LE DÉPÔT DES JARRES D'HUILE
COUR D'ALEXANDRE VI OU DU THÉATRE. (Phot. Alinari.)
UNE CoUR PRINCIÈRE AU VATICAN. PI. 20, page 160.
conseillé, appuyé par le cardinal Ascanio, chercha un appui contre Naples et Florence à Milan, décidant ainsi du sort de l'Italie.
Les partis se constituaient à Rome. Du côté du cardinal Della Rovere, Virginio Orsini, Fabrizio et Prospero Colonna et les cardinaux Costa, Carafa, Piccolomini, appuyés par le roi de Naples et Pietro de Médicis. Du côté du pape, Ascanio, le duc de Milan, et une bonne partie du Sacré Collège.
Ainsi, au moment où le pape ne parlait que de pacification et où les envoyés étrangers venaient auprès de lui protester de leur obéissance, chacun ne songeait qu’à la guerre. On vivait dans la défiance et l’appréhension. Dès le 9 février 14093, le pape sentit la nécessité de s'expliquer devant le consistoire sur sa politique à l'égard du cardinal Della Rovere, du roi de Hongrie, du roi de Naples et du Grand Turc.
Puis il s’efforça d'établir solidement son gouvernement. Pour reconstituer le trésor, il entreprit d'imposer des économies. Lui-même donna l’exemple ; sa table était servie avec parcimonie et il se montrait frugal. Aussitôt chacun de se plaindre. Le cardinal Ascanio, son fils César furent parmiles plus bruyants, et cependant il avait comblé le premier et commencé à l'égard du second la série de ses générosités et de ses complaisances. Le 31 août 14902, il lui avait accordé l’archevêché de Valence qui rapportait 16 000 écus. César était déjà évêque de Pampelune depuis le 12 septembre 1491. Cet évêché rapportait 10 000 ducats.
Comme au temps de Calixte III, les Espagnols affluèrent à la cour pontificale et furent comblés de faveurs. Comment, après cela, croire aux réformes que le pape, disait-on, s’apprêtait à imposer, aux économies qu’il annonçait? De fait, il n’en fut pas question. Il allait en être ainsi à tous les commencements de règne jusqu'au concile de Trente.
Alexandre VI s’efforça d’autre part de rétablir l’ordre dans Rome. Tout de suite après la mort d'Innocent VIII les meurtres avaient cessé «comme par enchantement » dit un chroniqueur mais cet heureux moment dura peu et bien vite les Romains recommencèrent à s’entretuer comme auparavant. Il y eut de nombreux crimes. Le 3 septembre 1492, un assassinat eut lieu sur la place la plus fréquentée de la ville, le Campo di Fiore. Le coupable, qui avait déposé une caution de 500 ducats, s’engageant à ne pas molester sa victime, s'enfuit. Le pape ordonna au vice-camérier de sévir; accompagné des conservateurs, celui-ci se rendit à la maison de l’assassin que le peuple se fit, sous leurs yeux, une joie de détruire. Le lendemain, son frère était pendu. Quant à ceux qui s'étaient portés garants pour lui, ils ne furent pas inquiétés, ce dont on s’étonna.
Afin de prévenir de semblables violences, Alexandre VI institua quatre nouveaux pacieri ou juges de paix; pour contrôler la légitimité des arrestations, il créa des visiteurs des prisonniers chargés de recueillir leurs plaintes. Le 11 août parut une constitution De Maleficis, qui comprend trente-cinq articles traitant des violences et des tentatives criminelles ; les pouvoirs des magistrats à l’égard des malfaiteurs et des perturbateurs de la paix publique, des brig0s1, sont augmentés ; les peines varient selon le
rang de la personne et vont jusqu’au dernier supplice ; défense est faite de porter des armes empoisonnées. Il est ordonné aux conservateurs de rendre la justice au Capitole chaque matin ; la cloche sonnait au moment où ils prenaient séance pour avertir les plaignants 1. Le Pape rendait lui-même la justice tous les mardis ?.
Toutefois, si le pape donnait quelque attention aux affaires intérieures, les affaires extérieures l’occupaient beaucoup plus, et avec raison. Comme le roi Ferrante, il se sentait poussé vers la guerre mais voulait l’éviter.
Le roi, politique avisé, avait avant tous les autres deviné le véritable caractère de Borgia ; si, au lendemain même de son avènement, il pressentait déjà les calamités qu’il amènerait sur l'Italie, maintenant il perçait sa duplicité et le dénonçaïit à ses envoyés comme le plus fourbe des hommes. Néanmoins, il espéra prévenir la rupture par des négociations; l'abbé Roggio* fut envoyé par lui à Rome afin d’aplanir un différend relatif à Cerveteri et d’autres villes. Grâce à son intervention, le cardinal Giuliano quitta Ostie et revint à Rome.
Alexandre VI, de son côté, proposa au roi de Naples de marier sa fille à Jofré, frère puîné de César. Le douaire qu’il recevrait serait égal à celui que Ferrante accorderait à sa fille. Transformant la nouvelle selon la coutume, le public répéta que César, renonçant à la carrière ecclésiastique, allait épouser une princesse royale de Naples et deviendrait prince de Salerne. Mais presque aussitôt, on apprit que le projet du pape était écarté. Peut-être Ascanio avait-il travaillé sous main. Cependant le pape sentait que l'opposition gagnait du terrain dans Rome, que Virginio Orsini recrutait des partisans parmi la noblesse, et il ne voulait pas devenir « l’esclave de ses barons ». C’est pourquoi, renonçant momentanément à la chimère de l'alliance napolitaine, il se tourna vers les puissances du Nord de la péninsule. Le 14 avril 1473, un pacte était signé dans l’église S. Marco entre Rome, Venise, Milan, Ferrare, Mantoue ; la durée en fut fixée à vingt-cinq ans. Le duc de Calabre aurait voulu qu’en réponse le roi son père envahît brusquement les États pontificaux ; Rome eûtété, ce semble, à sa discrétion. Mais son père était un vieux politique, plein de prudence ; il se contenta de garnir de troupes ses frontières et de donner à Trivulzio une armée à commander dans les Apennins. En même temps le roi faisait agir sa diplomatie ; le 24 avril 1403, il envoyait une lettre remarquablement sagace à son représentant à Milan. Le 7 juin, il en adressait une à Antonio d’Alessandro qui le représentait à la cour d’Espagne, le chargeant d’expliquer au roi les dangers que la politique du souverain pontife faisait courir à l'Italie, de lui insinuer qu’il avait fait alliance avec le roi de France et le Grand Turc et de lui révéler sa dépravation et les scandales de sa cour.
1. Cette constitution fut incorporée dans les Statuts 3. L’abbé Roggio avait été l’un des conclavistes du cardina de 1510. d’Aragon lors de l’élection d’Innocent VIII. 2. BURCHARD, éd. Thuasne, vol. II p.5. 4. Cod. Aragonese, vol. II, p. 376.