PIERRE DE ROHAN, SEIGNEUR DE GIÉ, EN MARÉCHAL
PI. 21, page 168.
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Les maisons voisines qui auraient pu gêner la défense furent rasées ; le mur extérieur, les fossés, remaniés et renforcés. Le château se trouva dès lors entouré d’une enceinte quadrangulaire de cent mètres de côté, garnie de bastions aux quatre coins. Une grosse tour, élevée à la tête du pont Saint-Ange, en commanda le passage ; elle fut détruite au temps d’'Urbain VIII 1. Une inscription placée en face du pont rappelle et commémore ces travaux (1495) *.
Le couloir qui reliait le Vatican au château et dont tant de papes avaient déjà fait usage, tombait en ruines ; il fut restauré *.
Alexandre VI sentait si bien l'importance du château Saint-Ange que, le lendemain même de son élection, le 12 août 1402, il avait nommé un gouverneur de son choix, l'Espagnol Giovanni de Castro, évêque d’Agrigente 4, à la place de Pinelli qui lui paraissait suspect.
Un incident augmenta son prestige. Au moment de la mort du pape Innocent VIIT, l’envoyé du sultan qui apportait les 40 000 ducats de la pension de Djem avait rebroussé chemin. Aussitôt Alexandre VI envoya à Constantinople un Génois, Giorgio Bocciardo ou Buzzardiÿ, pour réclamerla somme, et Bocciardo était rentré disant que non seulement le sultan refusait de la livrer, mais qu’il faisait construire un grand nombre de bateaux en vue d’une expédition pour le printemps.
Or, le 11 juin 1493, survint un ambassadeur turc apportant les 40000 ducats, et chacun s’émerveilla à Rome de voir ainsi le Grand Turc payer tribut au souverain pontife.
Plus le danger extérieur augmentait, plus le pape souhaitait ramener à lui les ennemis de l’intérieur. Il envoya au cardinal Giuliano della Rovere, à Ostie, le cardinal de Lisbonne, mais Giuliano refusa de revenir : il connaissait le pape. Tout récemment, il avait fait pendre et écarteler un espion qui interceptait ses lettres et les lui livrait (fin juin 1493). Mais Alexandre VI hésitait encore ; il ne voulait pas avoir, à quelques lieues de Rome, des adversaires aussi dangereux que Della Rovere et son allié Virginio Orsini qui pouvaient se joindre au roi de Naples. Il n’était entré dans la ligue que pour en imposer à Ferrante avec lequel, au fond, il souhaitait peut-être rester en paix pour le présent. D'ailleurs le roi d'Espagne insistait ; ses ambassadeurs travaillaient à un rapprochement ; sous leurs auspices, le pape et le roi Ferrante se promirent de vivre désormais en bonne amitié. En conséquence, Alexandre VI signa, le 16 août 1493, un accord par lequel Virginio Orsini s’engagea à remettre à la Chambre apostolique 35 000 ducats pour les terres d’Anguillara et d’autres dont il s'était emparé de vive force ; il reconnaissait en outre qu’il les tenait en fief. Cet accord fut signé, comme tant d’autres,
1. Les armes de Borgia qui y étaient gravées, retrouvées récem- 4. Né à Valence, Alexandre VI le fit cardinal en 1496. Il mourut ment, ont été réparées et exposées dans le musée du château. à Rome en 1506. Sur la médaille représentant le château, que le pape fit frapper 5. Ils étaient quatre frères : Giorgio, Ambrogio, Tommaso et on voit cette tour, Niccolo, qui avaient beaucoup navigué et trafiqué en Orient. 2. FORCELLA, vol. III, p. 144, n° 251. : Innocent VIII s'était servi d’eux dans des négociations avec la