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cour, il vous vaudra des amateurs. — Je n^ai qu\me modeste aisance et je n''ai pas d^ambition.
— Vous êtes un véritable artiste, mais la fortune ne nuit jamais et je veux faire la vôtre. — Monsieur est vraiment trop bon. — Mais il nous faut une jolie femme qui daigne poser. — Et pour la trouver, dit Latulipe, il ne faudrait pas aller loin, si elle daignait être assez complaisante pour cela. — Ah ! sans doute, m'écriai-je, j\ avais bien pensé et je nVsais le demander ; mais la franchise du vieux soldat ne connaît pas les détours. — MéUna, ma bonne iille, messieurs? Vous êtes bien indulgents de la trouver jolie. — Et vous, monsieur, bien modeste pour ne pas vouloir qu^on encense votre plus bel ouvrage. — Oui, je Tavoue, elle n^est pas mal ma chère Mélina, et cependant jamais elle n'a voulu encore poser pour son père. — Cest un malheur pour le public, car ce serait un tableau qui captiverait tous les regards. — Une peinture de roi, s'écria Latulipe, et qui sait ce qu'il peut en advenir, monsieur Grandin, votre fille est digne d'une couronne, et son porlrait admiré à la cour lui vaudrait peut-
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être une superbe alliance. — Ah! messieurs, vous me confusionnez. Et cependant on voyait un certain contentement percer dans les yeux de Tartiste. Eh bien ! Mélina, éprouves-tu toujours la même répugnance à ce que je retrace sur la toile tes traits si délicats? Désires-tu que je compose un tableau qui fasse du bruit ? Un vieux brave, un jeune aspirant et la beauté, voilà un sujet de genre qui fera fortune. Réponds, Mélina, veux-tu la gloire de ton père ? Une voix secrète me dit que cette peinture nous portera bonheur.
— Et vous pourriez ne pas vous tromper, ajoutaije. — Mon père, vraiment je suis confuse de compliments aussi peu mérités, je craindrais de vous déplaire et d''attacher réellement trop d''importance à une chose qui n^en mérite pas la peine, en refusant de vous être agréable. — Bravo ! s'écria Latulipe. — Mille fois merci, dis-je en m'approchant de Mélina, de votre aimable complaisance, j'espère, mademoiselle, que vous ne vous effraierez pas d'être en société, sur cette toile, avec des militaires, car ce sont de preux et fidèles chevaliers français. —
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Ainsi voilà qui est entendu, dit Tartiste , demain nous commencerons. — Quant au prix, monsieur Grandin, ce que vous déciderez sera bien.
Une écharpe bleu de ciel, ornée de violettes, m"'écriai-je ! Serait-ce , mademoiselle Mélina , pour les fêtes du carrousel que le roi va donner? Quelque preux chevalier serait-il assez favorisé du sort pour qu^elle lui fût destinée ! Ah ! celui-là sera vainqueur. — Non, monsieur, le chevalier est encore à venir; j'ai brodé cette écharpe, mue par une idée bizarre, je pensais qu'à la fête peut-être une semblable serait portée par un des combattants qui obtiendrait le prix décerné au vainqueur. — Ah ! puisqu'elle n'est destinée à personne, si j'osais, mademoiselle, avec la permission de monsieur votre père, vous demander ce précieux tahsman; je n'ai pas de sœur, je ne puis en avoir, et peut-être — Oh! oui, j'en ai la secrète conviction ; cette écharpe aux couleurs azurées comme vos doux regards, me ferait sortir triomphant de cette lice où je dois aussi entrer.—Allons, Méhna, reprit l'artiste, si tu rêvais un chevalier, tu l'as Ironvé ; Icb m;uiicresde M. Edouard
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sont nobles et je me joins à lui; il est jeune, il a besoin d'avenir, donne-lui ton écbarpe et bientôt, peut-être, sera-t-elle agitée en signe de victoire. — J'en réponds, s'écria Latulipe, quand on possède un pareil don de la beauté, qui oserait le disputer ?
Mélina se leva doucement, alla décrocher Técharpe aux couleurs tendres, et avec une grâce charmante, s'avançant vers moi, elle allait me la donner lorsque, me jetant à ses genoux, je m'écriai : C'est ainsi que je dois la recevoir, belle Mélina, mille fois merci; maintenant je suis invincible. Et de ses mains blanches et délicates elle me la passa en rougissant, sur la poitrine, en me disant : Puissiez-vous être heureux, monsieur Edouard. — Bravo! bravo! ah! demeurez ainsi, s'écria le père Grandin, position ravissante I un tableau chevaleresque, grandiose ! Le vieux soldat de l'empire admirait ce couple gracieux. — Un tableau de genre, un instant encore que je saisisse Tensemble, que je vous croque. Moi, par un mouvement involontaire, je saisis la main de Mélina et je la baisai. — Bravo ! bravo! c'est cela. CeUc délicieuse entrevue lut anisi retracée sur le pa-
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pier; ali ! elle éVdA gravée au fond de mon cœur à jamais.
Mais savez-vous, belle jlélina, quel sera le prix du vainqueur ? — Non, monsieur, dit-elle avec un regard mélancolique qui me lit tressaillir, quel estil ? — Le roi accorde au vainqueur le droit de prendre pour femme celle des demoiselles qui assisteront à la fête et qu^il choisira. - — Se pourrait-il ? Ah I j^aurais bien voulu voir un carrousel , cela doit être beau. — Oh ! oui, ce sont ces fêtes qui entretiennent les sentiments chevaleresques , elles servent à défendre la beauté persécutée, Tinnocence opprimée, tâche à laquelle doit aspirer tout cœur noble et lier qui ne respire que la victoire. Il est si doux de venir s'agenouiller aux pieds d'une belle femme et d'être couronné par elle ! quel plus suave triomphe ? Aussi, sont-ce ces motifs qui engagent le roi à faire revivre les carrousels^ les bonnes institutions ne doivent jamais se perdre. — Que veux-tu, ma Mélina, ce n'est pas ma faute, si lu n'es que la lillc d'un artiste, on ne rend ces honmiages llatteurs (praux grandes dames : ces réjouissances ne sont [sas
IVM) L.\E couronm: eïs songe.
laites pour les petites gens comme nous. — Et vous vous trompez, m'écriai-je vivement en regardant Mélina, j'en connais une qui en fera Tornement; la beauté vaut la noblesse et l'ait briller la place qu'elle occupe. — Sans donle, dit Latulipe, et si j'étais jolie fille je ne changerais pas Tune pour Tautre, car il y aurait beaucoup de femmes du haut parage qui livreraient à ce prix leurs parchemins.