‹ Une couronne en songeChapitre 15 sur 17 · L** ARTISTE A LA COUR · texte numérisé non relu

L** ARTISTE A LA COUR

jeune un moment, amoureux. — Cela ne sera pas difficile en présence de la trop séduisante Mélina. — Tâche d''obtenir le oui bienheureux. — Et alors

j''épouse la jolie fille de M. Grandin, sire ? — Mais

nous verrons. Du moins, elle ne sera plus digne du malheureux Edouard. — Ah! sire, vous Taimerez toujours. Je souhaite qu^elle dise non, malgré Timpolitesse peu flatteuse pour la majesté de Tex-sergent, jadis si sémillant ; votre bonheur me fera passer sur la mésaventure. — Merci, mon brave ami, je n^en attendais pas moins de ton attachement; Theure s'avance, prépare-toi à ton nouveau rôle. »

Latuhpe, demeuré dans Tappartement royal, se carrait en se regardant dans toutes les glaces, en cherchant à prendre un air important et en s'écriant : « Oh! fortune, tu as donc jeté un regard sur ton pauvre sergent de Tex, tant balloté par toi jusqu'oïl ce jour; tu me fais roi, mais pour une heure; c'est peu, ajouta-t-d en soupirant , mais cela fait toujours plaisir. »

On annonce Monsieur et mademoiselle Grandin.

Latulipe, assis dans son fauteuil royal, se lève, et le vieux soldat, peut-être pour la première fois, se sent un peu embarrassé, c'est qu'il n'est pas donné à tout le monde de se trouver à son aise dans un palais ; il préférerait passer une revue ou enfoncer une redoute. « Monsieur Grandin, et vous, belle Mélina, prenez un siège. — Sire, nous n^oserons jamais en présence de Votre Majesté. — Nous sommes en petit comité secret, et c'est moi qui vous y invite. — Alors, sire, nous prendrons cette extrême liberté, puisque votre royale bonté veut bien permettre que nous ne restions pas debout. — Monsieur Grandin, j'ai admiré votre tableau, il annonce un grand talent ; mais ce que j'ai apprécié le plus, vous n'aurez pas de peine à le deviner, c'est le portrait enchanteur de votre fdle, de la belle Mélina; c'est un ange de beauté, et je vois que la copie est encore loin de l'original. — Sire, vous êtes bien indulgent. — Que vous devez être fier, monsieur Grandin, d'en être le père. — Sire, vous me confusionnez, et je ne sais comment

répondre Ma Mélina est mon seul trésor. — Qui

vaut tous ceux de la terre. — Ma Mélina est aussi

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douce, aussi accomplie par ses talents qu^elle est belle. — De grâce, mon père, épargnez-moi.

— Non, non, charmante Mélina, votre père est encore loin de la vérité; à votre modestie, à ce regard doux et mélancolique, à celte timidité ravissante, on

croirait voir la plus précieuse perle de Tunivers »

Latulipe commençait à s'égarer et à ne pas trouver la fin de sa phrase, lorsque Grandin reprit : « Sire, ma fille est bien heureuse de pouvoir être envisagée de la sorte par Votre Majesté. — Écoutez, monsieur Grandin , je ne suis pas un roi comme un autre... » Latuhpe, en se regardant dans la glace, eut presque envie de rire; «je brave les préjugés; J''ai pour principe de faire à ma guise, et de vouloir ce qui peut me rendre heureux ; jusqu^à ce jour je n''ai point songé à me donner une compagne ; mais depuis que j'ai vu le portrait de la belle Mélina, depuis que j'ai le bonheur d'être près d'elle, je sens que mon cœur ne m'appartient plus. — Quoi, sire, tant d'honneur pour nous! — Monsieur Grandin, j'ai un cœur comme un autre, » demandez plutôt aux belles étrangères, allait ajouter Latulipe, lorsqu'il

s'arrêta tout court en se mordant les lèvres. « Vraiment, Sa Majesté m'excusera, et je ne sais si je rêve ou si je suis éveillé ; mais parle donc, Mélina, réponds aux douces avances de Sa Majesté.

