‹ Une couronne en songeChapitre 8 sur 17 · A. IMBERT · texte numérisé non relu

A. IMBERT

Me voici encore en cours d''excursion avec mon fidèle serviteur Latulipe. Je lui ai fait endosser Thabit civil, j'en ai fait un solliciteur; sous ce vêtement bourgeois il conserve les allures du militaire, et sa ligure martiale et basanée, sa moustache épaisse et

grise dénotent un ancien brave, la décoration que je lui ai accordée pour ses bons et loyaux services, lui donne un certain air d''irapor tance, mais elle ne jure pas, comme sur tant d''autres, avec sa physionomie guerrière, et Ton ne s"'étonne point de la lui voir porter, assuré du moins lui qu'il Ta bien gagnée, et qu'elle n'est point le prix de viles adulations ou de la fortune. Latulipe a une lettre d'audience du ministre, je ne suis point fâché de m'assurer comment mes représentants reçoivent le public. J'ai conservé mon simple uniforme de sergent, j'ai simplement ajouté une large bande de taffetas noir sur mon œil gauche, afin de mieux garder l'anonyme.

En entrant au ministère , le factionnaire nous porte les armes ; Latuhpe, par suite de son ancienne habitude, met la main à sou chapeau rond, sans l'ôter, et le soldat de dire : c'est un ancien gro gnard; aussi, l'arme a-t-elle doublement résonné, et il n'a pas tourné le dos, comme les mihtair^ s se plaisent à le faire pour les nouveaux parvenus ; le soldat n'aime à rendre les honneurs qu'à ceux qui en paraissent dignes.

Page 1