‹ Une couronne en songeChapitre 14 sur 17 · L AVEU · texte numérisé non relu

L AVEU

Efloiir.i(!, vous êtes trop indulgent. — Oli I non, c'*est mon cœur qui parle, et le cœur s^ahuse rarement. Pai une grâce à vous demander, Melina. — Parlez, monsieur Edouard. — Sur cette écliarpe chérie que je possède et qu^on va vouloir me disputer, votre chiffre nVst pas tracé; oh ! de grâce, une faveur encore, enlacez-le au mien. — Aura-t-elle donc plus de prix pour vous ? dit Mélina en rougissant et baissant les yeux. — Oh ! oui, Mélina , ce sera le gage d*'un amour partagé , le serment de n^être jamais Tun qu*'à Tautre. Et je tombai à ses

genoux. — Oh! monsieur Edouard, relevez-vous

Laissez cette écharpe — demain je vous la remettrai. ~~ Avec les chiffres bien aimés? — N''est-ce pas vous en dire assez ? — Je couvris de baisers sa main d'albâtre, en mVkriant : Je suis le plus heureux des hommes !

Edouard, me dit Mélina en me regardant mélancoliquement et en me laissant toujours sa main, que de maux peut-être nous nous préparons ! Je suis sans fortune. — Et moi aussi, n>ais Tavenir est devant nous, et quand on est jeune et qu'on s'aime,

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c^est la route du lionheur qu''on se trace. — Ou des regrets et des chagrins qu"'on se prépare. Souvenezvous, Edouard, du proverbe anglais : Quand la Pauvreté entre par la porte, T .^mour s'envole pa?la fenêtre. — Mélina, chassez de sombres présages, bientôt je les ferai disparaître . — Âh ! ce carrousel qui ne devait être pour moi qu\m objet de curiosité va devenir ma vie, et mes yeux seront sans cesse fixés sur notre écharpe, mon cœur sera partagé pendant cette lutte entre la crainte et Tespérance. — Mélina, fiez-vous à mon amour, je ne pourrai rencontrer de rivaux dangereux. — Je Tespère, et cependant combien d''autres chevaliers ont des gages semblables de la dame de leurs pensées. — Eh bien ! c*'est ce qui en fera le charme, et je ferai proclamer Mélina la plus belle des belles. — Mais, Edouard, jV songe en frémissant, si la victoire vous couronne, vous êtes maître, m^avez-vous dit, de choisir une épouse parmi le cercle resplendissant de beautés, et puis-je croire que la pauvre Mélina ne sera pas oubliée ? — Ma Mélina, ne déchire pas mon cœur, ne rends pas mon bras faible avant le

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combat; va, mon choix sera bientôt fait, j''en prononce le serment sacré en couvrant de baisers brûlants cette main si douce. — Et moi je jure, Edouard, telle chose quMl arrive, de n"'être jamais qu^à vous, et recevez-en la promesse par ce baiser déposé sur votre front. — Oh ! ma bien-aimée, tu me combles d'ivresse, mais à mon tour une sombre idée vient s'emparer de mon ame ; le roi n'est pas marié, il veut aussi entrer en lice, si tu allais captiver ses regards, lui plaire, s'il était vainqueur? car tu seras la plus

belle Oh! alors, malheur à celui de nous deux

qui trahirait ses serments ! — Edouard, quelle fohe est la vôtre, le roi aura bien d'autres choix à faire. — Tu pourrais, ma Mélina, être dans l'erreur. — Edouard, Mélina vous a donné son cœur, il ne peut être à un autre, un premier amour est ineffaçable. — Merci, ma bien aimée, je te quitte avec cette douce assurance, avec cette délicieuse conviction qu'Edouard, le simple officier de fortune, est tout pour toi désormais. - Oui, mon ami. — A bientôt.

Si un roi ne pouvait parfois redevenir simple particulier, il serait hop malheureux ; sans doule, c'est

XW) UNE couRONNK K^ s<)^(;I:.

un devoir pour lui et une jouissance de captiver Taniour de son peujde, mais captiver Tamour d\nie jeune fille qui vit pour aimer une seule fois et mourir après, c/'est le beau idéal de la vie, c"'est une double existence couronnée de guirlandes de roses, c'est Tenivrement délicieux que font éprouver de suaves parfums : combien peu de grands ressentent les douces impressions de cet amour pur et inaltérable.

i/arl (récrire, Abeilard, fut sans dmile invr-nlé Par rnmanlc raptivo ou l'amant asité.