— Pardonnez, sire, dit en tremblant Mélina, à une jeune fille dont la timidité doit servir d'excuse ; mais ce que Votre Majesté daigne me proposer est dans les choses impossibles. - ■ Que dit-elle ! s'écrièrent à la fois Latulipe et Grandin. — Comme dit mon père, ce ne peut être qu'un rêve mensonger. — Non, parbleu, charmante Mélina, c'est la réalité, je suis bien roi, » Latulipe fît une pose, « et ce que je veux, je le veux bien. — Sire, reprit Mélina, vous ne seriez pas roi sans cela ; mais vous ne voulez pas faire des malheureux? — Qu'entends-je ! est-ce moi, à mon tour, qui rêve? Quoi ! belle Mélina, je vous offre un trône entouré de grandeurs enivrantes, je vous fais monter à une place où toute autre femme aspirerait, et cet avenir du bonheur le plus brillant que l'on puisse envisager ne séduirait pas votre cœur ? — Sans doute , sire , c'est une perspective magnifique, et que beaucoup de femmes ne pour-

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raient entrevoir sans se troubler, sans se laisser éblouir; mais pardonnez à un jeune cœur qui se

nourrit peut-être cVillusions. . . mais — Encore

une fois, belle Mélina, vous n"'avez aucune raison, je pense, pour refuser Thonneur insigne que je vous fais ; serait-ce parce que je ne suis plus à la fleur

de Tâge? — Ah! sire, pouvez-vous penser? »

Grandin regardait avec anxiété sa fille, se torturait les bras, et agitait ses jambes sur son siège. — Quel est donc le motif incompréhensible qui détruit, en un instant, les espérances de votre roi ? car vous ne devez pas oubher que je le suis, dit Latulipe en se regardant derechef avec complaisance. — Je sais, sire, que vous pouvez tout. — Eh bien donc!

le motif de ce refus, Méhna ? — Cest pardon,

sire, dit la jeune fille en se précipitant à genoux, c'est — que j'en aime un autre » Latulipe concentre, en se détournant, un sourire; et le père Grandin, dans un mouvement d'indignation produit [)ar cet aveu, tombe à la renverse de son siège par le coup violent que son pied imprime sur le plancher du salon.

•( Mélina, ma fille, sire, pardonnez-lui, n"'a plus sa raison. — Oui, mais c'est un autre que moi qui la lui a fait perdre, monsieur Grandin. Voilà ce que c'est que de ne pas être le premier. Mais sur la beauté Tindulgence royale se déversera. Et quel est riieureux mortel, Mélina, qui a captivé ce cœur qui eût été toute mon aml)ition ? — Ah ! sire, vous ne lui en voudrez pas? si j'allais être la cause de son malheur. — Je le connais donc ? — C'est un de vos fidèles serviteurs. — Et quel est-il ? — M. Edouard, votre aide de camp. — Le hasard favorise mon rival, car le roi ne peut se fâcher avec lui. Mais réfléchissez encore, Mélina, cet officier est sans fortune, il n'a qu'un avenir incertain, la guerre, Tavancement ou la mort, car les balles — »> Latulipe allait se replacer sur un champ de bataille, lorsqu'il se mordit les lèvres pour la sixième fois, « les balles ne respectent pas plus le guerrier amoureux que le général ou

le sergent — Sire, vous serez généreux, vous

l'avancerez, vous nous marierez. — A merveille ! et vous verrez encore qu'il faudra que je donne une dot à mon rival ? Soyez donc roi pour qu'on vous fasse

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des propositions semblables! — Sire, il faut être bon roi, et se sacrifier au bonheur de ses sujets, dont les bénédictions paient alors au centuple de faibles sacrifices. — Mélina, c'est une résolution définitive, vous refusez une couronne, la fortune, les grandeurs, pour un capitaine de cavalerie? — Ma fille, Mélina, reviens à la raison, pense à ton père, à ton avenir.

— Refuser un roi I on ne voudra jamais le croire.

— Sire, vous garderez le secret. — Je le crois bien. Ainsi donc c'est votre dernier mot, et cependant je

pourrais, si je voulais — Sire, vous ne voudrez

pas. — Il est donc bien beau, bien extraordinaire, ce M. Edouard, mon petit aide de camp, » dit Latulipe en se donnant des airs de grandeur, et sentant son rôle royal finir, « que vous me le préférez?

