoli que Martin V et Bessarion n'avaient pu sauver d’une ruine à peu près complète et qui n’était plus la basilique merveilleuse du temps de Charlemagne *. Politien le loue sans réserve, il l'appelle un dieu ; s’il n’était mort si tôt, il l’aurait, avouet-il, égalé à Jupiter. Pietro, il est vrai, ne lui avait encore donné que des paroles, mais il attendait beaucoup de lui 4.

Riario laissa à sa mort 300 000 ducats d’argenterie, un inestimable mobilier et 62 000 ducats de dettes. Il fut enseveli dans la basilique SS. XII Apostoli, près du palais Colonna. Le pape fit les frais de son tombeau qui est de marbre et existe encore 5,

1. Voir plus loin, p. 102. 4. Prose volgare inedile e Poesie latine e greche, éd. Is. del Lungo,

2, Cortesius, De Cardinalatu, fol. XLIV. Florence, 1867, p. 111-113. 3. Sixte IV y plaça un groupe représentant le triomphe de son 5. ARMELLINI, Le Chiese di Roma, p. 249. L'inscription se trouve ordre. RiDOLFO VENUTI, Roma moderna, Rome, 1766, p. 105. dans ForcELLa, Isr., vol. IT, p. 227, n° 659.

Quand il eut disparu (5 janvier 1474), chacun se demanda qui lui succéderait dans l'affection et la bienveillance du pape. Ce fut à son frère, Girolamo, qu'échut cette chance. Né à Savone en 1443, il y avait vécu longtemps, exerçant, assure-t-on, le métier d’épicier où d'écrivain public. Son oncle le prit, comme Pietro, sous sa protection et, devenu pape, il s’empressa d’acheter à son intention, moyennant 14 000 ducats, la petite ville de Bosco qu’il érigea en comté ; en mai 1473, il lui donna Imola, ville autrement importante, qui le rapprochait de la Romagne dont le pape espérait bien lui procurer quelque jour la seigneurie, car la Romagne était la seule région d'Italie où l’on pût encore se tailler un Etat.

Imola avait été l’objet d’ardentes convoitises. Le Saint-Siège l'avait possédée au commencement du siècle, puis le duc de Milan, le dernier des Visconti, s’en était emparé d'accord avec les habitants ; il céda la ville et son territoire à Guido Antonio Manfredi, frère du duc de Faenza auquel succèda, en 1470, de Taddeo Manfredi qui fut presque aussitôt dépossédé par Galeas Sforza. Les Florentins s’apprêtaient à en faire l'acquisition au duc moyennant 100 000 florins, quand une convention intervint aux termes de laquelle Pietro Riario acquérait la ville pour lui et pour son frère Girolamo ; Pietro payait 40 000 florins, Girolamo recevait sa part comme dot de Caterina Sforza, fille naturelle de Galeas, qu’il épousa en 1477, après de longues fiançailles !.

Comme son frère, Girolamo chérissait le luxe, mais il avait des vues plus ambitieuses. De même que Pietro Borgia, au temps du feu pape CalixteIII, et comme plus tard César Borgia, il aspirait à la souveraineté ; ce fut, pour Sixte IV, la pensée du règne que de contenter ce désir. Sixte IV subissait de façon extraordinaire, anormale, l'empire de Girolamo ; on l’appelait l’archipape ; il semble n'avoir agi qu’à son instigation dans un.grand nombre de cas, au point qu’on a pu imputer à Girolamo bien des noirceurs dont la mémoire de Sixte IV est chargée. Girolamo était en effet insatiable, vindicatif, sans pitié comme sans scrupules, avide parce qu’il était prodigue, et très faux.

Son palais, construit après 1477 et situé dans le quartier Ponte, près de l’église S. Apollinare *, était une merveille. Les ameublements, à cette époque, se composaient surtout de crédences chargées d’argenterie, de coffres, de lits de parade qui valaient pariois jusqu’à 800 florins, de sièges, de tapisseries et de tentures #. Girolamo en possédait d’admirables. Dans le public on avait surnommé par antiphrase ce palais Palazzo S. Caterina, à cause de sa femme Caterina, qui n’avait rien d’une sainte.

Le neveu du pape, le cardinal Giuliano, le futur Jules II, eut l’habileté de ne pas lui porter ombrage ;il semblait alors ne s'occuper que d’art et de plaisirs 4 Son palais, ap-

1. Le 5 novembre 1473, Girolamo jura fidélité au pape comme vicaire d’Imola, dans la chambre dite du perroquet où s’accomplirent tant d’actes importants. (Sur cette chambre, voir plus loin.) Girolamo fut seigneur de Forli, d’Imola, de Forlimpopoli, comte de Bosco (près d'Alexandrie), général de l’Église, grand connttable du royaume de Naples...

2. Depuis, palais Altemps. Au xvirre siècle, il y avait un autre

palais Altemps dans le quartier Trevi. Girolamo habita aussi avec sa femme, Caterina Sforza, la palais Orsini, place Campo di Fiore.

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