Pope.

Mélina était occupée à préparer une élégante toilette ornée de rubans de la couleur de Fécharpc qu^elle avait donnée à Edouard, pour assister au brillant tournoi qui allait avoir lieu. Le père Gran-

din avait depuis quelques jours livré son tableau

des trois portraits dont le mérite était incontestable. La fraîcheur du coloris, des traits frappants de vérité, des personnages artistement groupés, des poses gracieuses attestaient que le peintre s^était piqué d*'émulation; cette production, pour de véritables amateurs, devait placer son auteur au rang des artistes les plus distingués.

Mélina paraissait rêveuse ; involontairement son aiguille s''échappait de ses mains, elle se livrait à une mélancolique rêverie, Grandin, malgré ses distractions artistiques, s'aperçut de Tair soucieux de Mélina, et quittant pour un instant sa palette et ses pinceaux, lui dit, en se renversant dans son grand fauteuil et en la regardant dW air scrutateur : Qu"'astu donc, Mélina? depuis quelques jours ton doux sourire n''erre plus sur tes lèvres, et lorsque tu devrais te réjouir de la commande inespérée du tableau de M. Edouard, qui semble nous porter un intérêt tout particulier, lorsque peut-être bientôt cette composition sera pour moi un sujet de gloire et de fortune, tu te livres, je ne sais pourquoi, à la tristesse? Va, si j'en crois un pressentiment secret,

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les mauvais jours sont passés pour nous. — Puissiezvous dire vrai, mon père, mais Tattente d^espérances vagues doit préoccuper Tame, et la certitude peut seule lui ramener le calme.

Au même instant un fort coup de sonnette se fit entendre, Mélina devint tour à tour rouge et pâle, son cœur palpita fortement, c^était sans doute une missive, une lettre d^Edouard, ou peut-être luimême. Elle alla ouvrir. Un élégant hussard d'ordonnance salua la jeune fdle et demanda M. Grandin.

— C'est moi, monsieur. — Ce paquet cacheté est pour vous, et cette lettre pour mademoiselle Mélina.

— Celle-ci la prit précipitamment. — Veuillez en prendre connaissance, mademoiselle, il y a une réponse à donner.

— Asseyez-vous, monsieur le hussard d'ordonnance, dit M. Grandin. Mélina, donne à monsieur un verre du rhum que nous a laissé ce marin dont j'ai fait le portrait pour sa famille avant qu'il ne reprît la mer; c'était une sage précaution, car saiton, quand on s'embarque, si jamais l'on reviendra. Le hussard remercia en retroussant les pointes do

iVlO UME COLUONNE E^ SO>Gi:.

sa moustache cirée, et en ne se lassant point d'admirer les charmes de la belle Mélina. Il est excellent votre rhum, dit-il à Grandin, et il a d'autant plus de prix qu'il est servi par la main des grâces. — Le Français sera toujours galant — Et toujours brave, l'un ne marche pas sans l'autre. — Vous manquez, jeune homme, au tableau que je viens de terminer, ce costume l'eût admirablement fait ressortir. Redoublez, mon jeune futur brave, et ne bougez pas, dit-il en saisissant ses crayons, que je vous croque. — Grand merci, mais j'aime mieux l'être par les artistes (pie par un crocodile ou un requin. Faites donc, dit-il, et saisissez le hussard au moment où il boit le coup de l'étrier, ajouta-t-il en se versant et en portant son verre à ses lèvres. — J'ai pour habitude de faire ainsi poser tous mes visiteurs. — Mais c'est une idée assez bonne, cela vous évite de payer des modèles. — Comme vous dites.