— Sire, pardonnez-moi, je Taime !

— Allons, sVcria Latulipe, je vois qu'on a beau être roi, qu'on ne plaît pas toujoiu'S. Au revoir, monsieur Grandin ; à propos, vous ne vous êtes pas fait mal? — Non, sire, mais j'eusse préféré m'être rompu le cou, et que ma fille eût dit oui. — Ah î monsieur Grandin, c'est qu'il n'est pas toujours facile

(le faire prononcer par une jeune fille ce mot, qui ne s''échappe que lorsque les sentiments sont partagés. Du reste, monsieur Grandin, vous avez une fille dont vous devez vous honorer. — Sire, reprit la jeune lille , pardonnez - moi. — Vous en vouloir, Mélina, vous êtes an ange de beauté et de vertus qu'ion doit adorer sans y prétendre, car vous êtes peut-être la seule au monde qui refuserait un pareil honneur. A bientôt, au tournoi qui se prépare, et où je prétends que vous couronniez le vainqueur; si alors c''est mon heureux aide de camp, peut-être consentirais-je à votre bonheur, — Je suis confuse, sire, de tant de bontés; mais n^en voulez pas à M. Edouard? — Rassurez-vous, il faudra bien que je lui pardonne. »

Ils s'éloignèrent en faisant des salutations dignes du grand sultan. Latulipe, en regardant la belle Mélina s''en aller, regrettait de ne pas être roi réellement, ou qu"'elle n'eût pas dit oui. « Je donnerais deux doigts de ma main pour avoir une Mélina pour épouse, s'écriait-il. — Allons, Latulipe, tu deviens ambitieux à ton tour; descends et regarde un peu

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plus bas, autrement tu pourras perdre la tête comme tant d'autres qui ont voulu monter trop haut.

« Viens m'embrasser, Latulipe, tu as joué ton rôle en acteur consommé. — Sire, voilà une accolade royale que je dois au nom prononcé par la belle Mélina. — Ah I oui, Mélina est une femme céleste, comme il n'y en a pas. — Sire, on les trouve toutes comme cela quand on les aime. — Refuser un trône pour un pauvre officier de fortune ! Mélina, tu seras reine !.... Si tu savais comme elle était ravissante en descendant les marches du palais , tous les yeux étaient fixés sur elle, son regard angéhque et heureux me laissait lire dans son cœur tout le bonheur qu'elle éprouvait d'avoir triomphé et d'être demeurée fidèle à nos serments. En me quittant, elle me dit : Edouard, plus de sombres pressentiments, nous serons heureux. — Méhna, qu'as-tu dit au roi? — Edouard m'aime, j'aime Edouard. » Et un doux serrement de main mit le comble à mon ivresse. « A demain, Edouard , puissiez-vous sortir vainqueur de la lice, puissè-je vous couronner. — Quoi ! ce sera vous ? — Le roi me fait cet honneur. — Alors il faut mou-

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rir ou rester le dernier sur les arçons. A bientôt, ma Mélina !

— Sire, plus de rôle semblable à votre pauvre serviteur ; on se fait au commencement, on le remplirait même toujours ; mais quand il finit, Tillusion est détruite , et il est triste de descendre. — Allons donc, Latubpe, lu en es plus libre et plus heureux ; pense à Jeannette ; Taurais-tu oubliée ? — Non , sire, mais y songer sans cesse sans la voir devient par trop romantique, et à mon âge on aime le positif. — Nous la ferons venir aux fiançailles royales. — Alors réjouissances générales, sire. — Oui, quand le cœur est délicieusement préoccupé de celle qu^il aime, et dont il est payé de retour, il n\ a plus de place pour la tristesse. A propos, mes ordres pour le tournoi ont-ils été exécutés? — Oui, sire, un jeune écuyer portera une écharpe semblal)le à la vôtre, et sera censé M. Edouard ; il entrera en lice avec vous, qui serez bien cette fois le roi; vous terrasserez le prétendu Edouard. Mais que deviendra alors la belle Mélina ? elle peut en mourir. — Je veux lui procurer une douce surprise. — Pardon, sire, si je ne remplis

