Voir planches VIII, XVI, XX, XXI. Turquie
dans la chambre du Perroquet !. Pour se conformer à ses engagements, Virginio Orsini fit porter au pape un coffre et des sacs pleins de monnaie maïs, quand il demanda si les 35 000 ducats s’y trouvaient bien, force fut d’avouer qu’il n’y en avait quer5000etque le teste viendrait plus tard. D’où discussion. Orsini demanda un mois de délai pour s'acquitter complètement en faisant de grands serments et, le pape « s’étant déclaré content », on passa à une autre clause de l’arrangement.
Il s'agissait du mariage de Jofré, dernier fils du pape, avec dona Xances (Sancia en italien), fille naturelle du duc de Calabre et d’une femme nommée Trusia, dont le père, Gazella, était secrétaire du roi Ferrante. Elle était fort belle, paraît-il, mais fort vaine de sa naissance semi-royale, ce quirendit plus d’une fois sa situation difficile à la cour des Borgia. Sa fidélité fut mise en doute peut-être à cause des inimitiés qu’elle avait soulevées contre elle. Elle était née vers 1478 ?.
La princesse devait recevoir en dot la principauté de Squillace et le comté de Cariati 5. En outre, le roi de Naples prenait à son service don Jofré, qui n'avait que douze ans et lui donnerait 10 000 ducats ; le pape lui en promettait autant. Jofré irait à Naples pour s’y marier, y demeurerait quelque temps afin de prendre possession de ses fiefs et reviendrait à Rome, mais seul. Don Federico, frère du duc de Calabre, reçut l’anneau de mariage des mains de Jofré. Ces mariages par procuration étaient chose habituelle, ce quin’em pêcha pas tous les assistants et le pape lui-même de rire de cette cérémonie. Il fut décidé que le mariage ne serait déclaré qu’à la Noël. Il fut célébré à Naples, le 11 mai 1494. Peu auparavant, le père de Sancia avait été couronné roi par le cardinal Giovanni Borgia sous le nom d’Alfonso II (2 mai 1494).
D'autre part, le deuxième fils du pape, don Juan (Giovanni), duc de Gandia, venait de faire un brillant mariage; il était parti le 4 août 1493 de Civitavecchia pour Barcelone où il était arrivé le 24 avec quatre galères et il y avait épousé dona Maria Enriquez, de sang royal. Après trois ans de séjour il quitta l'Espagne (10 juin 1496), donnant à sa femme procuration pour gérer ses propriétés (6 juin 1496), et revint à Rome où il devait bientôt périr 4.
Ce rapprochement ruinaïit le crédit du cardinal Ascanio et du parti milanais. Giuliano della Rovere l’emportait.
1. La salle du Perroquet, dont il est fait mention dès le milieu du xve siècle, fit ensuite partie des appartements Borgia. Quand on quittait la chapelle Sixtine par la salle Royale (l’Aula prima) et par la salle Ducale pour se rendre aux appartements privés du pape, on traversait la salle des Ornements (Paramenti) et aussitôt après celle du Perroquet (BURCHARD, à la date du 20 mai 1496 et du 26 février 1500). La salle du Perroquet se trouvait donc à la sortie des appartements privés du souverain pontife, c’est pourquoi elle eut tant d'importance : le pape y revêtait ses vêtements pontificaux, y recevait certains personnages ; les cardinaux s’y réunissaient pour l’attendre ; on y célébra même la messe en présence d’Innocent VIII, le 6 juillet 1485. Lescorps des papes défunts y furent déposés avant d’être transportés à Saint-Pierre. En 1461, il est fait mention, dans les registres pontificaux, du salaire
de celui qui « soignait le perroquet ». En 1471, (1°* avril), Francesco Ariosto parle de salles ornées de vases d’or et d’argent et de gemmes où l’on voit un perroquet « ayant une voix humaine ». GIUSTINIAN, vol. I, p. 184, note.
2. Elle avait été fiancée, le 6 mai 1487, à Onorato de’ Gaetani. Une bulle de septembre 1493 annula cet engagement. Elle mourut à Naples, en 1506, à l’âge de vingt-sept ans, sans enfants. Jofré se remaria avec Maria Mila de Aragon y de Villahermosa.
3. Cités voisines l’une de l’autre en Calabre, sur la mer Ionienne, riches par la culture du vin et de l'huile.
4. José Sancis y SIVERA, Algunos documentos, Valence, 1919. Maria Enriquez avait été d’abord fiancée au frère aîné de Giovanni, le premier duc de Gandia, Petro Luis, mais il mourut avant que le mariage eût lieu (WoopwaRb, p. 29).
La convention avait été conclue le 16 août ; dès le 18 août 1493, Giuliano rentrait à Rome avec Virginio Orsini. Leur réception fut de triomphateurs. Giuliano recevait confirmation de tous les avantages qu'il avait obtenus jadis, de ses bénéfices, de la promesse de l'évêché de Lucques ! et l'assurance que son frère serait maintenu en sa qualité de gouverneur de Rome.
Le roi de Naples, tout défiant qu’il fût, crut que l’avenir était assuré et écrivit à son ambassadeur en France de ne pas tant s’évertuer, car le pape et lui étaient entrés dans une franche amitié.
Ce rapprochement n’était, en réalité, qu’un événement sans lendemain, car la situation restait la même ; le pape et le cardinal se redoutaient réciproquement et le pape balançait toujours entre l'alliance napolitaine ou milanaise, entre la France ou l'Espagne. Naples lui faisait peur. Il ne voulait rien faire qui pût accroître l’influence du roi aragonais. Lors de la grande promotion de cardinaux qui eut lieu le 20 septembre 1493, sur les douze élus pas un seul n’était napolitain, tandis que la plupart des souverains voyaient au moins un de leurs sujets revêtu de la pourpre ; les rois de France, d’Espagne, d’Angleterre, de Pologne, le duc de Milan, Venise et Florence recevaient cette satisfaction.
Un cardinal de quinze ans figurait dans cette promotion, Ippolito d’Este dont le faste et les dérèglements devaient éblouir Rome et qui fit, dit-on, crever les yeux à son frère par jalousie d'amour ; on y comptait deux favoris du pape, Alessandro Farnese, le frère de la belle Giulia ?, qui termina sur le trône pontifical une existence consacrée en partie aux plaisirs, et Giuliano Cesarini, frère de Giovanni lequel avait épousé, le 24 janvier 1482, Girolama Borgia, fille d'Alexandre VI3. Le pape les avait désignés, disait-on, « pour faire plaisir au peuple romain ». Enfin, César Borgia devenait cardinal.
Sept cardinaux seulement sur vingt-six approuvèrent ces nominations, mais le pape avait mieux à faire qu’à suivre leurs préférences 4 On raconta dans la ville qu’il avait tiré de cette élection 100 000 ducats et que César, faisant allusion aux sommes dépensées lors du conclave et à celle-ci, avait dit : « Argent mal dépensé, mal gagné », paroles bien injustes, si elles furent réellement prononcées, car il allait profiter plus que nul autre de l'élection que son père avait obtenue par ses largesses et de l'argent que ses actes simoniaques rapportaient.
1. Cependant Lucques ne figura jamais parmi les neuf évêchés 3. Tous deux moururent l’année suivante. Girolama était née dont il fut titulaire. en 1469.
2. Ce fut en raison du scandale de son élévation qu’on donna 4. Les principaux opposants étaient Piccolomini, Carafa, Costa ,
au cardinal Farnèse la surnom ignominieux de cardinal Fregnese Riario, Sclafenati, Sanseverino.
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