MARCHE DU ROI DE FRANCE VERS ROME
L'avance du roi Charles VIII devenait en effet menaçante; il avait traversé les Alpes à la tête de 90000 hommes et d’une brillante cavalerie ! dans les derniers jours d’août et se trouvait à Turin le 5 septembre 1494. Ses émissaires parcouraïent la péninsule, exploitant les rancunes locales ; elles étaient ardentes car, dans la plupart des cités, des seigneurs sans scrupules s'étaient établis qui mésusaient de leurs pouvoirs, Les Républiques réellement démocratiques disparaissaient. Dans chaque ville il y avait maintenant des familles qui s’élevaient à la toute-puissance, accaparant ouvertement ou subrepticement les libertés communales. Il fut donc facile au roi de se présenter partout en libérateur, comme devait le faire bientôt à son tour César Borgia et il fut reçu comme tel ; à Chieri, à Asti où une maladie mit un moment ses jours en péril, la population l’acclama ; sur ses étendards qui étaient de soie blanche, à côté des armes de France, se voyaient inscrites les devises suivantes : Voluntas Dei, Missus a Deo qui marquaient le dessein qu'il affichait d'aller guerroyer en Orient pour la gloire de Dieu.
A Milan, Charles VIII avait un auxiliaire puissant sur lequel il paraissait pouvoir sérieusement compter. À Giovanni Galeas Sforza, qui venait de mourir au château de Pavie le 21 octobre 1494, à l’âge de vingt-cinq ans et non sans soupçon de poison, avait succédé Ludovic le More, plus favorable que lui aux Français.
Bien que liés par une double parenté puisque Gio. Galeazzo Sforza avait épousé Isabella d'Aragon, fille d’Alfonso II, lequel avait pour femme Ippolita Sforza, sœur de Ludovic le More, les deux souverains de Naples et de Milan se haïssaient profondément. Ludovic était persuadé que le roi Ferrante avait voulu attenter, non seulement à sa puissance, mais à ses jours. L'un et l’autre aspiraient à l’hégémonie en Italie ; ils se jalousaient la splendeur de leurs cours.
Précédemment le pape déconseillait avec force au roi de France de venir à Rome, à cause de la peste qui y sévissait en effet ? et de la cherté de la vie que sa venue aggraverait certainement ; maintenant il envoyait vers lui. Le cardinal Ascanio n’ayant pas réussi, le cardinal de Gurk (Raymond Péraud) ? « qui portait un lis sur son cœur » fut chargé à
1. Ce chiffre paraît probable et est donné par des auteurs sé- d’où son surnom de Gurcensis, avait été envoyé à Rome en qualité
rieux, Pastor le réduit à 42 000 hommes.
2. En juillet 1494, on ne put, en raison de la peste, célébrer e deuxième anniversaire de la mort d’Innocent VIII. L'année précédente, le26 octobre, Alexandre VI avait quitté Rome, se rendant dans le patrimoine « pour éviter la peste ». Il alla à Corneto, à Cerveteri, à Viterbe, à Fiano, etrentra au Vatican le r"novembre, Le cardinal Giovanni Conti en mourut le 20 octobre 1493.