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pas le rôle du chevalier Edouard, mais les ex de la vieille ne sont solides que sur pieds, et cette fois Latulipe pourrait encore descendre plus désagréablement qu*'aujourd^hui. — Tu n''as pas tout à fait tort, car j''espère que les coups de lance seront fermes de part et d^autre, sans ménagement aucun, et que nos chevaliers n'iront pas de main morte ; moi-même je n'épargnerai personne, et, demeuré vainqueur, ainsi que je Tespère, au miheu de la lice je lèverai ma visière en présence du peuple, et m'écrierai, comme Pépin le Bref après avoir terrassé un lion : Suis-je digne d'être votre roi ? »

Parmi tant de beautés qu'on voyait en ces lieux, On en remarquait une au port majestueux ; Sa taille, ses attraits l'en proclamaient la reine. Driden.

Un soleil brillant annonce une belle journée, déjà les héraults publient le tournoi qui va avoir lieu, les fanfares des trompettes retentissent dans Pair, des drapeaux ornent les fenêtres des habitants, c'est une fête générale, la ville est en émoi. Nous voici rêve-

nus ail temps de Philippe- Auguste et de Louis VIH; je veux faire renaître les goûts chevaleresques, la valeur y trouvera de nouvelles palmes à cueillir, ces jeux solennels ne peuvent inspirer que de nobles sentiments et de belles actions.

Déjà Tarène est ouverte, des chevaliers armés de toutes pièces et montés sur de superbes coursiers caparaçonnés sont entrés dans la lice, les pieds impatients des chevaux font voler la poussière dans Tespace. Le peuple environne Tenceinte, des tribunes élégamment décorées sont remplies de spectateurs avides de ce nouveau spectacle ; mille beautés garnissent des gradins richement ornés, elles portent les couleurs de leurs chevaliers ; on en remarque deux aux armures semblables et aux écharpes bleu de ciel. LatuHpe, en grande tenue de Tex-garde, est assis auprès de M. Grandin et de Méhna, dont la beauté efface celle de toutes les dames qui sont auprès d^elle, et de toutes parts les grands seigneurs s^écrient en la contemplant : « Qu''elle est belle! elle est digne de Thonneur de décerner le prix au vain-

queur. » Mais chaque courtisan se demande : « Quelle peut être cette divinité inconnue ? )>

Mélina , en apercevant une ëcharpe semblable à celle qu''Edouard porte, ne peut cacher sa surprise et son inquiétude, et le témoigne au vieux compagnon de celui qu'elle aime. M. Grandin effile ses crayons, et s'embarrassant peu du qu''en dira-t-on, esquisse à grands traits cette scène chevaleresque. « Monsieur Latulipe, comment se fait-il donc, dit Mélina, ne pouvant plus longtemps comprimer son impatience, qu\me autre écharpe semblable à la mienne soit en lice ? Reconnaissez-vous M. Edouard ? — Non, mademoiselle, j'ai seulement appris que le roi porte Técharpe qui est pareille à la sienne. — Ah ! mon Dieu ! que va-t-il devenir? Edouard ne peut terrasser son souverain, et s'il n'est pas vainqueur, adieu notre hymen, plus de félicité pour le présent; c'est un tour que le monarque a voulu nous jouer, car il a promis de nous unir si Edouard était victorieux, et cela est son droit ; mais si c'est le roi ? — Rassurezvous, belle Mélina, M. Edouard est très bien avec

lui, et je doute, dit-il en souriant, qu"'ilss'en veulent. — Puissiez-vous dire vrai. »

Les clairons annoncent Touverture du tournoi, les chevaliers ont brandi leurs lances, et s''avancent au galop en faisant voler la poussière ; les armes se croisent et se rompent, des chevaliers sont terrassés; les bruyantes clameurs des spectateurs encouragent les combattants, chacun suit de Tœil celui pour lequel il fait des vœux, les femmes ne peuvent cacher leurs espérances ou leur dépit à la victoire ou à la défaite d"'un preux.

