JULIA FARNÈSE, STATUE DE GAUCHE OA MÈRE, STATUE DE DROITE
(Phot. Alinari.)
Monument de
Paul ITT, dans la basilique Saint-Pierre,
PI. 19, page
Giulia assistait aux divertissements qui avaient lieu au Vatican. Elle prit part, avec Teodorina, la nièce d’Innocent VIII, qui était, de son temps, une des familières du palais, et avec bien d’autres femmes encore, aux fêtes qui suivirent les fiançailles de Lucrèce.
Les divertissements, les danses, les banquets que Borgia donnait dans son palais de la via de Banchi (actuellement Cesarini) ? était d’un luxe et d’une licence effrénée. Mais la licence ne choquait nullement les Romains et le luxe les charmaït, carils savaient bien qu'is en profiteraient.
Son élévation à la tiare permit à Borgia de satisfaire plus encore ses goûts ; il ne recula devant aucun procédé pour se procurer de l’argent et n’eut aucun scrupule à s’adonner à ses passions.
Quelques-uns se scandalisaient ou s’inquiétaient. Le ministre florentin augure mal de l’avenir et se rend à contre-cœur au Vatican, «afin de ne point se singulariser », mais le nouveau pontife ne lui inspire aucune confiance ; sa vie passée, ses débauches et son manque de droiture lui donnent tout à craindre. Un notaire romain, Latino Masi, s’écrie : « O Seigneur Jésus, c’est à cause de nos péchés que l’élection de votre vicaire sur la terre s’est faite de façon si indigne ! » Clairvoyant malgré sa jeunesse, le futur Léon X confiait à ses intimes : « Nous sommes dans la gueule du loup, sauvons-nous cu il nous dévorera. » Il resta, mais le cardinal Giuliano della Rovere, qui se sentait plus immédiatement menacé, suivra bientôt ce conseil.
Ferdinando d’Aragon, qui allait devenir roi de Naples et allié du pape, écrivait le 7 juin 1493 à Antonio d’Alessandro que les choses en étaient arrivées à Rome à un tel point de corruption qu'elles ne sauraient être pires, et 1l ajoute : « Le pape mène une telle vie qu’elle est abominable à tous, il n’a aucun respect du siège qu’il occupe et d’autre souci que de rendre à tout prix ses fils puissants et grands ?. »
Alexandre VI était de son temps, d’une époque où les vertus du moyen âge s'étaient chez plus d’un converties en vices, où de pieux on était devenu dévotieux, où l'astuce remplaçait le courage, et le désir, l'amour. Non pas que les siècles précédents n'aient connu bien des vices, de grands coupables et des dépravés, mais ils n’avaient pas l’appro-
1. Sur l'exploitation du pape par la famille Farnèse, on consultera avec avantage la correspondance du mari de Girolama, sœur de Giulia, Puccio Pucci (Archives florentines, Uffcii, Carte Strozziane, filza 343.)