‹ Une cour princière au Vatican pendant la RenaissanceChapitre 81 sur 203 · Dans le quartier Ponte · texte numérisé non relu

Dans le quartier Ponte

3. Codice Aragonese o sia Lettere regie. per cura del Comm. Prof. Francesco T rinchera, vol. II, parte II, p. 42. Naples, 1870.

On a beaucoup discuté sur la question de savoir si véritablement le pape était propriétaire d’une maison de plaisir qu’il aurait louée. Le document publié par Corvisieri dans l’Archivio della R. Soc. Rom. di S. Patria, 1878, semble bien indiquer qu’il possédait un bouge situé dans le quartier où, au dire de Biondo et plus tard de l’Arétin, la plus grande partie des courtisanes romaines résidaient jusqu’au jour où Sixte V leur constitua une sorte de ghetto à l’autre extrémité de la ville, du côté de S. Laurenzo in Lucina. Ce quartier s’étendait entre le Tibre, le Capitole et l’Aventin,

autour de S. Maria in Cosmedin et de l’arc dit de Janus, et près du pont Sisto. Or, Bartolomeo de Mena et Martino Attari, qui semblent bien, d’après le texte, être les mandataires d'Alexandre VI, et auxquels le notaire n’attribue pas le titre habituel de « spectabilis », louent et concèdent à Ludovico Romanelli et au « Capouan» une maison sise en ce lieu et qui était déjà mal fréquentée, avec le droit de percevoir 2 carlins par mois des femmes qui y habitaient ; il leur est accordé de tenir une taverne « libre » dans laquelle le jeu sera autorisé, exonérée de toute taxe sur la vente du vin et jouissant des privilèges et avantages concédés par le pape. Les locataires s’engageaient à payer aux cédants 10 ducats par mois (23 juin 1496).

I1 semble, à vrai dire, que certains prélats de l’époque n'aient pas hésité à faire de semblables locations. Voir THUASNE, sous le pseudonyme d’'HESNAULT, Le Mal français Paris, 1884.

bation unanime qu’ils obtinrent à la Renaissance. Ce fut un temps sans pitié et sans vergogne, peut-être à cause de l’insécurité et de la misère générales. La vie qui semble avoir été alors par certains côtés si gaie, si joyeuse, toute adonnée aux plaisirs, aux charmantes folies, à la joie d’être au monde, était d’autre part pleine d’angoisses et de terribles revirements. Nul, en Italie, n’était sûr du lendemain ; la ruine et la mort semblaient constamment imminentes. On allait au bal avec une cuirasse sous le manteau. Le seigneur de Villamont raconte, un peu plus tard, qu’à Milan, on portait « sous le pourpoint une jacque de maille, le coutelas au côté, le pistolet à la ceinture » et il ajoute : « Même ceux qui n’ont point d’ennemis vont en cette sorte. » A Naples « rien n’est moins cher que la vie d’un homme », écrivait Pontanus. La proximité des frontières dans ces Etats si petits, legrand nombre deslieux d’asile et la complexité des juridictions favorisaient les coupables qu’entourait, en outre, la sympathie de tous. Et puis les exactions, les confiscations, les spoliations, les exils rendaient pauvres ceux qui, la veille, possédaient de grands biens. Sous le pontificat d'Alexandre VI on en eut plusieurs exemples. La prise de Capoue, le 26 juillet 1507, fut accompagnée d’abominables violences. « Le long des rues, à grands ruisseaux coulait le sang des morts », écrit Jean d’Auton ; les habitants furent dépouillés de tout ce qu’ils possédaient, des hommes et des femmes furent vendus comme esclaves à Rome et ailleurs. A Cesi, à Brescia plus tard (1512), il en fut de même. Combien de catastrophes de ce genre ne trouve-t-on pas relatées dans les chroniques de ce temps !

L'esprit d’intrigue qui régnait alors portait à aventurer le moins possible dans l’accomplissement des mauvais desseins que l’on méditait. Un peu de lâcheté et beaucoup de vanité entraient évidemment dans ces pratiques. L’individualisme italien y avait aussi sa part. Un crime habilement conçu, commis sans risque, était plus apprécié qu’un crime audacieux ; c'était un beau coup. On n'avait nul mépris non plus pour les assassins à gages et leurs instigateurs.

Machiavel accusait la religion d’être la cause première de cette perversion en favorisant le triomphe des gens sans scrupules sur les timides, « car dit-il, dans les Discorsi 1, elle a placé la vertu dans l'humilité, l'effacement, le mépris des choses humaines et elle a contribué ainsi à livrer la société aux scélérats qui acquièrent d'autant plus de force que le reste des hommes songe plus, pour gagner le paradis, à supporter patiemment leur tyrannie qu’à s’en venger ».

Aïnsi, non seulement chacun vivait dans la pensée qu’il était sans cesse menacé dans sa vie et dans ses biens, mais encore il pouvait, il devait croire qu’il serait atteint par des voies obliques et frappé insidieusement, ce qui rend l’attente, l’appréhension ‘plus aiguë.

De là la licence des mœurs et la cruauté froide qui caractérisent ce temps. On tue volontiers quand on est exposé soi-même à être tué à tout moment, et l’on est pressé de jouir de la vie avant d’en être privé.

C’est le propre des époques troublées que d’être dissolues et criminelles, Chacun

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