Cependant les deux chevaliers aux écharpes bleues sont demeurés jusqu"'alors vainqueurs ; après plusieurs courses , plusieurs combats singuliers , ils restent seuls maîtres du champ de bataille; Tattention est générale, Tanxiété, la curiosité, extrêmes; où est le roi? se demande-t-on de toute part ; mais il a voulu qu''on Tignorât. Mélina a beau interroger son cœur, elle ne peut reconnaître Edouard, elle dissimule mal son supplice ; Grandin, tout occupé à suivre les effets

des coups (Pestoe d(^s combattants, ne voit que ces preux, ses crayons et son papier, et ne répond pas aux interpellations de sa lille, qui sans cesse lui demande : « Penses-tu que ce soit lui ? )>

La trompette sonne le dernier combat, les deux chevaliers en tout point semblables et aux écharpes bleues s''avancent fièrement en faisant piétiner leurs coursiers, bientôt la poussière vole, les lances sont abaissées, les chevaux et les fers se croisent, et du premier idioc leurs armes sont brisées ; ils saisissent leurs cimetères, les boucliers lancent des étincelles de feu , un silence morne règne dans cette vaste enceinte , les bouches sont haletantes , les langues muettes, les regards fixes, Mélina existe à peine. Latulipe lui dit : « Courage , mademoiselle, il sera vainqueur. — Mais le roi? — Ne s\în formalisera nullement. Croyez-moi, le ciel sera pour lui. — Merci, mon brave Latulipe; puisse-t-il vous entendre. >»

On (lirait (|ue les deux chevaliors ne pourront

se vaincre Tun Tantre, tant ils rivalisent de force et d^adresse , Tun d'eux va cependant triompher, Tarme de son adversaire s'étant encore brisée; mais en cet instant décisif son coursier s'abat et la victoire est sur le point de lui échapper, l'autre demeure en selle avec le tronçon de son épée. Mais, plus prompt que l'éclair il se dégage de ses étriers, et d'un mouvement rapide et désespéré il saisit le pied de son rival, le renverse à terre, se précipite sur lui, et mettant un genou sur sa poitrine et le cimeterre sur sa gorge il lui dit : crie merci! et il laisse le preux vaincu se retirer lentement de l'arène.

Quel est le vainqueur ? l'assemblée l'ignore , l'anxiété ne peut se dépeindre. Mélina fait des vœux pour Edouard, mais à l'idée que c'est peut être lui qui quitte l'enceinte, elle est sur le point de défaillir. Le silence est général; toup à coup le vainqueur s'élance sur son coursier fougueux et après avoir fait le tour de l'arène, il lève sa visière à l'une des extrémités de la lice et salue de son épée les spectateurs : alors on entend crier de toute

part ; Vive notre bon roi ! Vive le roi vainqueur I Mélina pousse un cri et se trouve mal, M. Grandin abandonne ses crayons et prodigue des secours à sa fdle, en se disant : le roi ne renonce pas encore à Mëlina, il lui avait promis de la marier à son amant s'il était vainqueur, il n'a pas voulu qu'il le ftit.

Edouard soupçonnant les anxiétés de sa bienaimée, se repent de sa supercherie, baisse sa visière, et lance son coursier vers le point où est Mélina. De jeunes pages lui tiennent l'étrier, en un bond il est devant celle qu'il aime, met un genou en terre et réclame le prix, mais Mélina est toujours évanouie. Edouard désespéré de son état alarmant se découvre et d'une voix tendre s'écrie : Mélina, ma bien-aimée, refuses-tu donc de décerner le prix au vainqueur, à l'officier de fortune, à ton heureux Edouard ? — A cette voix, Mélina ouvre les yeux, pousse un cri de joie, et couronne son amant en présence de tous les assistants, en ajoutant avec un doux reproche : Edouard..., sire, vous m'avez fait bien du mal... Vous m'avez trompée... — Non,

ma Mélina, car je Oaime plus que jamais, et la preuve, c'est que je dépose ma couronne sur ta tête en m''écriant d'une voix forte : Grands de mon royaume, et vous tous qui m''entourez, voici votre reine !

fi

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