Mélina avait pendant ce colloque retourné plusieurs fois la lettre sur laquelle étaient tracés ces mots : Service du roi, aide de camp de service. Son cœur était vivement ému, qu'allail-elle apprendre.

c'était (rEdouard, de celui qui partageait ses sentiments, de celui qu'elle avait juré d'aimer toujours ! Entin le cachet est rompu, et elle lit les lignes suivantes : « Malheur, Mélina ! mes funestes pressenti- «( ments ne m'avaient point trompé ! Par une circon- '( stance imprévue le roi a vu, ton portrait , tes « charmes l'ont ébloui, fasciné, il ne parle plus que « de toi, il te juge digne de la couronne : peut-on te <( voir sanst'aimer? Hélas! que n'en ai-je une à placer '( sur ta tète ? Mais le pauvre officier de fortune n'a '( que son tendre cœur à t'oflVir , il n'a pu te donner <( que ce qu'il possédait, cela peut-il balancer l'offre « d'un diadème? Le roi te recevra demain avec « M. Grandin. Oh! c'est maintenant que je maudis " le sort qui ne m'a point donné un trône, car, ma <i Mélina, tu y serais bien vite assise à côté de moi. " Adieu, Mélina, oublie-moi, il le faut, je suis le <( plus infortuné des hommes. »

La lettre tomba des mains de la jeune fdle au cœur pur et aimant, et une larme de douleur vint mouiller ses paupières. Ah ! se dit-elle, il semble déjà renoncer à moi, il ne m'aime donc [tas comme

je Taime, et que fait un trône à Mélina?cVst Tamoiir de son Edouard qu'il lui faut, la possession de son bien-aimé est le seul trésor qu\ine amante ambitionne, elle \aut tous les trônes de la terre, là est \e véritable bonheur, et souvent les grandeurs sont la source de nombreux chagrins.

Eh bien! Méhna, qu'aperçois-je ? des larmes, la lettre à terre ; quelle mauvaise nouvelle peut produire un chagrin si subit au moment où je me livrais aux plus douces inspirations du génie, au moment où j'entrevoyais la fortune et les honneurs ! Il ramassa la lettre, se mit à lire, et après s'*écria : Tu es donc folle, ma bonne fille, ou tu as mal lu ? Le roi veut te voir, et tu t''en chagrines; tes charmes ont fait impression sur notre monarque , la fortune dans peu sera peut-être à tes pieds, et tu te désespères? Ah! voilà mon rêve réalisé, on a vu des rois épouser des bergères, quand elles sont belles, je présume, car la beauté n'est pas donnée à toutes les femmes, et il n'est pas étonnant que souverains ou particuliers se laissent séduire par les grâces. Tu ne penses donc pas qu'une fois à la cour mon nom

devient en vogue, que je fais les portraits de tous les grands seigneurs; et si tu deviens reine, quelle gloire il en rejaillira sur moi, car en te voyant si douce et si belle, on dira sur mon passage : Voilà son père ! Il se pourrait bien que mes pinceaux séchassent quelquefois ainsi que mes couleurs, et ma palette, mais aussi on se doit un peu à sa position, à la fortune, quand elle vous fait Thonneur de vous visiter ; et d"'ailleurs j'aurais depuis assez longtemps travaillé pour la postérité, et une fois riche, en faisant peu, ï^j arriverais plus vite que pauvre et travaillant sans cesse pour rester dans robscurité : il n\ a rien de tel que Tor, pour faire briller même ce qui ne devrait jamais luire.

Je vous félicite, dit le gentil hussard, le roi est bon, juste et jeune encore, il n'est pas marié, et ce qui est extraordinaire, il est sincèrement aimé du peuple et des grands. Ainsi donc, je dirai que demain vous vous rendrez à Tinvitation de sa majesté à laquelle vous aurez llionneur de présenter mademoiselle votre fdle. — Sans doute, hussard, et que Tartiste Grandin n'oubliera jamais l'insigne faveur que le roi

lui fait, et si sa majesté avait quelques instants de libres, j'aurai des crayons dans ma poche, et dans un moment d^inspiration je pourrai peut-être consacrer dans un tableau le souvenir de cette réception royale. — Bonne chance, dit le hussard en portant une santé àMélinaj à votre grandeur future ; puissè-je dans peu caracoler à la portière de notre souveraine, et que ce soit mademoiselle, elle sera la plus belle reine de la terre. Il salua en relevant son sabre et en faisant méthodiquement battre sa sabredache sur sa jambe gauche, et Grandin, eu lui rendant son salut, se dit . Vraiment, si je u''avais été peintre, et que je me fusse senti des goûts belliqueux, je me serais fait hussard, c''est le type du gracieux guerrier.

Mais mon père, et cette boîte que vous n*'avez pas encore ouverte? — Oh! voilà bien les jeunes filles, toujours curieuses, dit-il en rompant les cachets, pourvu que ce ne soit pas la boîte de Pandore, car il vaudrait mieux alors la laisser fermée. Grand Dieu ! des billets de banque ! dix ! mais c''est une fortune, voilà longtemps que je n''avais vu un semblable tableau, j'en ferai un à ce sujet ; au moins

si tout le monde ne peut en posséder on aura la consolation de les voir en peinture. — Mais voici un papier, dit Mélina en le saisissant. — Curieuse, curieuse; tu es bien femme, Mélina. — Pardon, mon père, dit-elle en Tembrassant avec un sourire gracieux et irrésistible. — Va, Va. » Et elle lut : « Les arts ne sauraient être trop encouragés. A monsieur Grandin, le roi. >»

<( Cest court, mais c'est bien dit et bien pensé, dit-il en comptant de nouveau ses flexibles et fragiles chiffons numéraires, qu"'il serra dans son secrétaire. Maintenant, s"'écria-t-jl, je défie les sombres idées ; tout entier aux conceptions hardies et heureuses, mon talent va grandir; je n'aurai plus à songer de longtemps à ce vil métal, qui tue le génie. — Mais, mon père, comment se fait-il que ce soit le roi qui vous envoie cet argent, tandis que c'est Edouard?... — Il est sans doute peu fortuné, comme tous les oliiciers, et le roi aura voulu faire deux galanteries au lieu d'une. — Mais c'est l'écriture d'Edouard ? — Que le roi aura fait écrire ; les souverains tiennent

peu la plume, ils ont bien assez affaire de penser aux charges qui pèsent sur leur tête.

M Ah ça, ma fille, j'espère que tu vas renoncer à un amour qui ne peut avoir de profondes racines, et que tu envisageras sérieusement la brillante perspective qui se prépare pour toi ; la fortune rarement frappe deux fois à notre porte, et il ne faut pas la faire attendre , de peur de ne jamais la revoir. — Mon père , je n''ai pas d''ambition ; la richesse traîne souvent à sa suite les chagrins; Edouard m''aime sincèment, et son amour est partagé; il a de Tavenir devant lui. — Oui, la chance d''avoir un œil de moins, une jambe de bois ou un bras emporté, et une modique retraite qui vous met à peine à même de planter des choux ; en voilà un avenir. — Oh ! mon père, vous voyez les choses bien en noir ; un aide de camp du roi devient colonel, général, que sais-je? peut-être maréchal de France; et lorsqu'on aime, quand on a sur son cœur le portrait de la dame de ses pensées, on va loin. — Ou on se fait tuer. — Oh bien ! alors la jeune fille aux sentiments inaltérables vient verser des larmes sur la tombe de celui

qu'elle aime, et n'ayant plus rien ici-bas qui vivifie son cœur, elle ne tarde pas à aller le rejoindre. — Que tu es romanesque, Mélina, tu es bien la fille de ton père, d\m artiste. Allons, allons, la nuit porte conseil, et demain, lorsque tu seras devant le roi, tes idées changeront; Tamour a parfois fait bouleverser des empires, mais il échoue presque toujoui-s devant Tor et les grandeurs.

— Mon père, un cœur qui s^est donné et qui change, est digne de mépris. — Alors, ma fille, il y en aurait bon nombre. — Cela se peut, mais je ne veux pas en être. — Tu sais, Mélina, que je désire ton bonheur, mais pense un peu à moi. — Mon bon père, je vous aime, vous n'en doutez pas, mais j'aime aussi Edouard. — Il semble que, lorsqu'une carrière brillante s'ouvre devant vous, ce satané enfant de Cythère se plaît malicieusement à en fermer les barrières ; mais, se dit en lui-même l'artiste, rappelons-nous le proverbe que me citait souvent ma pauvre mère défunte : ce que femme veut Dieu le veut; laissons-la donc faire, il ne faut pas avoir la prétention de vouloir plus que l'Être suprême.

348 L'iNK COURONNE EN SONGE.

« Mélina, mets toute ma garderobe sur pied, la tienne aussi, que les Grandin, demain, brillent de tout leur éclat, moi par mon tableau , toi par ta beauté. Je savais bien que mon tableau nous porterait bonheur. — Edouard nous Tavait prédit, mon père. — Oui, c^est vrai, c''est à lui que je dois cette heureuse aventure. — Et vous seriez tenté de Toublier. — Un autre

en ferait autant, et en présence du roi Pourquoi

s'avise-t-il aussi d'avoir un concurrent roval? Ce n'est pas ma faute si tu es si belle et si le roi dit je veux — — Moi, mon père, je dirai je ne veux pas; il n\ a pas de roi qui tienne; il me semble qu'on est maître de sa personne. — Oui, quand on n"*a plus de père et qu'on est majeure. — Oh! mon bon petit père, ce n'est pas vous qui m'inquiétez, dit-elle en Tenlaçant de ses bras et en le baisant au front. — Oh ! que tu es bien la fdle de ta mère ; elle me faisait tourner comme elle voulait ; je ne me rappelle pas avoir fait iine seule fois ce que je désirais. — Eh bien! c'est le moyen de faire bon ménage. — Mélina, va te remettre à ta tapisserie, et songe à demain, à l'honneur qui t'attend. — Je pense, mon père, au tour-

noi qui aura lieu, je forme des ^ œux pour cju''E(louar(l soit vainqueur, et si son cœur demeure fidèle comme le mien, il viendra mettre un genou en terre, et Tamour le couronnera. — Si le roi t\iccorde cet honneur , mais dans ses dispositions d''esprit , cela pourrait le contrarier. A propos, j''espère bien que j''aurai une place à côté de toi; je veux que ce carrousel pose pour moi, j'en ferai un tableau magnifique. — Dont Edouard sera le héros, n"'est-ce pas, mon père ? — Oh! ces jeunes filles, elles ne vivraient pas sans un amour qui renverse toujours les plus beaux projets de leurs parents. — Nous faisons ce qu*'ont fait nos pères, ce qu'ails ne veulent pas toujours se rappeler. — Cest bon, c''est bon, laissemoi achever de croquer mon hussard.

UARTISTE A LA COUR.

Nous autres gens du monde, Quand nous voyons des amis, des paronls, Ayant perdu rang, diirnitês, richesse, Nous n'allons pas, pour charmer leur détresse, Leur prodiguer des soins compatissants; Du pied plutôt nous leur frappons la tête : C'est, j'en conviens, ce que j'ai toujours fait : Mais anjourd'hui tout vous vient à souhait; De la grandeur vous arrivez au faite : Comptez sur moi, je serai votre ami.

Sharspeabr.

« Hé bien ! Latulipe, te voici roi pour une demiheure? — Sire, il faut vous obéir, mais je vous avoue que je trouve le rôle difficile à remplir, car il est nouveau pour moi. — J'en conviens. — Je ne me doutais guère, quand je faisais faction à Tentrée de

352 LM-: (;()lJRO^^E kn so^gk.

la tente du petit caporal, qu'un jour je m'assiérais sur son trône impérial. — La fortune est bizarre. — Pourvu que je n''aille pas y prendra goût? il est si agréable de pouvoir faire ce que Von veut, He commander. — Cela a ses agréments et ses dangers. — Mais si j'allais plaire à la belle Mélina ? — Alois je dirais, c''est une femme jeune et jolie, comme il y en a tant, et mes rêves de bonheur s"'évanouiraient. L'art (jue nous avons mis à rendre tes traits méconnaissables pourra, malgré la poupre royale, né pas produire sur un jeune cœur tout le charme que tu aurais droit d''attendre si tu étais encore à briller à une revue de Napoléon. — Il est vrai, dit tristement Latulipe en se regardant dans la glace, et ce satané coiffeur n^a pas eu Tesprit de faire disparaître ces favoris grisâtres qui n''annoncent pas la jeunesse.

« Pour une femme ordinaire, un roi est toujours l)ien, toujours jeune, le pouvoir et la richesse font passer les années. Mélina ne peut tarder à venir, je vais Tattendre pour Tintroduire. N^oublie pas ton rôle, beaucoup de passion, d^amour, déploie-lui tout le «linrme des grandeurs, de la fortune, redevien.s

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